GUERRE
ET PAIX ,Un regard sur le XXIème siècle
par le
Colonel Alain Faure-Dufourmantelle
L'époque de transition que nous
traversons entre le monde achevé du vingtième siècle et le monde en gestation
du vingt et unième siècle nous donne l'occasion et le loisir, relatif, d'une réflexion
sur l'histoire future. Mais auparavant interrogeons-nous : est-il possible de
s'avancer sur les chemin de la prévision sans courir le risque, inhérent à
tout ce qui concerne l'avenir, de commettre de lourdes erreurs de jugement?
Existe-t-il des constantes de l'histoire du monde sur lesquelles il serait
possible de s'appuyer pour jeter un regard lucide, ou présumé tel, sur ce qui
attend nos descendants à l'égard desquels nous avons une responsabilité à
des degrés divers? Les enseignements de l'événement authentiquement
historique que fut la Grande Guerre, rebaptisée Première Guerre mondiale parce
que pour la première fois dans l'histoire de l'humanité un conflit régional
était devenu mondial et allait s'étendre jusqu'en Extrême-Orient, ces
enseignements n'avaient-ils pas une valeur encore actuelle? Est-il possible et
admissible d'oublier qu'un fait divers, le rang princier des victimes de
l'attentat de Sarajevo transformant en événement politique mondial ce qui
n'aurait été normalement qu'un assassinat terroriste, aurait des répercussions
jusqu'en Mer de Chine? La mondialisation était déjà en marche sans que la
portée du phénomène fût perçue. Regardons lucidement la période d'extrême
intensité historique qui a enchaîné la Deuxième Guerre Mondiale sur la Première.
Une sourde fatalité semble guider par la main tous les protagonistes d'une tragédie
qui va conduire l'Europe à une chute définitive, aucun rétablissement n'étant
concevable au terme d'un effondrement cataclysmique. Les protagonistes n'en sont
pas les seuls Européens. De l'extérieur de la scène du théâtre européen
l'Amérique amorce le drame en reniant l'engagement de veiller au respect du
traité de Versailles qu'elle avait pris envers la France. Devançant puis
chevauchant les désordres qui s'installent à l'Ouest la révolution russe
apporte sa contribution au fonctionnement de la machine infernale qui va briser
l'Europe, la mère de la civilisation occidentale. Etape par étape, de même
qu'Apollon dans l'" OEdipe roi " de Sophocle conduit Oedipe à la tragédie,
un absurde enchainement quasi mécanique va méthodiquement conduire les Européens
dans un piège qui se construit sous leurs yeux et dans lequel, par lâcheté
autant que par aveuglement, ils vont inévitablement entrer.
L'histoire de l'entre deux guerres est une affligeante illustration des conséquences
désastreuses entraînées par l'absence chez les hommes politiques de la qualité
que Napoléon plaçait en tête de toutes celles qui leur sont nécessaires, le
caractère auquel il convient d'ajouter la culture générale, aussi
indispensable à l'exercice des responsabilités d'Etat que toute compétence spécialisée.
Le général de Gaulle et Edouard Herriot, homme politique de grande culture qui
fut président du Conseil sous la troisième République, en soulignèrent tous
deux l'importance. Revenons à l'Europe en notant qu'entre la fin de la Deuxième
Guerre Mondiale et le début de la guerre civile dans l'ex-Yougoslavie la paix a
régné en Europe. Les troubles qui l'agitèrent entre la fin de la guerre en
1945 et l'effondrement du système soviétique en 1990, tels le coup de Prague
ou l'invasion de la Hongrie, n'eurent que des effets limités qui ne débouchèrent
pas sur l'affrontement majeur redouté par les deux camps opposés, celui de
l'Ouest qui se baptisait camp de la liberté et celui de l'Est qui se proclamait
camp de la démocratie.
Quarante-cinq années de paix, la paix sous les armes les plus terrifiantes mais
la paix quand même, permirent à l'Europe de se remettre des ravages de la
guerre et de s'installer tout près des Etats-Unis au premier rang des pays les
plus riches du monde. Mais dès que l'une des deux puissances militairement équivalentes
dont l'antagonisme créait un état d'équilibre favorable au maintien de paix
se trouva renversée la paix disparut du sol européen. Certes, nulle
comparaison sérieuse n'est valable entre la guerre civile qui a dévasté
l'ancienne fédération de Yougoslavie et les deux terribles conflits qui ont
ravagé et saigné les grands pays d'Europe. Mais la rupture de l'état d'équilibre
pacifique qui existait à l'intérieur de l'ex-fédération yougoslave a une
valeur symbolique de mise en garde. Nous n'épiloguerons pas sur les origines
troubles de cette crise que nous avons exposées dans notre livre "
L'Europe d'Oedipe ", livre bâti sur le thème de cette fatalité qui a
accablé l'Europe et qui la menace encore. Il convient de ne pas ignorer qu'éclatant
après près d'un demi-siècle de paix la destruction de la Yougoslavie ne fut
pas entièrement spontanée et que certaines volontés extérieures furent à
l'oeuvre pour la provoquer et prendre ainsi une revanche sur un passé abhorré
de vaincus. Remarquons aussi le contraste flagrant qui existe entre les
quarante-cinq années de paix qui ont accompagné la guerre froide et le déchaînement
de haines qui s'est produit à l'Ouest dès que le risque de passer à la guerre
véritable a disparu.
Un enseignement fondamental se dégage de la succession de tragédies qui marque
l'histoire de l'Europe au cours du vingtième siècle, la constance des mobiles
de la conduite de l'homme. Charles de Gaulle, alors colonel, en avait fait la
base de sa réflexion politique et stratégique lorsqu'il écrivait en 1932 :
" Où voit-on que les passions et les intérês d'où sortent les conflits
armés taisent leurs exigences? " Un an plus tard Adolphe Hitler devenait
chancelier du Reich et entraînait le peuple allemand durant douze années dans
une volonté fanatique de revanche, de conquête, et de domination. La prédiction
du colonel de Gaulle était vérifiée, les passions d'où sortent les conflits
armés n'avaient pas tu leurs exigences. Un deuxième enseignement est à tirer
de cette période de l'histoire de l'Europe: la passion a été plus forte que
l'intérêt et a déterminé la politique allemande alors que son intérêt bien
compris aurait voulu que l'Allemagne exploite son succès économique en préservant
la paix. Dans la période actuelle, les considérations d'intérêt économique
priment sur toutes les autres et les hommes politiques négligent à tort la
place que les passions occupent dans la vie des peuples alors qu'elle peut
redevenir prépondérante et fausser toute prévision établie sur une
perspective pacifique.
La lucidité décisive du futur chef de la France Libre résidait précisément
dans sa connaissance innée de la nature humaine à laquelle il associait le
fruit le plus élaboré du travail personnel, la culture générale, qui lui
permit de prévoir sans erreur l'échec futur de l'entreprise nazie et
d'accomplir le retour de la France dans le camp des vainqueurs. Nous connaissons
sa rigueur d'écrivain classique et l'attention vigilante qu'il apportait à ses
écrits, nous accorderons donc la plus grande importance au choix et à l'ordre
des mots qui composent la phrase que nous venons de citer. Tout d'abord
remarquons qu'il a placé les passions avant les intérêts. Dans l'époque
actuelle où l'économique est dominant il serait sage de ne pas oublier que
l'homme n'est pas qu'une machine à calculer. On peut même soutenir que l'âpre
ambition qui inspire les grands chefs d'industrie ou de finances n'est qu'une
forme de passion, celle de la volonté de puissance chère à Nietszche.
Reconnaissons cependant que la véritable passion est désintéressée; la
distinction traditionnelle entre passions et intérêts garde donc toute sa
valeur. Notons aussi l'emploi du mot exigence qui traduit le caractère
intransigeant de la volonté des uns et des autres dont la confrontation aboutit
à des affrontements que la raison récuse mais qu'elle se voit dans
l'obligation de constater. Quant au mot taire il a l'avantage d'exprimer le
caractère temporaire du silence qui s'établit entre les périodes où les
oppositions des passions et des intérêts éclatent dans le bruit et la fureur.
Alors, une interrogation se présente à nous: le silence, relatif, que notre époque
traverse serait-il définitif? Il annoncerait dans cette hypothèse une
transformation de la nature de l'homme à laquelle ni le christianisme ni aucune
philosophie n'avait encore pu atteindre malgré des appels qui se sont répétés
pendant des dizaines de générations. Le silence actuel ne serait-il pas plutôt,
comme dans le passé, un épisode prolongé mais provisoire? Si l'on accepte une
telle interprétation l'image qu'elle donne de l'avenir sera certainement
qualifiée de pessimiste et propre à alarmer à tort ceux qui l'adopteraient.
Mais serait-elle pour autant inexacte? Pour tenter de lever une incertitude
aussi fâcheuse essayons de regarder lucidement le monde qui est en gestation
sous nos yeux et d'apporter à la grande interrogation guerre ou paix non pas
une réponse trop risquée mais l'esquisse d'une vue réaliste.
Observons donc l'évolution du monde en nous plaçant à la très haute altitude
où géopolitique et géostratégie imposent de se situer. Nous constatons
d'abord que depuis le milieu du vingtième siècle le progrès technique a
introduit des transformations révolutionnaires en matière de stratégie. Nous
allons en définir succinctement les grandes lignes en les explicitant par des
exemples concrets illustrant les fantastiques modifications d'échelles qu'il a
introduites dans la prévision et dans l'action. Considérons d'abord l'échelle
des distances. Alors que les planificateurs stratégiques de la Deuxième Guerre
Mondiale devaient préparer les opérations en basant leurs calculs sur des
distances franchissables qui dépassaient rarement quelques milliers de kilomètres,
leurs successeurs contemporains élaborent leurs futures actions sur une échelle
des distances dix fois plus grande, la dimension intercontinentale et spatiale
étant constamment présente à leur esprit. Il en résulte que la dimension
Europe est à remplacer par les dimensions Eurasie ou Europe-Méditerranée ou
encore Europe-Orient Proche et Moyen. Une remarque d'ordre général s'applique
à ce changement d'échelle comme à toutes les amplifications de notre époque:
elles ne suppriment pas les anciennes dimensions qui restent pleinement valables
de telle sorte que la complexité des opérations stratégiques en est rendue
plus grande. Le niveau régional, et même local, peut être le théâtre de
manoeuvres visant des objectifs lointains qui ne sont apparemment pas liés aux
actions qui se déroulent à son niveau. En ce qui concerne l'échelle des temps
elle a été encore plus élargie. Dans le domaine scientifique elle descend à
la femto-seconde (un millionième de milliardième de seconde) dans les phénomènes
nucléaires. Dans le domaine militaire quelques dizaines de minutes suffisent
pour qu'un missile stratégique atteigne une cible située aux antipodes de son
point de lancement. Cependant si la brièveté et même l'extr'me brièveté du
facteur temps sont désormais intégrées dans les activités spécialisées son
échelle s'est également dilatée dans le sens de la durée, le déroulement
des grands programmes industriels ou techniques s'étalant sur sept à dix années.
Ajoutons pour compléter le tableau que les grands projets politiques peuvent
viser des objectifs qui ne seront atteints qu'au terme de plusieurs générations;
ainsi l'idée Europe n'est pas réalisée près de deux générations après la
signature du traité de Rome et son accomplissement incertain se perd dans la
nuit des temps. Quant à l'échelle des masses, en nous plaçant dans le domaine
du pouvoir de destruction qui est un aspect militaire décisif de la stratégie,
elle a dépassé le coefficient d'amplification mille avec la mise au point de
l'explosif atomique. Ces changements colossaux définissent désormais le cadre
de toute réflexion stratégique en associant dans une analyse prospective le
court terme dans lequel se placent habituellement les actes d'inspiration
passionnelle, souvent imprévus, et le long terme des calculs politiques
actuellement basés sur des projets économique dont la prévision aussi
rigoureuse soit-elle sur le plan mathématique repose sur les bases aléatoires
du futur comportement des hommes.
Regardons alors en face le monde nouveau qui émerge lentement de la matrice
terrestre; dégageons les grands traits de sa personnalité en formation comme
se précisent progressivement les contours du visage d'un enfant qui grandit et
tentons de distinguer quelques tendances de l'avenir.
Le fait majeur est le bouleversement de la démographie, un fait qui n'a aucun
précédent historique et dont on doit prévoir que les conséquences seront,
elles, historiques. Un exemple suffira à en montrer l'importance: au cours du
dernier siècle la population du globe s'est accrue de près de quatre milliards
et demi de personnes alors qu'au cours des vingt siècles précédents elle
avait augmenté de moins de huit cents millions! C'est une véritable révolution
que le vingtième siècle a connue; elle se poursuit au vingt et unième à un
rythme ralenti prarapport à celui des dernières décennies mais les vingt-cinq
années à venir verront encore un accroissement de deux milliards de personnes
qui porteront la population totale aux environs de huit milliards. Il faut se pénétrer
du fait que cet événement unique dans l'histoire de l'humanité est le facteur
clé des temps futurs. Il l'est d'autant plus que sa deuxième caractéristique
est l'inégalité de la croissance démographique à l'échelle de la terre.
Alors que les pays occidentaux voient leur population stagner ou décliner par dénatalité
en même temps qu'ils sont frappés de vieillissement les autres pays voient
leur populations croître dans des proportions incomparablement supérieures. Le
cas le plus typique est celui de la Méditerranée où le peuplement des pays de
la rive nord restera à peu près constant durant les vingt-cinq prochaine années
alors que celui des pays riverains au sud augmentera de plus de cent millions.
Les déséquilibres qui en résultent sont d'autant plus préoccupants que la
richesse de la terre est très irrégulièrement répartie: les populations déclinantes
et vieillissantes sont celles des pays les plus riches alors que la situation
est exactement inverse pour les pays prolifiques qui sont souvent pauvres et même
très pauvres.
Il est inutile de rappeler que notre époque est marquée par les progrès eux
aussi sans précédent des moyens d'information. Tout événement qui survient
en tout point de la terre peut techniquement être présenté sur un écran de télévision
en n'importe quel autre point moins de trois dixièmes de seconde après s'être
produit. L'image et le son peuvent entrer quasi instantanément dans tout foyer
si des dispositions restrictives, matérielles ou administratives, ne les arrêtent
pas. Il en résulte que ces peuples prolifiques et pauvres sont exactement
informés de leur condition sociale inférieure. L'urbanisation, qui est également
un phénomène mondial, transforme en profondeur le cadre de vie des nouvelles
sociétés. Ce sont des masses de plusieurs dizaines de millions de personnes
qui s'entassent dans les mégapoles modernes qui sont de plus en plus nombreuses
et qui s'étendent sans cesse; ces masses sont traversées par des aspirations
et des sentiments dont la force, et l'impuissance qui leur est le plus souvent
associée, préparent le terreau sur lequel grandiront et mûriront les fruits
de leurs passions contraintes. Dans ce cadre d'immenses masses pauvres, urbaines
ou non, où les difficultés de vie sont infiniment plus grandes que pour les
communautés les plus défavorisées des pays de niveau de vie occidental le crédit
accordé aux arguments et slogans de meneurs les appelant à la lutte contre
ceux qui seraient vus comme les responsables de leur condition inférieure
serait inévitablement très grand. La puissance de l'arme qu'est la
manipulation des esprits par l'intermédiaire des médias a largement fait ses
preuves. Si ses succès ont été jusqu'à maintenant plutôt limités aux problèmes
intérieurs de quelques pays comme l'Iran impérial ou l'Afghanistan il serait
irréaliste de sous-estimer son pouvoir à plus grande échelle pour atteindre
directement ou indirectement les objectifs que des pouvoirs officiels ou
occultes se seraient fixés. L'erreur politique fondamentale des dirigeants
occidentaux, inspirés par la logique marchande des Etats-Unis et guidés par
des considérations presque exclusivement économiques, est de négliger les
aspects moraux des besoins des hommes. Il n'est pas dans l'esprit du présent
article de contester l'importance des facteurs économiques qui assistent le
progrès technique, et par conséquent le progrès social, ainsi que le progrès,
fréquemment oublié, des instruments de guerre, mais il est bien dans son
intention de souligner fermement que l'homme, considéré individuellement ou
collectivement, n'est pas qu'une machine à calculer ou à consommer. L'oubli de
ce qui fait sa dignité est plus qu'une erreur, une faute lourde génératrice
de frustrations graves qui ne pourront s'exprimer que dans des attitudes de
refus et de rejet elles-mêmes sources de conflits prenant des formes diverses
parmi lesquelles la forme armée classique. Nous avons écrit que cette erreur
est à imputer aux Occidentaux parce que c'est surtout eux, avec qui l'on doit
ranger le Japon et les Etats asiatiques qui les ont brillamment égalés dans la
réussite économique, que l'on voit oublier que l'homme a une nature double,
corporelle et spirituelle, et qu'il est dangereux d'écarter la dernière au
profit de la première. Toute l'histoire de l'humanité est fondamentalement
imprégnée de lutte de l'esprit contre la matière. L'erreur grossière de la
pensée politique occidentale est de s'enfermer dans le culte d'un matérialisme
d'origine mercantile en croyant que la communauté humaine entière, ou au moins
ses administrés, s'en satisfera toujours. Tôt ou tard l'inanité de ce point
de vue éclatera.
La mondialisation, qui n'est en vérité que l'extension du modèle matérialiste
américain à toutes les sociétés, suscite déjà des réactions hostiles
assez fortes. On peut y voir les premiers symptômes d'un vaste mouvement de
rejet qui se manifeste initialement contre des projets symboliques comme la
manipulation génétique des plantes. Une comparaison avec un phénomène géologique
bien connu nous paraît appropriée pour définir la profondeur, l'étendue, et
la force de ce mouvement de rejet en même temps que sa lenteur à se mettre en
place. C'est en effet à la lenteur extrême en même temps qu'à la puissance
irrésistible du mouvement des plaques tectoniques que les grands courants qui
entraînent l'homme au fil de l'histoire sont comparables. L'exemple le plus éloquent
en a été l'essor lent et irrésistible des religions, en particulier celui du
christianisme gagnant à sa cause les peuples de la Méditerranée puis s'étendant
à toute l'Europe et rayonnant ensuite dans le monde entier. L'islam sur le plan
religieux et le marxisme sur le plan idéologique en sont des exemples plus récents
dont le dernier par la rapidité de son expansion puis celle de son reflux met
en évidence le phénomène nouveau de l'accélération de l'histoire. La
lenteur avec laquelle les grands courants de la vie de l'humanité se sont
manifestés dans l'histoire est donc une notion à relativiser en prenant en
considération la rapidité contemporaine de la diffusion des idées. Telle que
nous l'avons définie en début de ce paragraphe la mondialisation se caractérise
par une uniformisation et un nivellement des sociétés soumises à un matérialisme
non idéologique engendré par un mercantilisme qui nie et efface tout ce qui
n'est pas occasion de profit ou qui le transforme en occasion de gain. L'homme y
perd son âme. L'apparition de puissants mouvements de refus et de rejet de la
mondialisation, considérée en elle-même ou devenant un symbole honni, est
donc prévisible. Selon les images d'identité qui lui seront appliquées son
rejet pourra exprimer des sentiments et des aspirations des plus variés,
nationaux, religieux, politiques, sociaux ou même raciaux si une race lui est
identifiée. Quant aux formes que ce refus ou rejet pourra prendre elles seront
évidemment fonction du lieu, du moment, et du motif qui les auront déterminées,
couvrant toute la gamme des actions possibles depuis les banales mesures
administratives violant plus ou moins les règles de l'Organisation Mondiale du
Commerce jusqu'aux actions de force, ouverte ou souterraine, de toutes ampleurs.
Parvenant au terme de cet article posons la question qui résume tout: les
conflits seraient-ils appelés à disparaître de la vie de l'humanité pour la
raison que la numérotation des dates commence désormais par 20 au lieu de 19?
La réponse évidente appelle un seul commentaire: aux affrontements
traditionnels s'est simplement superposée une dimension planétaire qui rend
les relations internationales plus complexe sans avoir modifié la nature de
l'homme.
Alors, " Où voit-on que les passions et les intérêts d'où sortent les
conflits armés taisent leurs exigences ? ".
Versailles, le 22 avril 2001