"La Chine : de la révolution mondiale aux intérêts
pan-nationaux".
Par Hall Gardner.
Les relations américano-chinoises sont de nouveau en chute libre après qu'un
avion chinois F-8 a percuté un avion de surveillance américain de type EP-3E.
L'avion chinois est alors entré en collision dans les eaux de l'île Hainan.
L'avion de surveillance américain a atterri en toute sécurité sur l'île
Hainan. Il volait dans des eaux internationales aux alentours de 62 miles de la
voie extérieure aux 12 miles nautiques des limites territoriales établies
selon l'ordonnance de l'ONU sur la Convention maritime que la Chine avait signée.
Cependant l'accident s'est déroulé dans les limites des 200 miles "de la
zone d'exclusivité économique" revendiquée par la Chine.
L'EP-3E cherchait des sous-marins " Kilo-class " de type silencieux ou
des nouveaux sous-marins chinois 093 capables de déployer des missiles de
croisière. En plus des vérifications des avancées navales chinoises, l'avion
espion devait aussi vérifier le potentiel de défense aérienne ainsi que le déploiement
des missiles de surface aériens russes SA-300 semblables au système de missile
rudimentaire anti-balistique. Il verifiait egalement aussi bien les capacités
de croissance des équipements chinois des programmes militaires spatiaux et les
signaux d'intelligence de l'île Hainan où est basée la flotte chinoise (1).
24 membres d'équipage, dont 3 femmes, ont finalement été rendus sains et
saufs une fois que les Etats-Unis "hégémoniques" ont fourni les
excuses d'usage "pour sauver la face." Les déclarations du Département
d'Etat américaine indiquant déplorer la disparition du pilote ont été
interprétées de nouveau par Pékin comme une stratégie domestique de
communication. Il est bien evident que les Etats-Unis peuvent reconnaître sans
toutefois " regretter " leurs actes d'espionnage.
Le 2 avril, le Président George W. Bush a exigé l'accès immédiat à l'avion
et a demandé qu'il soit rendu " sans d'aucune autre inspection ".
Washington a essayé de soutenir le fait que l'avion, d'une façon ou d'une
autre, possédait "l'immunité territoriale". Pékin a, pour sa part,
soutenu que l'avion avait violé la souveraineté de la Chine et que le blâme
"se trouvait entièrement du côté américain." L'avion n'a donc pas
été rendu, les deux côtés ont continué à exprimer des sentiments durs sur
l'incident malgré le retour des équipiers américains.
Les ingénieurs chinois et les experts de micro-électronique ont, en conséquence,
parcouru l'avion de la tête au pied et essayeront d'étudier par ingénierie
inversée n'importe quel équipement qui aurait été détruit par son équipage
américain. Comme ce fut le cas pour le bombardier leurre terrassé en Serbie
durant la guerre du Kosovo, la perte de technologie du côté américain
pourrait bien représenter un avantage significatif pour la Chine. La perte
semble aussi indiquer que les avances militaro-technologiques américaines
peuvent s'avérer être provisoires.
La dernière déclaration nous apparaît en particulier comme vraie en ce qui
concerne les révélations que la Chine aurait gardées top-secret. Des
informations qui sont liées à la radiation causée par la "bombe à
neutrons" (que l'on a pratiquement nommée "la bombe
capitaliste", son but étant de tuer les gens, mais de laisser les biens
matériels intacts!) ainsi que par les armes thermonucléaires comme cela fut
annoncé dans le Rapport Cox Barreur publié le 3 janvier 1999 :
" La République Populaire de Chine (RPC) a volé des informations
confidentielles de conception des armes thermonucléaires les plus avancées des
Etats-Unis. Ces vols de secrets nucléaires dans nos laboratoires militaires
nationaux ont permis à la Chine de concevoir, développer et évaluer avec succès
des armes nucléaires modernes et stratégiques plus tôt que possible
autrement. Les secrets nucléaires américains volés donnent à la Chine la
possibilité d'avoir accès à l'information sur des armes thermonucléaires
identiques aux nôtres. Les vols de la Chine dans nos laboratoires nationaux ont
commencé à la fin des années 1970, et on sait que des secrets significatifs
furent volés dans le milieu des années 1990. Ces vols continuent certainement
de nos jours (2). "
Tandis que le vol des secrets nucléaires par Pékin est significatif, les
Etats-Unis se doivent aussi de blâmer la diffusion des hautes capacités
militaro-technologiques à Pékin. Dans ses efforts de jouer "la carte de
la Chine" [China card] contre l'Union soviétique, et ceci depuis les années
1970, les Etats-Unis ont cassé les décisions du Comité de Coordination
(COCOM) de restriction sur la vente de technologies sensibles aux pays du bloc
communiste. En fait, les Etats-Unis ont été accusés pendant la Guerre froide
d'au moins 80 % de toutes les violations du COCOM, et plusieurs d'entre elles,
en ce qui concerne la Chine (2). La technologie sensible a aussi inclut la vente
de super-ordinateurs en Chine, qui peuvent aider à concevoir et évaluer des
armes nucléaires et des trajectoires de missiles balistiques.
Dans le même temps, la presse américaine fut remplie des révélations des
vols chinois des secrets nucléaires américains en 1999, les relations sino-américaines
ont été plus que déchirées par le bombardement "accidentel" de
l'ambassade chinoise à Belgrade, qui fournissait probablement des informations
de signaux électroniques aux militaires serbes, ou même d'autres informations
liées aux activités de l'OTAN. L'OTAN savait-il précisément ce qu'il y avait
dans le bâtiment qu'il attaquait ? La question reste toujours sans réponse. Il
est certain que la Chine pensait que l'attaque n'était pas
"accidentelle", mais qu'elle a représenté une punition pour
l'assistance en faveur des Serbes, ainsi que pour les vols de secrets nucléaires
américains. Les protestations populaires en Chine contre l'OTAN bombardant
l'ambassade et tuant du personnel diplomatique chinois étaient, en grande
partie, spontanées et n'ont pas vraiment eu besoin de l'incitation du
gouvernement.
Ayant appris la leçon du Kosovo, l'administration Bush a alors fait très
attention quand elle a opté pour le bombardement des positions au sud de
Bagdad, en janvier 2001, lors de la première action militaire de la nouvelle
administration. Les attaques aériennes sur l'Irak avaient ainsi été prévues
pour empêcher les ouvriers chinois d'installer des câbles de fibres optiques
souterrains afin d'améliorer le potentiel de défense aérien de l'Irak. Ayant
frappé l'ambassade chinoise à Belgrade pendant la guerre du Kosovo, Washington
n'a pas voulu faire la même erreur en ce qui concerne le bombardement de Bagdad
!
Ces incidents et ces actions militaires sont symptomatiques des nouveaux
rapports tendus entre la Chine, puissance naissante, qui cherche à étendre son
hégémonie sur le littoral asiatique et particulièrement sur Taiwan en réponse
aux Etats-Unis, qui ont commencé d'étendre leur influence en Europe centrale
et en Europe de l'Est, pour la première fois dans leur histoire, et ceci par le
biais de l'agrandissement de l'OTAN après l'écroulement de l'Union soviétique.
L'agrandissement de l'OTAN en Europe centrale (et peut-être même au-delà) a
lieu parallèlement aux essais de Washington de concurrencer, mais surtout de
contenir l'Irak et l'Iran, aussi bien que de soutenir le statu quo après la
deuxième guerre mondiale en encourant le risque réel de surexploiter les
capacités de défense américaines. L'écroulement de l'Union soviétique,
l'expansion de l'OTAN et la monté en puissance de la Chine, sont ainsi
symptomatiques d'un radical changement déstabilisant l'équilibre mondial et régional
avec des conséquences incertaines et potentiellement dangereuses.
Les questions futures qui peuvent, plus loin, renverser les relations sino-américaines
incluent une décision, mise en suspens (attendue vers le 25 avril) par
l'administration Bush, de vendre à Taiwan un nombre significatif d'armes
incluant des sous-marins, des avions anti-sous-marins de patrouille, des armes
et des destroyers de type Kidd-classe qui pourraient servir comme précurseurs
au système Aegis de défense antimissile. L'administration Bush pourrait aussi
décider d'accorder un visa de transit à Chen Shui-bian, le président de
Taiwan, ce qui inquiète Pékin si jamais les Etats-Unis acceptait Taiwan comme
un pays indépendant. En juin, le Congrès américain décidera quels accords il
pourrait attacher au renouvellement du statut de la normalisation des relations
commerciales avec la Chine, qui pourrait affecter sa demande d'adhésion à
l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Alors qu'en juillet, le comité des
Jeux Olympiques Internationaux décidera si la Chine devra accueillir les Jeux
Olympiques de 2008.
De plus, l'adhésion chinoise dans l'Organisation Mondiale du Commerce est
toujours en attente. Les pourparlers de l'OMC avaient échoué (à nouveau) en février-janvier
2001, exactement au moment ou on s'attendait à ce que la Chine soit acceptée !
L'adhésion de la Chine avait calé sur les questions de subventions pour les
produits agricoles Chinois et sur des questions, parmi d'autres, de mesures
concernant l'ouverture de son secteur d'assurance protégé. En même temps, le
fait que le chiffre du commerce annuel bilatéral sino-américain s'élève à
plus de 115 milliards dollars peut signifier que les Etats-Unis pourraient
restreindre n'importe quelle opposition potentielle à l'adhésion de la Chine
à l'OMC.
La Guerre froide.
Les rapports de tension entre les Etats-Unis et la Chine font aussi éclater
le mythe "des dividendes de la paix" que l'on a supposé voir venir à
la fin de la Guerre froide. Le résultat de la fin de la Guerre froide était,
à son tour, supposé nous mener "à la fin de l'Histoire". La Guerre
froide devait apparemment se terminer en Europe, mais les horreurs de
purification ethnique en ex-Yougoslavie ont déjà indiqué que rien n'est aussi
simple que de revendiquer. De plus, les nouveaux rapports tendus entre l'OTAN,
L'UE et la Russie commencent à faire surface après la décision d'agrandir
l'OTAN dans les anciennes sphères d'influence soviétiques/russes et de sécurité
en Europe centrale ainsi qu'en Europe de l'Est. En même temps, malgré quelques
succès de politique internationale, comme la transition du Cambodge à une indépendance
relative après le déploiement de l'ONU et des forces de maintien de la paix au
début des années 1990, la situation en Asie reste tendue.
La Guerre froide ne s'est pas encore terminée en Asie : l'Inde et le Pakistan
sont toujours en totale opposition, se menaçant publiquement avec des armes
nucléaires. La Corée est divisée car le temps de " la politique
d'ouverture " [" sunshine policy "] qu'on a eu l'intention
d'apporter aux deux Corée semble désormais révolu. Les Japonais et les Russes
n'ont pas encore trouvé de compromis sur les îles Kouriles (ou sur les
territoires du Nord) ; et le schisme entre la République Populaire de Chine et
Taiwan n'a pas été réparé. En fait, ce n'est pas seulement le cas de la
Guerre froide qui n'est pas terminée en Asie, mais aussi, c'est que la Deuxième
Guerre mondiale n'est pas là, non plus, officiellement terminée. Il n'y a eu
aucun traité de paix mettant fin à la guerre entre les trois antagonistes
principaux : la Russie, le Japon et la Chine.
Pendant la Guerre froide, il y avait au moins trois crises principales dans les
détroits du Taiwan (1949-50 ; 1954-55 ; 1958-59). Pendant les années 1970, la
politique américaine vers la Chine a commencé à changer lorsque les
administrations de Nixon-Carter-Reagan ont cherché à jouer "la carte de
la Chine" [" China card " contre l'Union Soviétique. Alors, vers
la fin de la Guerre froide, Pékin a commencé à exercer une certain pression
sur les îles Spratly, qui sont situées au sud de la mer de Chine, stratégiquement
riches en pétrole, et disposées sur les lignes de communication maritime qui mènent
au Golfe Persique. Lorsque la Guerre froide fut terminée, une nouvelle crise
sino-américaine a éclaté après la répression de la place Tienanmen en 1989.
En 1996, la Chine a tiré des missiles désarmés dans des eaux taiwanaises. En
1999, pendant la guerre au Kosovo, l'OTAN a accidentellement bombardé
l'ambassade chinoise à Belgrade ; et puis est alors survenu cette année l'épisode
"accidentel" entre un avion de combat polyvalent chinois et un avion
de reconnaissance américain aérien.
Les racines profondes de la rivalité sino-américaine émanent évidemment des
conséquences de l'appui américain pour Chiang Kai-Chek contre Mao Ze Dong,
bien que l'intervention américaine militaire en 1900, lors de la rébellion
"des Boxeurs" ("les Poings d'Harmonie Juste"), juste après
l'annonce d'une politique Americaine de "porte ouverte" pour résister
à la rivalité impérialiste en Chine, peuvent toujours continuer à peser sur
les coeurs des pan-nationalistes chinois (4). Encore que la cause la plus immédiate
des rapports de tensions contemporains peut être due à l'échec des Etats-Unis
et de la Chine à résoudre le statut de Taiwan.
La première crise a commencé en 1949-50 après que Chiang Kai-Chek a mené un
million de ses disciples à Taiwan. Chiang a de même déplacé le plus grand
nombre de ses troupes sur les îles de Quemoy et Matsu pour garder une position,
afin de pouvoir reconquérir le Continent. Au commencement les Etats-Unis ont
soutenu Chiang contre Mao et ont même menacé l'utilisation d'armes nucléaires
contre ce dernier. Mais en janvier 1950, le Président Harry Truman a déclaré
que les Etats-Unis ne s'impliqueraient pas dans la discussion pour les détroits
de Taiwan. Il est possible que les Etats-Unis, avant la guerre coréenne, aient
pu bénéficier de plans d'urgence pour enlever Chiang du pouvoir et transformer
Taiwan en un Etat neutre sous protectorat de l'ONU. Indépendamment de ces
causes, l'apparition de la guerre coréenne a, cependant, efficacement bloqué
n'importe quels mouvements potentiels américains contre Chiang (5).
L'interposition de la 7ème flotte dans les détroits de Taiwan en 1950, après
que la guerre coréenne a éclaté le 25 juin 1950, fut conçue pour empêcher
Mao d'attaquer le KMT ; de même, la flotte américaine a retenu Chiang
d'attaquer le continent communiste. Les détroits ont été efficacement
neutralisés. Taiwan a été efficacement et "doublement contenu" sous
le protectorat militaire américain.
Dans la deuxième crise des détroits de Taiwan (août 1954-Mai 1955), Mao a
bombardé lourdement Quemoy après que le Président Eisenhower a soulevé le
blocus naval de Taiwan, donnant ainsi la possibilité d'une attaque des
nationalistes du Koumintang sur le continent après que Chiang eût déplacé 54
000 soldats à Quemoy et 15 000 soldats à Matsu. Malgré les avertissements américains,
Mao a alors opté pour un bombardement d'artillerie de Quemoy. En septembre
1954, les chefs américains des opérations militaires ont proposé en commun
l'option d'employer des armes nucléaires tactiques pour défendre Taiwan, une
option qui fut rejetée par le Premier ministre Britannique Winston Churchill et
les ministres des Affaires Etrangères de l'OTAN en février 1955. En avril
1955, en raison du manque d'appui soviétique pour ses actions (Moscou n'a pas
voulu être entraîné dans une confrontation avec Washington), la Chine a arrêté
ses bombardements. Onze aviateurs américains pris pendant la guerre coréenne
ont été libérés (6).
Entre 1956-57, les Etats-Unis ont commencé un déploiement de forces militaires
taiwanaises, incluant des missiles Matador, avec une possibilité de portée
allant jusqu'à 4 000 kilomètres, capables de déployer des ogives nucléaires
ou conventionnelles. En 1958, Mao a de nouveau recommencé un bombardement lourd
sur Quemoy en août-juillet 1958, juste après la visite de Khrouchtchev, très
probablement pressé par l'avertissement (malgré la déclaration postérieure
dans une lettre au Président Eisenhower que Moscou traiterait une attaque américaine
sur la Chine comme une attaque sur l'Union soviétique). Car le bombardement de
Mao sur Quemoy devait être, en fait, conçu pour prouver l'indépendance de Mao
aux pressions soviétiques. Moscou a signalé qu'il soutiendrait probablement la
Chine lors d'une attaque américano-taiwanaise, mais il ne soutiendrait pas le
but de la Chine "de libérer" Taiwan si ce conflit était censé
impliquer les Etats-Unis (7). Du fait que Moscou ne fut pas entièrement
supporteur des objectifs chinois, la Chine a opté pour sa propre force de
dissuasion nucléaire en 1964, après que Moscou ait unilatéralement abrogé,
en octobre 1957, son accord pour fournir à la Chine ses capacités nucléaires
ainsi que la décision de Khrouchtchev de retirer les conseillers techniques
russes de Chine. La décision de Moscou de laisser tomber son appui pour Pékin
fut destinée à envoyer un signal positif pour un rapprochement des relations
avec les Etats-Unis, une opportunité non comprise par Washington.
En 1964 Mao déclarait son appui pour la révolution mondiale et cherchait à étendre
ses revendications d'irrédentiste contre les deux superpuissances, les
Etats-Unis et l'Union soviétique. En plus de la revendication de Taiwan contre
les Etats-Unis, Mao a critiqué la répression soviétique en Europe de l'Est et
en Pologne ; il a soutenu l'indépendance yougoslave et albanaise, aussi bien
que les revendications de l'Allemagne de l'Ouest et du Japon contre Moscou. Il a
aussi revendiqué non seulement les territoires d'Amour, mais aussi Vladivostok
et l'île de Sakhaline. Et finalement il a commencé à soutenir des partis
pro-chinois communistes et d'autres mouvements révolutionnaires, comme des
rivaux aux partis pro-soviétiques dans le Tiers-Monde en tant que mouvements
"de libération".
À la différence de la Grande-Bretagne et de la France, Washington avait évité
la question de la reconnaissance diplomatique de Pékin dans les années
1949-50. Les Etats-Unis ont, en outre, refusé d'accepter Pékin au Conseil de Sécurité
de l'ONU en 1950, comme cela fut exigé par Moscou. Cependant, ce n'était qu'en
1971 que Nixon et Kissinger ont simplement retiré leur support à Tapei au
Conseil de Sécurité de l'ONU, et l'ont remplacé par Pékin. Non seulement
Taiwan était balayé du Conseil de Sécurité de l'ONU, mais il fut aussi balayé
de l'ONU, et ceci à la consternation des Etats-Unis. Ainsi l'ONU a accepté Pékin
entant que gouvernement unique et légitime de la Chine. On peut argumenter que
cette action, couplée avec l'échec américain de négocier sur la question
taiwanaise, a représenté le premier apaisement de la Chine populaire qui a mené
Pékin à croire qu'il serait en fin de compte possible d'absorber Taiwan a un
long terme.
L'administration Nixon-Kissinger a secrètement ouvert la porte à la Chine par
la Roumanie et le Pakistan en deux temps stratégiques : le premier but était
de séparer la Chine et la Russie en ce qui concernait leur appui pour le
Vietnam et fournir ainsi un moyen aux Etats-Unis pour qu'ils puissent sortir de
l'Indochine après avoir bombardé Hanoï et l'Ho Chi Minh. Le deuxième but était
le développement de la Chine comme "un contrepoids actif stratégique"
vis-à-vis de l'Union soviétique, dans ce qui est devenu "la Carte de la
Chine" (Comme l'ambassadeur américain à l'ONU en ces temps était George
Bush Sr, Pékin voyait toujours ce dernier d'une manière positive et a misé
que le fils suivrait les pas illustres de son père).
Les pas de l'époque Nixon-Kissinger ont été alors suivis par la
reconnaissance formelle de Pékin en 1978 par le Président Carter et son
conseiller de sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski. Ici, la hâte du
dernier pour jouer "la Carte de la Chine" contre l'Union soviétique a
ignoré les avertissements des conseillers de l'administration qui préconisaient
à Pékin de renoncer à l'utilisation de la force dans le Détroit de Taiwan
avant que les Etats-Unis n'accordent une identification diplomatique formelle
(8). De nouveau, l'échec des pourparlers américains ont fortement pesé sur la
question de Taiwan et ont été perçu par Pékin comme un apaisement tendant
vers ses objectifs, bien que les Etats-Unis aient signé l'acte de relations
avec Taiwan en 1979 qui a proclamé l'appui américain pour la réunification
paisible de Taiwan et de la Chine, et a engagé les Etats-Unis à défendre le
Taiwan en cas d'agression chinoise. D'autre part, juste une année après
l'identification américaine, Pékin a commencé à flirter avec Moscou au début
de 1979 dans un effort de réduire des rapports tendus, c'est-à-dire jusqu'à
l'invasion soviétique de l'Afghanistan.
Bien que Ronald Reagan soit arrivé au pouvoir sur un politique pro-Taiwannaise,
son administration a bientôt fait marche arrière sur la question. Comme
Washington a continué de vendre pour 60 millions de dollars de matériels
militaires partis à Taiwan en 1982, Pékin a menacé d'un rapport plus proche
avec Moscou, après l'offensive de paix de 1981 de Leonid Brejnev et du discours
de Tachkent en 1982. Le dernier a soutenu l'irrédentisme de la Chine sur Taiwan
et a cherché à faire dévier la Chine loin de ses revendications sur
Vladivostok et vers le littoral asiatique. La crainte d'appui soviétique pour
les revendications chinoises et le refus de la Chine de jouer le jeu de
contrepoids actif stratégique à l'URSS ainsi que les menaces de la Chine pour
dévaloriser les relations avec Washington si les Etats-Unis continuaient la
vente d'armes à Taiwan, ont mené l'administration de Reagan à signer le deuxième
Accord de Shanghai en août 1982. Ce dernier s'est engagé à ce que les ventes
militaires américaines à Taiwan n'excéderaient pas le niveau de 1979 en
termes ou bien qualitatifs ou bien quantitatifs. Pour Pékin, cela a signifié
que les ventes d'armes devaient baisser à zéro après trente ou quarante ans.
Les Etats-Unis ont affirmé que les transferts privés d'armes étaient à l'extérieur
des paramètres de l'accord.
Contrairement aux vues de l'époque, les deux pouvoirs communistes résoudraient
en fin de compte les "trois obstacles" à la paix en réduisant le
nombre des troupes et des armes le long de la frontière sino-soviétique,
tirant les forces pro-soviétiques vietnamiennes du Cambodge et enlevant les
troupes soviétiques de l'Afghanistan pendant la période 1982-89. Ces buts
seraient réalisés par Mikhaïl Gorbatchev qui serrerait en effet les relations
avec la Chine dans l'effort de couvrir le coté oriental très exposé de
Moscou, en même temps que le retrait des forces soviétiques de l'Europe de
l'Est, menant à la dissolution du pacte de Varsovie. À l'époque, Washington a
faussement laissé comprendre à Gorbatchev que l'OTAN n'étendrait pas sa
juridiction au-delà des frontières de l'Allemagne.
La Guerre post-guerre froide : reprise des confrontations.
Tandis que la période de 1969-1987 a représenté "un apaisement"
américain sur les objectifs chinois, la période après 1987 représenterait
une période de nouvelle confrontation. En 1988-89 les Etats-Unis ont accusé la
Chine de fournir des armes, des missiles, ou de la technologie nucléaire à
l'Iran, à l'Arabie Saoudite et au Pakistan (actions qui ont eu lieu avant la
Place Tienanmen en 1989). La critique américaine de ces ventes d'armes a été
vue comme hypocrite par Pékin car les ventes chinoises n'étaient pas de
l'ampleur de celles des Etats-Unis, de l'Union soviétique ou même des ventes
européennes. Les Etats-Unis, cependant, ont critiqué les ventes d'armes
chinoises, les appuis en technologie nucléaire comme un potentiel de déstabilisation
de l'équilibre régional du Sud de l'Asie et du Moyen-Orient. De plus, en 1988,
les marines chinoises et vietnamiennes se sont heurtées dans les îles Spratly,
après que la Chine eu envahit les îles Paracel en 1976. La Chine, le Vietnam
et Taiwan ont tous revendiqué les îles Spratly : la consommation de pétrole
continuant à monter en Extrême-Orient, la possibilité de conflit sur les îles
Spratly devient de plus en plus possible.
En l'occurrence, le Congrès américain était fortement critique sur l'appui de
la Chine au génocide Khmer Rouge ainsi que sur son programme de modernisation
nucléaire, sa politique d'avortement obligatoire, son traitement et son état
d'échec à la libération des prisonniers politiques, aussi bien que sur sa
politique répressive au Tibet. Deux événements principaux dans la société
chinoise dans la période 1988-89 (avant les événements de Tienanmen) ont
alors signalé la transformation de la politique de Pékin
"d'internationalisme" en "pan-nationalisme" cru. Le premier
était en décembre 1988, les heurts entre des étudiants chinois et des étudiants
africains à l'Université Hehei à Nanjing qui a apporté à la Chine la notoriété
mondiale, dans la presse internationale, d'être un pays "raciste". Le
deuxième était le traitement brutal du mouvement d'autonomie tibétain, après
que le Premier ministre chinois Li Peng a instauré la loi martiale déclarée
au Tibet en mars 1989 suite au soulèvement tibétain. Le soulèvement tibétain
a représenté une protestation contre le grand afflux de Chinois dans la région,
l'exploitation à grande échelle par la Chine des ressources naturelles du
Tibet et le dumping de déchets nucléaires dans la région, les restrictions de
la liberté de parole, la persécution religieuse et la torture de dissidents au
nom de sa mission civilisatrice (9).
En juin 1989, place Tienanmen, des mesures de répression qui étaient, en
partie, basées sur des craintes que le mouvement d'étudiants chinois ; comme
celui des ouvriers du mouvement de Solidarité en Pologne dont la croissance a
aidé à ébranler la légitimité soviétique et a abouti à la désagrégation
soviétique ; risquaient en fin de compte de scinder la Chine. La direction
chinoise a craint que le Taiwan, le Tibet et probablement la province de
Xinjiang puissent rechercher l'indépendance. Plutôt que de prendre les risques
d'une réforme point par point, une faction minoritaire du Politburo de Deng
Xiao Peng a décidé de prendre des risques de répression plus dangereux. Zhao
Ziyang et Li Peng, tous les deux lieutenants de Deng, se sont mesurés dans un
duel dangereux. L'intransigeant Li Peng a gagné, plaçant le partisan réformiste
"du nouvel autoritarisme", Zhao Ziyang, sous assignation à domicile.
Comme prévu par le Premier ministre chinois Li Peng, les capitales japonaise,
européenne et américaine ont commencé à reculer devant la Chine malgré la répression
du mouvement démocratique des étudiants. En même temps, Moscou a essayé de
profiter des pauvres relations sino-américaines pour jouer sa propre version
"de la Carte de la Chine". Les ventes d'armes russes en Chine ont
alors amené les Etats-Unis à justifier une vente d'armes principalement de
F-16s à Taiwan en 1992. La France a aussi obtenu un contrat de vente d'armes
important avec Taipei portant sur la vente des Mirages 2000-S, aboutissant à un
scandale impliquant alors le Ministre des Affaires Etrangères Roland Dumas qui,
depuis, tourmente la politique intérieure française.
Après quelques efforts d'réconciliation, des rapports tendus ont de nouveau éclaté
entre Washington et Pékin en 1995-1996, quand la Chine a déployé 150 000
soldats dans la province du Fujian, à travers les détroits, et a fait tirer
des missiles nucléaires désarmés, pendant des exercices militaires dans le
voisinage des ports taiwanais, perturbant la ligne aérienne principale et les
itinéraires d'expédition (causant la chute de l'Heng Seng, l'index de valeur
tombant à 7.3%) dans un effort d'intimidation du mouvement pro-indépendantiste
de Taiwan ainsi que d'influence sur les élections de mars 1996. Washington a
interposé la 7ème flotte, envoyant deux groupes de porte-avions dans la région.
La flotte américaine a ainsi patrouillé dans les détroits pour la première
fois depuis 1976. Malgré les efforts chinois d'empêcher le parti pro-indépendantiste
de gagner les élections, le Président Lee Teng-hui a été élu Président de
Taiwan en mars 1996.
De nouveau, les Etats-Unis et la Chine ont essayé de réparer les pots cassés,
mais ont échoué. Les Etats-Unis ont pris des mesures pour augmenter le
commerce avec la Chine par l'Accord sino-américain de novembre 1999. En même
temps, les Etats-Unis ont aussi commencé à critiquer Beijing pour ses mesures
de répression sur le groupe religieux Falun Gong. De plus, le Congrès américain
a accusé la Chine d'activités d'espionnage significatives et de vols de
secrets nucléaires américains, comme précédemment exposé dans cet article.
En 2001, la Chine a échoué dans son entrée dans l'OMC, la nouvelle
administration Bush a demandé à Pékin, peu disposé à le faire, d'enquêter
sur les sociétés chinoises qui avaient violé l'embargo commercial de l'ONU
sur l'Irak, à la suite des bombardements d'installations militaires au sud de
Bagdad.
Les efforts accomplis dans l'ère post-guerre froide par les Etats-Unis pour
pousser la Chine et la Russie l'une contre l'autre a mené la Russie à prendre
le contre-pied afin de jouer sur les craintes américano-européennes d'une
alliance sino-russe pour leurs propres avantages mutuels. En même temps, Pékin
et Moscou restent toujours soupçonneux des intentions de chacun. Dans cette
perspective, depuis le discours de Brejnev à Tachkent, la Russie et la Chine
semblent jouer leur propre jeu vis-à-vis des Américains : les efforts
sino-russes de rechercher à contrer les Européens, afin d'organiser une
association sino-russe stratégique, ainsi que des ventes d'armes russes de
haute technologie à la Chine, avec des appels à l'établissement d'un monde
"multipolaire", représentent les efforts considérables de résistance
à l'unipolarité ou à l'hégémonie américaine.
La Chine a, en conséquence, cherché à pousser les Etats-Unis et l'UE (et le
Japon) l'un contre l'autre en même temps qu'elle poussait la Russie contre les
trois. En mai 2000, l'entente bilatérale EU-Chine, par exemple, a été suivie
le 4 juillet 2000 par un nombre important d'accords sino-russes, qui incluent
des contrats d'armement pour 2 à 3 milliards de dollars, concernant la
co-conception de 200 Su-27s assemblés en Chine. La Chine pourrait aussi obtenir
des nouveaux destroyers russes, des missiles anti-navires, des systèmes de défense
aériens et ,en fin de compte, des Su-30s. Pendant les années 2000-2005, on
s'attend à ce que la Chine achète pour 15 milliards de dollars des articles
fabriqués en Russie, ainsi que des licences de production. Une deuxième phase
de 2005-2015 représenterait des plans pour le développement commun et la
fabrication de munitions et d'armes, incluant la recherche et le développement
commun d'avions de nouvelle génération, des missiles, des systèmes d'armes
laser basés sur de la haute technologie.
En attendant, la réaction inverse est que les Etats-Unis et le Japon ont
renforcé leur alliance bilatérale (Tokyo s'est concentré sur ses capacités
navales pour protéger ses voies de navigation jusqu'au Golfe Persique) ; Taiwan
cherche des sous-marins, des avions anti-sous-marins de patrouille et des armes
et les destroyers de type Kidd-classe, qui pourraient servir de précurseurs au
système de défense antimissile Aegis.
L'idéologie et la transformation de l'image de la Chine.
Pendant la période allant de Nixon à Reagan, la Chine a été soudainement
transformée "du mauvais" communiste des jours sombres de la guerre
coréenne et de la période Mc Carthy "en bon" communiste des années
1970. "La bonne" Chine des années 1970 a été dépeinte comme un
Etat entêté qui avait autrefois perdu sa direction, mais était maintenant
paisiblement à la recherche d'une économie orientée vers le marché et était
sur la voie d'établir une société démocratique-libérale. (Cette théorie
souvent répétée était la conception américaine de la Chine. Vision singulièrement
américaine, un peu comme la conception marxiste du socialisme dans lequel les
Etats socialistes se transformeraient en fin de compte en communisme pur sans
Etat !)
Comme Nixon qui a joué au ping-pong diplomatique avec Mao à Pékin, des jeunes
radicaux aux Etats-Unis et en Europe sont sortis dans les rues pour dire à leur
façon comment ils détestaient le système bureaucratique soviétique du
socialisme, mais en revanche comment ils soutenaient l'expérience maoïste
chinoise. Cette image positive de la Chine parmi des intellectuels de gauche a
eu tendance à être supportée avant que l'appui de la Chine pour le génocide
Khmer Rouge ne soit connu. L'appui occidental idéologique (parmi des
intellectuels) pour la Chine a, par la suite, décliné, encore que, le
gouvernement américain essaye toujours de supporter l'image positive de la
Chine en grande partie parce qu'il a voulu renforcer le régime Khmer Rouge
pro-chinois comme un outil de résistance au Vietnam pro-soviétique qui s'était
déplacé au Cambodge. Au temps de Ronald Reagan, l'Union soviétique est
devenue "l'Empire du mal" (d'après le film, de la Guerres des Étoiles),
des anciens guérilleros maoïstes, un leader angolais d'UNITA, Jonas Savimbi, a
été soudainement transformé en patriote tant que son mouvement demeurait
anti-Castro ou anti-soviétique.
Washington a ainsi entretenu l'espoir que la Chine resterait "un
contrepoids stratégique passif" contre Moscou, au moins jusqu'en 1988, même
si Pékin ne s'opposait plus activement à l'Union soviétique. Dès 1988-89,
les rapports tendus entre Moscou et Pékin étaient venus à son terme avec la résolution
apparente des trois obstacles pour la paix sino-soviétique : des troupes soviétiques
ont laissé l'Afghanistan, le Vietnam a laissé le Cambodge, et tous les deux
ont réduit des troupes et des armes nucléaires le long de la frontière
sino-soviétique, précédemment, sous l'effet de la tension, L'offensive de
paix de Brejnev en 1981-82 avait réalisé ses objectifs. Parce que la menace
soviétique a été réduite au minimum, la Chine était alors capable de se
concentrer sur l'expansion de ses intérêts dans le littoral asiatique et à l'étranger,
et était de plus en plus capable de menacer Taiwan, et même encore plus, après
l'écroulement soviétique.
Depuis les années 1980, l'image de la Chine se déplacerait de l'alternative au
communisme soviétique et à un libérateur "du Tiers-Monde" vers
celle d'un Etat qui a été plus concerné par le soutien des mouvements
pan-islamiques. Dans son livre "Le Choc des Civilisations" Samuel
Huntington a soutenu que la formation d'alliance sino-islamique avait suivi un
changement historique "du heurt entre des idéologies rivales" à
"un heurt entre des civilisations". Ici, cependant, il n'y avait
aucune vérité réelle reconnue à l'un ou l'autre mythe. Il n'y avait rien
"d'international" à l'écrasement du Tibet en 1950, ni de l'appui de
la Chine pour le régime Khmer rouge ; il n'y a vraiment pas non plus un vrai
rapport "sino-islamique". Tandis que la Chine, dans le passé, a eu
des relations fortes avec le Pakistan et l'Iran, par exemple, et a aidé le
programme nucléaire du Pakistan, la Chine n'a pas été un partisan cohérent
des Etats du monde prétendument "islamique". Pékin a aussi eu des échanges
significatifs militaires et technologiques avec Israël, et a été engagé dans
l'écrasement des mouvements Ouïgours dans la province de Xinjiang,
actuellement soutenus par les Talibans d'Afghanistan. (les Ouïgours sont des
musulmans sunnites).
Le repositionnement de la Chine dans les années 1990 et dans le nouveau millénaire,
a fait que son image a, par conséquent, radicalement et dramatiquement changé,
et est maintenant catégorisée comme un "pan-nationalisme" cru. Cette
nouvelle image, cependant, est problématique. Le risque est qu'aujourd'hui la
politique américaine pourrait de nouveau "rendre comme démoniaque"
la politique chinoise (comme ce fut le cas pour l'Union soviétique en tant que
"l'Empire du mal" avant Gorbatchev, malgré l'affectation de relations
américaines avec les efforts de Gorbatchev de reformer la Chine). La
fabrication de la Chine comme un ennemi potentiel rendra impossible toutes négociations
avec la RPC de façon flexible. Un autre risque est une réaction exagérée
possible dans l'affaire de l'avion espion qui pourrait chercher à couper la
Chine de son statut de normalisation commerciale permanente avec les Etats-Unis
ou ne pas permettre à Pékin d'intégrer l'Organisation Mondiale Commerciale
(9). Cela pourrait accélérer une répercussion semblable à celle du Japon
avant la Deuxième Guerre mondiale (10). Comme précédemment mentionné, le
fait que le commerce annuel bilatéral sino-américain vaut plus de 115
milliards de dollars peut probablement signifier que les Etats-Unis pourraient
modérer n'importe quelle opposition potentielle de l'adhésion de la Chine à
l'OMC, ou au moins atténuer n'importe quelles lignes dures.
D'autre part, l'adhésion à l'OMC ne peut pas nécessairement dissuader la
Chine de rechercher à s'unifier avec Taiwan par la force. Pékin croit que ses
demandes pour s'unifier avec Taiwan sont "justes" comme celles en
parallèle des demandes de l' Allemagne de l'Ouest de se réunifier avec
l'Allemagne de l'Est. Ainsi Pékin en veut fortement aux Etats-Unis et aux
efforts de l'UE de bloquer ses objectifs ! Pékin soutient qu'il peut intervenir
militairement à Taiwan si ce dernier: 1) développe des armes nucléaires; 2)
forge une entente ou une alliance avec la Russie; 3) est confrontée à une révolte
ou une insurrection ; 4) déclare l'indépendance ; 5) rejette l'idée de réunification
pendant une longue période de temps. En essence, les buts pan-nationaux de la
Chine vers l'unification avec Taiwan semblent être : 1) d'empêcher Taiwan de
soutenir ou d'inciter les nouveaux mouvements de sécession sur le continent ;
2) d'éliminer la compétition taiwanaise sur l'exportation ; 3) d'affirmer le
contrôle des îles Spratly et des autres réserves extraterritoriales pétrolières
; 4) d'éliminer une menace potentielle stratégique et être dans une meilleure
position pour défendre la Chine contre des rivaux potentiels (12).
Comme préconisé dans mon article précédent dans " Géostratégiques
" N°2 (13), les Etats-Unis doivent maintenant entraîner Moscou dans une
entente Japon-Russie-UE au sein de l'OTAN ayant pour but majeur d'empêcher
Moscou d'appuyer la levée militaro-technologique de la Chine, et ainsi faire
pression sur la Chine pour accepter une résolution de la question taiwanaise
sur une base confédérale "d'une Nation, deux Etats, plusieurs systèmes"
comme une variante diplomatique à "une politique de la Chine." Cette
approche diplomatique doit fournir à Taiwan une autonomie significative
politico-économique ainsi que l'indépendance militaire. Tandis que les deux côtés
pourraient s'engager dans des joint-ventures de politique fiscale commune, par
exemple, on ne permettrait pas à l'Armée Populaire de Libération de mettre le
pied à Taiwan. Une telle approche peut s'obtenir des deux côtés à une table
de négociation, mais pas sans difficultés réelles !
Un heurt entre les Etats-Unis et la Chine est une possibilité réelle. Ce ne
sera pas cependant un heurt de civilisations, mais plutôt d'intérêts géopolitiques.
Pour empêcher un tel heurt, les deux côtés doivent réévaluer leur politique
et définir "des intérêts essentiels" ainsi que s'engager ensuite
dans un dialogue approfondi et dans un processus de négociation, afin d'empêcher
"des accidents" futurs et des malentendus qui peuvent être employés
comme un prétexte pour la guerre.
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1) Christopher Cox (R-CA); Rep. Norman Dicks (D-WA) "COX REPORT" House
Select Committee ON U.S. Security & Military/Commercial Concerns
(Declassified summary)
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