Pour un corps européen de sécurité civile (C.E.S.C.)
Une contribution de la France
Par
Roger TEBIB
Le dernier conflit mondial a laissé entrevoir la dimension et
l'aspect d'apocalypse que prendraient inévitablement les guerres éventuelles,
tandis que les conflits périphériques se développent dans tous les continents
et que les nuisances de la société technologique multiplient les risques
nouveaux.
Mais nous avons aussi conscience du fait que l'identité européenne,
librement acceptée et respectant la souveraineté des pays membres, devient
notre grand atout face à ces périls.
Un vigoureux effort de protection communautaire est donc nécessaire et il
est possible de montrer que les services français de sécurité civile sont en
mesure de l'impulser.
La sécurité civile dans différents États européens
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, tous les États ont
porté leurs efforts sur la réparation des dommages, la reconstruction des
villes détruites, le réaménagement des régions sinistrées, mais aussi sur
les mesures de protection face à l'arme nucléaire. On s'est livré à des
recherches sur la détection de la radioactivité, la transmission des signaux
d'alerte, la propagation des grands incendies... Il convenait d'ébaucher une
doctrine, d'édifier une organisation, d'élaborer les textes législatifs
indispensables.
La plupart des services de sécurité civile ont été créés ou réorganisés
après les années 50 : au Danemark et en Norvège en 1953, en Suisse en 1963,
en Allemagne fédérale en 1965...
On constate, dans tous les pays, une grande unité de vue en ce qui concerne la
protection des populations en temps de paix, en cas de crise ou lors d'une
guerre.
Différents aspects de la défense civile
Il est bien évident que les mesures prises et les techniques utilisées
sont fonction des lieux et des temps :
Ces trois aspects se retrouvent dans la définition donnée par les autorités
du Royaume-Uni : " La protection civile a pour objet de permettre au peuple
de garder sa volonté de vaincre, à l'industrie de continuer ses productions
essentielles, aux services publics de continuer à fonctionner, au gouvernement
de gouverner. "
L'autoprotection en Allemagne
L'exemple de nos voisins est, à cet égard, des plus intéressants.
La commune est considérée comme la cellule de base de la défense civile avec,
pour infrastructures, le corps des sapeurs-pompiers, les installations médicales,
les forces de l'ordre et les administrations concernées.
1. En 1951, le gouvernement de l'ex-Allemagne fédérale obtint des autorités
alliées l'autorisation de réorganiser ses services de protection civile. Le 9
octobre 1957, le Bundestag vota une loi fondamentale dite " première loi
sur les mesures destinées à assurer la protection de la population civile
". Puis un autre texte du 5 décembre 1958 institua un Office fédéral
de protection civile (Bundessteler für Zivilen Bevölkerungschutz).
Il contrôle étroitement un organisme de droit privé dénommé Bundesverbang
für den Sebstsvchutz (B.V.S.), c'est-à-dire Union fédérale
pour l'autoprotection, créée par la loi du 9 septembre 1965 sur la "
protection en cas de catastrophe ". Enfin, il faut remarquer que la loi de
base du 9 octobre 1957 reconnaît formellement que " la commune est le
noyau de la défense civile ". Le gouvernement fédéral verse
d'importantes subventions à l'Union fédérale pour l'autoprotection, mais les
Länder et les municipalités ne payent rien.
2. Les avantages de ce système sont multiples :
3. La formation assurée est polyvalente et très poussée.
Sans doute, l'autoprotection n'est pas, et de loin, toute la protection civile
allemande. Il n'en demeure pas moins qu'elle offre un exemple original, efficace
et peu dispendieux, d'une organisation qui a le grand mérite d'inciter tous les
citoyens et citoyennes à participer activement à la défense du patrimoine
commun.
Mais, si parfaitement organisée soit-elle, cette structure de protection ne
peut constituer, à elle seule une organisation idéale de secours en cas de
crise grave ou de guerre. C'est pourquoi beaucoup de pays estiment que sa mise
en oeuvre doit être appuyée par l'intervention de forces mobiles puissamment
équipées et motorisées.
Il est possible de citer, entre autres, des États qui sont parvenus à des
solutions très satisfaisantes.
Les colonnes mobiles au Danemark
L'originalité du système danois vient de l'existence, à côté des
organismes locaux de secours, de colonnes motorisées pouvant intervenir
rapidement à plusieurs centaines de kilomètres de leur lieu d'implantation.
1. Organisation
2. Missions
Les colonnes mobiles danoises sont donc, à tous les points de vue, une des réalisations
de la sécurité civile les plus originales qui donnent à la population la
certitude de l'existence d'un système de solidarité nationale (voir Olivier
d'ORMESSON, Pour une protection civile européenne, in : Actes du
Colloque du Haut Comité français de défense civile, Roubaix, 1988).
Les colonnes mobiles aux Pays-Bas
Dans cet État, a été créé en août 1955 un Corps royal des
colonnes mobiles qui fut rattaché à l'armée de terre le 1er février
1963. Il réunit des réservistes qui ne possèdent pas d'affectation spéciale
de mobilisation. Ils travaillent sous les ordres de militaires de carrière de l
l'état-major installé à Utrecht et d'un Centre d'instruction au camp
de Craillo, près d'Amersfort. Il existe également une section chargée de la
mobilisation. Mais ces implantations risquent évidemment de changer pour des
causes techniques ou économiques
1. Formation
Ces réservistes font deux stages de " reconversion " de
quatre semaines chacun :
le premier est consacré à l'instruction de base ;
le second a lieu deux ans plus tard et est basé sur la dynamique de groupe (école
de section, puis de compagnie).
A l'issue de cet entraînement, les hommes sont véritablement intégrés
dans les services de protection civile.
2. Organisation
Ce corps royal des colonnes mobiles compte, au total, près de 25 000
hommes, dont 1500 officiers et 3000 sous-officiers de réserve.
Il comprend 23 colonnes mobiles qui sont destinées à la lutte contre
l'incendie, au sauvetage-déblaiement et au service sanitaire.
Les colonnes mobiles en Italie
Elles sont au nombre de 12 et leur personnel est composé de
sapeurs-pompiers. Il s'agit soit de professionnels soit de jeunes recrues qui
ont choisi d'effectuer un service de 14 mois dans le Corps national des
sapeurs-pompiers.
Ils suivent d'abord une formation de 4 mois dans les écoles centrales de
lutte contre l'incendie à Rome.
Leur statut est celui de fonctionnaires civils de l'Etat mais il y a une
coopération civile-militaire.
Ces colonnes sont mises sur pied en cas de grave catastrophe dans un délai
d'environ 12 heures.
Les colonnes mobiles en France
Dans notre pays également, des éléments de secours spécialisés
existent, avec des personnels bien encadrés, très motivés, pour des missions
complexes. Des réformes et des améliorations indiscutables sont faites, depuis
des décennies, mais on se heurte toujours à des problèmes de crédits et de
relations entre les services.
On peut citer, mutatis mutandis, les unités suivantes :
1. Le Détachement d'intervention catastrophe aéromobile (D.I.C.A.)
de l' Unité d'instruction de sécurité civile n° 7 (U.I.S.C. 7)
Il est né de l'expérience de différentes interventions de cette
unité (El-Asnam, Italie, Mexique pour les séismes ; Tahiti et Mayotte pour les
cyclones ; Beyrouth pour les conflits). Profondément amélioré à plusieurs
reprises, il est un modèle remarquable. Par exemple :
Il comprend deux éléments :
Le D.I.C.A. comprend au total 50 hommes et 6 chiens. Il est entièrement
autonome pendant 8 jours et peut recevoir ensuite, s'il le faut, un deuxième
groupe de 150 hommes avec du matériel technique lourd, des moyens d'hébergement,
des vivres et des médicaments.
Ses missions sont variées : sauvetage immédiat des personnes, mise en sécurité
des animaux et des biens, missions d'interventions techniques à caractère
ponctuel, assistance aux populations.
L'U.I.S.C. 1 (Nogent-le-Rotrou) est apte à mettre en place un détachement
de ce type.
2. Le Détachement d'intervention pour cataclysme (D.I.C.) de la Brigade
des sapeurs-pompiers de Paris (B.S.P.P.).
Composé d'une quarantaine de spécialistes en recherche et en
localisation des victimes, il peut être mis en route dans un délai de quatre
heures. Il est articulé ainsi :
3. Le S.O.S. sauvetage-déblaiement du bataillon des marins pompiers
de Marseille (section opérationnelle spécialisée)
Il comprend une quarantaine d'hommes ainsi répartis :
Il peut intervenir en France et à l'étranger, mobilisable en quatre heures, aéro-transportable
et autonome pendant quatre jours
4. L'Elis du Gard ou Élément d'intervention spécialisée
C'est une réalisation des sapeurs-pompiers civils départementaux qui
reprenait certaines structures et méthodes du D.I.C.A. de l'U.I.S.C. 7 ; son
effectif est d'environ 35 hommes ainsi répartis :
Sa spécialité est essentiellement le secours médical.
5. La COLMED 16 (Colonne médicale Charente)
Elle est constituée d'une colonne de véhicules médicalisés
On peut dire que notre pays a mis au point les moyens nécessaires pour être
engagés dans les délais compatibles avec l'urgence due aux nombreuses calamités
naturelles ou technologiques.
Les secours d'urgence collective à l'étranger
Depuis la fin de la guerre froide, la problématique de l'humanitaire
a envahi le champ de la politique internationale. Porter secours aux victimes,
sans discrimination aucune, est resté un principe sacro-saint, mais les
interventions ne sont pas toujours faciles.
Les idées sur l'assistance internationale évoluent et la bonne volonté
a besoin d'être aidée : il ne sert à rien d'envoyer des secours en matériel,
numéraire ou personnel si leur rôle ou fonction n'est pas établi à
l'origine.
Les organisations officielles ou non-gouvernementales deviennent
heureusement de plus en plus nombreuses avec des résultats positifs mais aussi
des aléas. (voir P. de SENARCLENS, L'humanitaire en catastrophe, Presses
de Sciences po, 1999).
En ce qui concerne l'Europe, nous pouvons citer comme exemples deux
organismes originaux.
1. Le Corps suisse de volontaires pour l'aide en cas de catastrophe à l'étranger
Il dépend du département politique fédéral (Affaires étrangères)
et comprend du personnel médical et sanitaire, des spécialistes du génie, du
ravitaillement, des transmissions et des transports.
Il agit lors des actions directes de la Suisse, mais se met également à
la disposition de la Croix-Rouge et des Nations Unies.
En principe, il n'est pas prévu pour travailler sur le territoire fédéral
(voir Xavier EMMANUELLI, Médecine et secours d'urgence, P.U.F., 1979).
2. La Force d'action humanitaire d'intervention rapide (F.A.H.M.I.R.)
Cet organisme français comprend essentiellement :
La Bio force
Créée en 1983, elle est destinée à porter secours sous forme d'une aide
en savoir-faire et en produits biologiques aux États qui nous en feraient la
demande pour surmonter une crise survenue sur leur territoire. Pour ces "
catastrophes épidémiologiques ", il est prévu en particulier des matériels
de laboratoire et des produits pharmaceutiques (vaccins contre la méningite cérébro-spinale,
la fièvre jaune, le choléra, etc.) fournis par les instituts Mérieux et
Pasteur Production.
A noter que, depuis 1985, a été créée à Bordeaux la Bio force Aquitaine,
qui est devenue l'Institut de formation et d'appui aux initiatives de développement
(IFAID Aquitaine).
Au début des années soixante, les catastrophes d'Agadir et de Skopje
avaient démontré la carence des moyens internationaux devant de telles
situations. Le Service de santé des armées proposa de doter la France d'une
formation chirurgicale sous tentes, mise sur pied rapidement et aéro-transportable.
Elle répond aux quatre impératifs :
o transport en tous lieux du globe ;
o intervention rapide ;
o adaptation des moyens au type de mission exigé par le sinistre ;
o formation pouvant subsister deux ou trois semaines grâce à ses propres
moyens. (voir PUZENAT et BESNARD, in : Médecine de catastrophes, Tribune
médicale, 1984).
Cet élément médical comprend :
o une cellule de commandement et de soutien ;
o deux équipes chirurgicales ;
o deux équipes avec médecins, réanimateurs, pédiatres, puéricultrice de la
Croix-Rouge, infirmiers ou infirmières
o un laboratoire
o un groupe de convoyage sanitaire aérien à deux équipes.
L'E.M.M.I.R. dispose également d'avions de transport, d'hélicoptères, de véhicules
et de moyens de transmissions.
On a dit à son sujet : " Ce n'est pas seulement une formation médico-chirurgicale
d'urgence. C'est un " système ". Des personnels sélectionnés, préparés,
mais qui en temps normal tiennent des postes dans toute la France, des matériels
choisis, entretenus et surtout un dispositif d'alerte particulier à tous les échelons
sur lesquels repose la rapidité de réponse à la demande. " (J.A.
VIDELAINE, in Médecine en situation de catastrophe, Masson, 1987). A
noter que, depuis la création de la Bio force, une partie des misions de
l'E.M.M.I.R. ont été confiées à la Bio force.
L'élément de sécurité civile rapide d'intervention médicale (ESCRIM)
est une unité composée d'environ 42 personnes issues des unités militaires de
la sécurité civile et du SDIS du Gard.
Il a été envoyé, il y a trois ans, au Congo où la guerre civile venait de se
terminer, après avoir fait près de 15 000 victimes.
La mission confiée à ce groupe était double : médicale en premier lieu, pour
apporter des soins à une population qui avait énormément souffert de ce
conflit, et logistique ensuite, pour remettre en route une partie des structures
sanitaires de l'hôpital de Brazzaville.
C'est un exemple parmi d'autres groupes installés dans notre pays.
Les moyens de la sécurité civile
Pour accomplir les missions fixées par le décret du 13 janvier 1965,
les pouvoirs publics ont doté, peu à peu, les services de sécurité civile de
structures administratives et de matériels qui font de cet organisme le mieux
équipé d'Europe.
Voici un essai de recensement :
(voir Civique Spécial DDSC, août-septembre 1998).
La coopération civile-militaire
L'organisation des colonnes mobiles repose, en général, sur des
relations très étroites entre les armées et les autorités civiles. Les sont
d'autant plus légalement coordonnées que prédomine, dans le pays considéré,
le concept de " défense totale ".
En effet, les armées peuvent apporter un soutien important dans divers domaines
lorsque survient une catastrophe. Elles disposent de structures et de moyens qui
leur permettent de prendre en charge, à titre exceptionnel, des missions qui ne
leur incombent pas normalement ou de prêter leur concours à d'autres
organismes responsables de la sécurité civile.
Quelques exemples peuvent être donnés en Europe.
Royaume-Uni
La défense civile britannique donne une grande place à l'armée dans
son système opérationnel. Ce principe est formellement exprimé dans les règlements
militaires. " Toutes les forces armées, d'active ou de réserve, stationnées
au Royaume-Uni au moment de l'ouverture des hostilités et qui ne sont pas
encore engagées doivent être prêtes à aider les autorités civiles dans la
lutte pour la survie. "
Un organisme avait été créé pour les interventions en cas de crise ou
de catastrophe, le Civil defence corps, composé de 36 bataillons de 800
hommes chacun. Mais des restrictions budgétaires l'ont mis en sommeil il y a
environ deux décennies.
Allemagne
Dans le cadre de l'Innere Führung, la Bundeswehr
apporte son soutien aux services civils dans les situations d'urgence ou en cas
de sinistre ainsi qu'à la protection de l'environnement.
Mises à part ces actions ponctuelles de secours, les forces armées sont
en état d'alerte 24 heures sur 24.
1. Les centres de coordination SAR (en anglais : search and rescue :
recherche et sauvetage) sont installés à Glücksburg et Goch.
2. Les commandements SAR sont au nombre de 12 (Westerland, Helgoland,
Kiel , Borkum, Jever, Ahlhorm, Eassberg, Nörvenich, Pferdsfeld, Ingolstadt,
Bremgarten et Landsberg).
3. Il y a un service SAR d'alerte à Nordholz.
4. Les trois centres de sauvetage de la Bundeswehr sont à Hamburg,
Koblenz et Ulm
5. Les trois centres civils de sauvetage, avec hélicoptères de la
Bundeswehr se trouvent à Rheine, Würselen et Nürnberg.
Il y a en moyenne vingt sorties par jour pour des opérations d'assistance
d'urgence (évacuation des malades, recherche et sauvetage en montagne,
transport de sang conservé et de greffons, secours en cas de sinistre, etc.).
A cela s'ajoutent les aides apportées aux pays du tiers monde avec, en
particulier, la fourniture gratuite de matériels provenant des stocks des
forces armées.
Dans ce domaine de la protection de la population, l'effort de la Bundeswehr
tend à se rapprocher, de plus en plus, de celui de l'armée française. Une
coopération dans le cadre de la défense civile complèterait avantageusement
les jumelages qui existent entre les corps de troupe des deux pays. Ajoutons que
la réunification de l'Allemagne n'a pratiquement pas changé cette conception
moderne de la défense.
France
Dans le domaine des relations entre le civil et le militaire, trois
exemples peuvent être donnés :
1. Le Bataillon des marins-pompiers de Marseille (BMPM)
Il fut créé par décret-loi du 29 juillet 1939 à la suite de
l'incendie de Galeries où les sapeurs-pompiers locaux ne purent pas intervenir
efficacement. Sa création reprend une structure traditionnelle. En effet,
l'ordonnance du 14 août 1719 avait confié au préposé de l'arsenal des galères
de Marseille la garde de quatre pompes " à la Hollandaise ".
a. Organisation
Fort d'environ 1500 hommes, le bataillon des sapeurs-pompiers de
Marseille est une unité de la Marine nationale mais il dépend pour emploi du
maire de la ville. Il est placé sous le commandement d'un capitaine de vaisseau
et comprend :
b. Les missions
Elles sont, en gros, les suivantes :
2. La Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (B.S.P.P.)
Elle est l'héritière directe du bataillon créé par décret impérial
du 18 septembre 1811, transformé en régiment par Napoléon III le 5 décembre
1866 et constitué en brigade en février 1967.
C'est une unité militaire rattachée depuis 1965 à l'arme du Génie.
a. Organisation
La Brigade compte environ 7 500 hommes répartis en trois groupes :
b. Les formations spéciales
Elles ont été créées au sein de la Brigade pour répondre à des
risques très spécifiques, par exemple :
c. Des types de missions
En plus des interventions classiques en région parisienne, la Brigade
participe à des missions de secours à titre permanent ou conjoncturel, à
Paris et ailleurs, par exemple :
o à Larq-Artix (Pyrénées orientales) pour renforcer les secours locaux à
proximité des puits d'extraction du gaz naturel ;
o à Biscarosse (Landes) pour la protection des installations du Centre d'essai
des Landes (C.E.L.) et de ses missiles tactiques et stratégiques ;
o à Kourou (Guyane) pour la sécurité des installations opérationnelles du
centre national d'études spatiales (C.N.E.S.) et du pas de tir de la fusée
Ariane ;
o à la Direction de la défense et de la sécurité civile (D.D.S.C.) ;
o au Commissariat de l'énergie atomique (C.E.A.) ;
o à la Direction des musées nationaux.
Elle est basée à Nogent-le-Rotrou et dépend directement de la Direction
de la défense et de la sécurité civile (D.D.S.C.). Elle assure l'instruction
du personnel de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, contrôle son
administration et fournit les cadres nécessaires (officiers, sous-officiers et
gradés).
Il intervient en France et à l'étranger. Voici des cas pendant la période
1970-1985.
o 1972, à Vierzy (accident de chemin de fer)
o 1973, à Calan (naufrage)
o 1975, à Woigny (accident)
o 1976, en Italie (tremblement de terre du Frioul)
o 1977, en Guadeloupe (éruption du volcan La Soufrière) et à Djibouti
(inondations)
o 1978, en Provence (feux de forêts)
o 1980, en Algérie (tremblement de terre d'El Asnam) et en Bretagne (marées
noires)
o 1982, à Metz, explosion d'un silo)
o 1985, à Mexico (tremblement de terre)
3. Le Service de santé des armées dans les unités militaires de la Sécurité
civile
À côté de son rôle dans la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris
et le Bataillon des marins-pompiers de Marseille, ainsi que de la contribution
qu'il apporte aux services d'urgence des hôpitaux militaires ouverts à toute
la population, le Service de santé des armées a des missions multiples dans le
domaine de la Sécurité civile.
a. Structures
Un personnel du Service de santé des armées est réparti au sein des
quatre unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile (UIISC
1 à Nogent-le-Rotrou, UIISC 4 à Rochefort sur Mer, UIISC 7 à Brignoles, UIISC
5 à Corte).
Chacune d'elles correspond, en effectifs, à un régiment de l'armée de terre
et dispose de médecins, de pharmaciens et de sous-officiers du Service de santé
de armées. À noter qu'en l'an 2002, ces quatre unités seront regroupées en
deux.
b. Interventions
Ces unités sont mises à la disposition du ministère de l'Intérieur
et constituent une force de secours utilisable tant en France qu'à l'étranger,
et disponible 24 heures sur 24.
Trois heures après l'ordre de mise en route, personnel et matériel sont
embarqués à bord d'un avion. Pour ce faire, le matériel, vérifié périodiquement,
est conditionné sur palettes et répertorié par différents codes. Le
personnel médical de permanence est toujours joignable par " bip " ou
par téléphone portable.
c. Le sauvetage en mer
Le Service de santé des armées et la Marine nationale, participent,
en particulier, aux activités du Centre de consultation médicale maritime (CCMM)
de Toulouse, des centres régionaux opérationnels de surveillance et de
sauvetage (CROSS), des SAMU de coordination médicale maritime (SCMM)
et des centres d'opérations maritimes de la Marine nationale.
Les équipes médicales sont fournies aux hélicoptères opérant à partir des
bases de l'aviation navale de Lanvéoc-Poulmic, de Saint-Mandrier ainsi qu'à
ceux de La Rochelle et Cherbourg.
Le délai d'alerte varie de quinze minutes à deux heures, en fonction des préavis
de tempête ou de pré-alerte.
Les médecins et les infirmiers sont en général treuillés à bord des navires
demandeurs, pour examiner les malades et les blessés, effectuer les gestes de réanimation
nécessaires et les préparer à l'hélitreuillage en civière (voir Éric DAL,
in Armées d'aujourd'hui, n° 254, octobre 2000).
La France et les relations internationales
en matière de sécurité civile
Notre pays est lié, dans ce domaine, avec tous ses voisins
européens ainsi que des États des autres continents. En effet, dans ce début
du XXIe siècle, une coopération est absolument indispensable pour nettoyer
notre continent des nuages radioactifs ou biologiques, éliminer les résidus
toxiques, assainir les eaux, réduire les gaspillages, purifier l'air qui cache
le soleil, lutter contre les épidémies mais aussi les mafias et le banditisme
politique, en restant vigilants face à l'horizon.
Face à tous ces périls, on peut signaler plusieurs types d'actions.
Les commissions européennes de sécurité civile
1. Elles se développent depuis des décennies. Voici quelques
exemples :
2. Des résultats
Les matériels français
1. Ils sont indiscutablement très cotés et beaucoup sont adoptés par de
nombreux pays, en particulier :
Ajoutons que de nombreux pays nous envoient des missions d'experts pour l'étude
de nos méthodes et de nos concepts d'organisation. Un exemple parmi d'autres :
" Premier ravitaillement en vol d'un hélicoptère réalisé par l'armée
de l'air saoudienne et la société Eurocopter. Cette première campagne
d'essais s'est déroulée en France du 13 au 30 juin 2000. Elle visait à
accomplir des couplages secs (sans transfert de carburant) entre un
avion-mitrailleur (Hercules KC 13O) et un Cougar Mark 2. Le ravitaillement en
vol est une procédure opérationnelle habituelle pour les avions de chasse et
de transport, mais elle ne l'est pas pour les hélicoptères. L'armée de l'air
saoudienne sera prochainement équipée de 12 Cougar Mark 2 achetés à la
France qui devraient lui permettre de conduire efficacement les missions de
sauvetage des pilotes. " (Armées d'aujourd'hui, n° 254, octobre
2000).
2. Il faut dire que la sécurité civile française développe ses équipements
performants. Elle a décidé, en particulier, d'acquérir plus de 30 hélicoptères
de type BK 117 C 2 dans les cinq années à venir. De plus, la formation des
techniciens et la constitution de lots de rechange entrent dans le budget alloué
à cette opération.
Les services de déminage s'améliorent également, en particulier avec
l'achat de nouveaux robots. " Castor, le petit dernier de ces robots, équipe
sept centres de déminage depuis 1996. Beaucoup plus léger (35 kg), plus petit
et trois fois moins cher que ses ancêtres les RMI (robot mobile d'intervention)
3 et 10, qui coûtaient près d'un million de francs, il répond aux caractéristiques
définies par le groupe d'études techniques du service de déminage. "
(Franck CANTON, in : Civique spécial, ouvrage cité).
Ces méthodes évoluent régulièrement ; c'est ainsi qu'on pense à un
" binôme chien-robot ", puisque l'odorat canin détecte certains
types d'explosifs comme les vapeurs de nitroglycérine, d'où des réflexions
sur la cryogénie et le dressage de certains chiens.
On a pu dire ainsi, à juste titre : " La sécurité civile est un
des plus beaux fleurons de l'action extérieure de la France. Peu de pays
disposent d'un tel outil avec une palette aussi large de compétences. Il faut
donc faire qu'elle soit reconnue en France, à l'étranger et par les instances
internationales comme un pôle d'excellence de la politique extérieure de la
France. " (Bernard SEXE, directeur de la Cellule d'urgence et de veille,
quai d'Orsay, 14 août 1998).
L'Institut national d'études de la sécurité civile (INESC)
Cet établissement a été créé en 1981 pour remplacer l'École
nationale de protection civile qui avait vu le jour en 1953. Il donne une très
belle image de marque de l'enseignement supérieur français dans ce domaine et
développe son influence en Europe et dans les autres continents.
1. Enseignement et recherche
Installé à Nainville-les-Roches (Essonne) et rue Chaptal à Paris,
il exerce les activités suivantes :
2. Relations avec les pays européens
3. Relations avec les pays des autres continents
4. Ouverture pour l'industrie française
L'INESC présente à beaucoup de pays les matériels français de
secours et de lutte contre l'incendie.
Certains États envoient des experts pour obtenir des renseignements, par
exemple : les États-Unis sur l'utilisation des nouvelles technologies pour
l'enseignement à distance ; la Finlande pour la mise en place de systèmes
d'intervention et le Mexique, qui travaille pour la création d'une école
nationale de protection civile.
On ne peut qu'admirer cette coopération internationale.
Un organisme communautaire de sécurité civile
Une intervention rapide et efficace en Europe, dans un pays dévasté
par une guerre civile ou un cataclysme naturel, ne dépend pas seulement des
secours sur le terrain mais de la mise en place préalable, " en amont
", d'un système d'assistance globale, qui pourrait être à caractère
communautaire.
Il faut, dans cette optique, tenir compte de plusieurs facteurs :
Toute cette planification de l'assistance dépend essentiellement d'organismes
officiels et, dans ce domaine, les forces françaises de sécurité civile sont
les mieux équipées et pourraient servir de structure de coordination des
services européens.
Les fondements d'une politique européenne de sécurité civile
Il paraît utile, dans ce domaine, de rappeler les points suivants :
Les trois formes d'actions possibles
Dans le cadre de la prévention et de la gestion des crises,
l'intervention peut se réaliser de différentes manières :
1. L'intervention humanitaire avec ses caractéristiques propres :
2. L'interposition entre deux adversaires pour les amener à résoudre leurs
querelles par la négociation :
3. Certaines aides pour permettre à la population civile de survivre et au
pays de reprendre une vie normale après une crise ou une catastrophe
naturelle :
Le processus R.I.C.A.
Une intervention de sécurité civile qui se fait dans une région
doit évidemment tenir compte des conditions techniques mais aussi des cultures
et des mentalités.
1. Le recensement (R.) des moyens de secours existant dans la zone
sinistrée et de leurs possibilités d'intervention. Ceci suppose la
connaissance, par les secouristes appelés d'un autre pays, d'une sorte de
cartographie des postes de secours, des hôpitaux, des liaisons filières ou
radioélectriques, etc. ; compte tenu des technologies actuelles, des synthèses
de ce genre faites dans chaque État européen peuvent être regroupées dans un
site donné pour consultation.
2. L'intégration (I) des personnels étrangers dans les unités de
sauvetage et de soins médicaux, ce qui nécessite évidemment au moins un
bilinguisme, dont il faudra tenir compte lors du recrutement et de
l'installation dans les différents secteurs.
3. Dans les diverses cultures (C.), qui vont de l'Arménie à l'Écosse,
de la Suède à Malte, les attitudes face aux dangers mériteraient une étude
concrète : pudeur, amour envers le prochain, reconnaissance, comportement face
à la souffrance, la maladie et la mort... Et les sauveteurs doivent être
conscients des différences. Il ne faut pas oublier que les considérations
religieuses et métaphysiques jouent un grand rôle dans les réactions des
populations.
4. L'adaptation (A.) au mode de vie local, surtout lorsque l'intervention
dure un certain temps, est aussi indispensable : boisson, nourriture, relations
personnelles... tout est observé par celui ou celle que le médecin ou le
sapeur-pompier vient aider.
C'est toute une formation qui doit être donnée aux sauveteurs pour leur
permettre de tenir compte des mentalités et de faire apprécier la qualité des
prestations.
Des structures
o l'aide d'urgence ;
o l'aide alimentaire programmée et d'urgence ;
o la mobilisation des ressources et les actions de prévention ;
o l'aide aux réfugiés et aux populations déplacées.
o pour l'information (presse, radio, télévision, documentation) ;
o pour les relations institutionnelles ;
o pour l'évaluation (mobilisation des secours et équipes d'intervention,
coordination, affaires juridiques...).
Il est bien évident que toutes ces conditions techniques doivent faire l'objet
de plans, de conventions ou de protocoles pour adapter peu à peu ce Corps
européen de sécurité civile aux missions qui lui seront confiées.
Une solidarité sans frontières
Il se peut que, dans notre idéal d'amélioration continue
de la condition humaine, nous rencontrions des défis difficilement surmontables
face à des fanatiques ou des illuminés qui veulent déchaîner sur notre
continent les quatre chevaux de l'Apocalypse. Nous tenons à nous rendre "
maîtres et possesseurs de la nature ", il nous faut donc préparer tous
les moyens de lutte contre les cataclysmes et les épidémies.
L'Europe a montré qu'elle possède la force nécessaire pour se délivrer
des vautours et s'épanouir, sur toute la surface de la terre, dans l'esprit et
le coeur de toutes les familles humaines, associées dans le même destin.
Parmi tant d'autres, nous pouvons citer ce philosophe de l'Inde, Humayun
Kabîr, qui a dit : " L'esprit d'aventure et d'initiative de l'Europe, sa
foi dans la raison humaine, sa recherche de la vérité, et ses efforts pour
soulager la souffrance où qu'elle existe, ont tous pour base la puissance que
confère une connaissance supérieure. " (in : Humanisme et éducation
en Orient et Occident, entretien international organisé par l'UNESCO,
Paris, 1953).
La sécurité civile s'inscrit dans cette conception humanitaire et il
appartient à notre pays, qui est le mieux équipé dans ce domaine, de mettre
en place un système d'assistance ouvert aux populations européennes et également
des autres continents.