"Les relations récentes entre la Russie et l'Inde."
Par Gilles Troude.
Dans un précédent article, nous avons exposé comment la nouvelle doctrine
russe de politique étrangère privilégie les liens avec l'Asie, et en
particulier, a dit le président Vladimir Poutine, les relations avec la Chine
et l'Inde.
Ceci ne constituait pas qu'un voeu pieux, puisque, dès juillet 2000, le jeune
président russe prenait son bâton de pèlerin et, après ses visites
officielles en Chine, en Corée du Nord et au Japon, il se rendait en Inde pour
une visite de quatre jours, du 2 au 5 octobre 2000, qui se terminait par la
signature d'un accord de partenariat stratégique par le Premier Ministre indien
Atal Bihari Vajpayee et le Président russe.
Comme l'a fait remarquer un expert indien, le centre de gravité du monde se déplace
lentement, mais inexorablement, de l'Europe vers la zone Asie-Océan Pacifique.
Quatre des six plus grandes puissances actuelles, les Etats-Unis, le Japon, la
Chine et la Russie, sont situées sur le pourtour de cet océan, et cette
tendance va s'accentuer dans le futur, compte tenu du rythme d'expansion moyen
des économies indienne et chinoise (de l'ordre de 5 % par an en moyenne lisse
sur dix ans), beaucoup plus élevée que celui de l'Europe occidentale et même
des Etats-Unis. Personne n'a oublié à quelle vitesse, dans les années
cinquante et soixante, le Japon a rattrapé les pays occidentaux sur le plan économique,
et a atteint le rang incontesté de deuxième puissance économique mondiale
derrière les Etats-Unis. L'on prévoit qu'en 2020, six des sept nations ou systèmes
de nations qui joueront un rôle majeur dans le monde appartiendront
vraisemblablement à cette région : les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l'Inde,
la Russie et l'Asie du Sud-Est, réunissant les Quatre Dragons (1).
Dans ce classement, il est presque certain que l'Inde figurera en bonne place;
le magazine spécialisé "the Economist" prévoit que, si son rythme
d'expansion se maintient, l'économie indienne sera la quatrième du monde en
2020, et Lee Kuan Yew lui prédit même le troisième rang. D'ores et déjà, 50
millions d'Indiens bénéficient d'un niveau de vie individuel égal au niveau
de vie moyen des Européens de l'Ouest et des Américains du Nord. C'est peu
pour un pays de plus de 900 millions d'habitants, mais cela représente déjà,
en termes économiques, un marché du même ordre de grandeur que les marchés
français ou britannique. L'on prévoit qu'en 2020, 400 millions d'Asiatiques
auront atteint ce niveau, ce qui constitue un marché potentiel gigantesque, dépassant
en nombre et en valeur le marché nord-américain, et explique le rythme très
élevé d'investissement et d'expansion des économies asiatiques prises dans
leur ensemble.
De son côté, la Russie - l'on n'a que trop tendance à l'oublier en Europe -
est une puissance asiatique depuis quatre siècles et demi, puisque ses
pionniers atteignaient les rives de l'Océan Pacifique dès le XVIème siècle.
L'Empire des Tsars fut même une puissance nord-américaine, lorsque l'Alaska était
russe, avant d'être vendu aux Etats-Unis en 1867 pour quelques centaines de
milliers de dollars par un tsar impécunieux et imprévoyant, Alexandre II.
Vancouver, le grand port canadien sur l'Océan Pacifique, fut fondé par un
officier de marine russe.
Dans la Russie actuelle, bien que quatre républiques asiatiques de l'ancienne
URSS aient acquis leur indépendance, sur une superficie totale de 17.000.000
km2, 59 % du territoire, soit 10.000.000 km2, se trouvent encore sur le
continent asiatique, et 40 % de la population russe, soit 60 millions
d'habitants, vivent entre l'Oural et l'Océan Pacifique. On remarquera que la
longue frontière entre la Russie et la Chine n'est plus sujette à aucune
contestation, les deux puissances ayant liquidé le contentieux territorial qui
les opposait dans les régions du fleuve Amour et de Khabarovsk par un traité
signé le 16 mai 1991, et ratifié par les Parlements des deux pays en 1994 (2)
.
Malgré l'éclatement de l'Union Soviétique, la Russie, à l'intérieur de ses
frontières actuelles, abrite, selon les projections les plus modérées, 35 %
des réserves de gaz naturel mondiales, 13 % des réserves de pétrole, et 12 %
des réserves de charbon du monde. Elle produit annuellement entre 330 et 350
millions de tonnes de pétrole, et 650 à 700 milliards de mètres cubes de gaz
naturel. Le champ pétrolifère le plus grand du monde, qui abriterait 305
milliards de tonnes de réserves possibles (actuellement en piètre état) se
situe sur son sol, en Sibérie.
Mais surtout, c'est le potentiel humain russe qui constitue le meilleur atout
pour l'avenir du pays. De l'avis de tous les experts, les cadres techniques
russes jouissent d'une excellente formation, sont hautement expérimentés, et
peuvent rivaliser, par leur créativité, avec ceux des pays les plus
industrialisés du monde, en particulier dans les industries de pointe telles
que le domaine spatial, l'engineering, l'aviation, le génie nucléaire, etc..
La plus grande partie des réserves énergétiques russes est située en Sibérie,
immense région encore très peu peuplée, et dont les possibilités de développement
suivront une courbe quasi-exponentielle, si la situation financière en Russie
est suffisamment rétablie pour redonner confiance aux investisseurs privés
tant nationaux qu'étrangers.
Sur le plan de la composition interne - bien que la Russie soit encore une Fédération
comprenant près d'une centaine d'ethnies - pour la première fois depuis quatre
siècles, 80 % de sa population est maintenant d'origine slave, ce qui représente
une garantie de stabilité interne pour l'avenir. D'autre part, l'on constate
depuis 1991 un retour au pays des milliers de cadres de formation technique supérieure
éparpillés dans les Républiques du pourtour, caucasiennes ou asiatiques, ce
qui constitue un atout considérable pour son développement économique futur,
si l'on prend pour référence le retour des expatriés en métropole lors de l'éclatement
des Empires coloniaux français et britannique dans les années soixante. Ainsi,
l'on estime que 400.000 cadres russes expérimentés ont quitté l'Asie centrale
entre 1991 et 1997, et qu'en tout, 20 % peut-être de la population slave de
cette région aurait été rapatriée dans la mère-patrie (3) . Comme l'a fait
remarquer le président Poutine, nous-mêmes et nos partenaires indiens devons
prendre en considération le fait que le monde a changé, la Russie a changé,
la balance des forces a changé, et donc aussi certaines de nos priorités (4) .
Cette coopération russo-indienne peut être envisagée sur trois plans :
militaire, économique et diplomatique.
Sur le plan militaire, la coopération entre les deux pays est déjà ancienne,
puisque l'URSS détenait une position dominante parmi les principaux
fournisseurs d'armes de l'Inde jusqu'à sa disparition en 1991. Presque 70 % des
importations de matériel militaire indiennes provenaient de l'Union Soviétique.
Pratiquement toutes les unités blindées de choc, et les unités mécanisées
de l'armée indienne, utilisaient du matériel soviétique. Les livraisons
d'armement soviétique ont aussi formé une partie importante de l'artillerie de
campagne, ainsi que la totalité de l'artillerie anti-aérienne, comprenant
toute la panoplie des batteries de missiles surface/air (SAM). Toutes les
escadrilles de l'aviation indienne, sauf sept, étaient équipées des différentes
versions de MIG ou d'Ilyouchine. La plupart des missiles équipant les
sous-marins d'attaque de la marine indienne venaient de l'équipement soviétique.
Pourquoi l'Inde, grande démocratie s'il en est, leader du mouvement des Pays
Non-Alignés, s'était-t-elle si étroitement liée sur le plan militaire au
chef de file des pays communistes? La réponse est triple. D'une part, les
avions, chars et navires soviétiques représentaient un avantage de prix
significatif par rapport à l'équipement occidental correspondant. Deuxièmement,
le délai entre la signature du contrat et la livraison des armes était
normalement d'un an, comparé à deux ou trois ans de la part des Américains et
des Français. Troisièmement, en dépit de la vaste gamme et du volume des
ventes militaires soviétiques à l'Inde, la nature de la relation militaire
bilatérale entre les deux pays était celle d'une association limitée, plutôt
qu'une alliance, ou qu'un lien de protecteur à client. Aussi l'Inde paya-t-elle
le prix fort pour l'éclatement de l'Union Soviétique. La question des
fournitures en pièces de rechange devint particulièrement aiguë pour la
flotte de MIG-29 au début de 1992. Bien que l'Inde produisit quelques types de
MIG sous licence, elle n'avait pas la capacité de fournir tous les équipements
et instruments requis. Un voyage de l'ancien Ministre de la Défense indien
Sharad Pawar à Moscou en septembre 1991 pour essayer d'obtenir des pièces détachées
fut particulièrement décevant. On lui conseilla de se tourner vers l'Ukraine,
pour trouver les pièces détachées de l'avion de transport militaire AN-32 et
de l'avion port de guerre anti-sous-marins Tupolev-142 M-ASW. A la fin de la
visite de Pawar, il fut convenu que l'Ukraine fournirait l'armée indienne en
armements et en pièces détachées, en échange de médicaments et de vêtements,
les acomptes devant être versés en devises fortes...
Après cette période de confusion initiale, les hommes d'Etat russes comprirent
vite que l'Inde était potentiellement l'un des meilleurs clients de la Russie.
En mars 1992, la Russie offrit des sous-marins nucléaires de la classe Charlie,
des avions MIG-23 et des bombardiers SU-28. L'intérêt de l'Inde était de
contrer l'acquisition d'une armada de Mirage-2000 français et de F-16 américains
par le Pakistan. Toutefois, la Russie exigeait que les taux d'intérêt des crédits
soient doublés par rapport aux taux existants, et qu'un acompte de 10 % soit
versé à l'avance ! Selon ces conditions draconiennes, il fut ouvert à l'Inde
une ligne de crédit de 830 millions de dollars pour acheter ces équipements spéciaux
(5).
Les relations indo-russes ont connu cependant quelques phases d'irritation,
entre autres, en 1993, lorsque, sous l'effet de vives pressions américaines, la
Russie renia son engagement ancien de fournir la technologie nécessaire pour la
fabrication de moteurs cryogéniques pour son programme de lancement de fusées
pour satellites Polar (PSLV). L'Inde entière fut choquée, et, pour elle, cela
constituait un signe patent de ce que l'on ne pouvait plus compter sur les
Russes, à quel point ils étaient sensibles aux pressions extérieures, et
avaient perdu leur stature de grande puissance internationale. L'Inde fut aussi
irritée d'apprendre que les Russes faisaient dans le même temps des offres au
Pakistan pour la vente d'armements sur une base commerciale. Cette inquiétude
fut cependant dissipée lorsque le Président Eltsine donna l'assurance à
l'Inde en 1993 qu'elle ne fournirait pas d'armes au Pakistan. Plus tard, l'Inde
et la Russie eurent des points de vue divergents quant à la question de la
non-prolifération nucléaire. Le gouvernement russe avait apporté son soutien
à l'aide d'une zone dénucléarisée en Asie du sud, idée qui va à l'encontre
des efforts de l'Inde pour empêcher une telle régionalisation du problème
nucléaire. En effet, comment l'Inde et le Pakistan pourraient-ils renoncer de
leur propre gré à l'arme nucléaire, si la Chine, qui a envahi le Tibet, et
livré une guerre à l'Inde il y a peu d'années, et les Etats-Unis, qui n'ont
utilisé leur bombe atomique dans le passé que sur des populations asiatiques,
conservent la leur ? Pour l'Inde, le problème de la non-prolifération est donc
mondial, et non régional.
Or, en 1995, dans un rapport des services secrets russes, alors dirigés par le
futur ministre des Affaires Etrangères Evguéni Primakov, il était déclaré
que l'Inde, le Pakistan et Israël constituaient la principale source de la
menace de prolifération des armes nucléaires dans le monde, étant donné
qu'ils possédaient de facto tous trois l'arme nucléaire, mais refusaient de
signer le Traité de Non-Prolifération Nucléaire (NPT).
L'Inde et la Russie ont cependant appris à vivre avec ces questions irritantes,
et explorent les domaines d'une plus large coopération(6) .Les relations
militaires russo-indiennes connurent un certain degré de stabilisation avec les
accords de défense signés par les deux pays durant la visite du Premier
Ministre indien à Moscou en juillet 1994. La Russie accepta d'aider l'Inde à rénover
ses 170 chasseurs MIG, de manière à les rendre aptes au combat jusqu'au XXIème
siècle. Particulièrement importante en la matière est la société
Indo-Russian Aviation Private Ltd, joint venture créé par l'Inde, avec un
capital de 400 millions de dollars, en vue de fabriquer les pièces détachées
nécessaires à la rénovation des avions militaires d'origine russe opérant en
Inde et dans les pays du Tiers-Monde. Les projets de construction des usines de
rénovation des MIG-29, et pour la mise à jour des chars T-72, furent aussi
finalisés par la suite. Il fut aussi prévu que des pilotes malais viendraient
s'entraîner en Inde sur les MIG-29 fournis à l'Armée de l'Air Malaise selon
l'accord russo-malais de juin 1994 (7).
En outre, le Premier Ministre adjoint de Russie Youri Yarov, lors de son voyage
en Inde en été 1994, évoqua la possibilité de construire une centrale nucléaire
de 2.000 MW à Kudankulam, au Tamil Nadu, respectant les accords de garantie
internationaux en matière de sûreté nucléaire, et trouva les voies pour
continuer la coopération dans les domaines de l'espace et de la science nucléaire
sans violer les régimes et accords internationaux existants. L'accord fut
finalisé en juillet 1998, et portait sur la construction par les Russes de deux
tranches nucléaires de 1.000 MW chacune dans cette centrale située dans le sud
de l'Inde. Le pays dispose déjà de onze centrales nucléaires (8), et
souhaiterait en construire six à huit nouvelles dans un proche avenir, pour
faire face aux besoins énergétiques croissants de la population indienne, qui
s'accroît au rythme de 2,5 % par an. Rappelons que grâce à ses propres
savants, dont on connaît le niveau élevé, notamment en matière de mathématiques
pures, l'Inde a réussi à maîtriser l'ensemble du cycle nucléaire, sans aide
scientifique extérieure, si ce n'est l'enseignement reçu par ses étudiants
dans les universités britanniques, canadiennes et américaines. Par ailleurs,
il convient de souligner que le développement de l'énergie nucléaire en Inde
n'a nullement été entravé par les préoccupations en matière de protection
de l'environnement, préoccupations qui, vues par l'opinion publique indienne,
semblent un simple caprice d'enfants gâtés occidentaux, alors que les pays
asiatiques ont d'innombrables bouches à nourrir, ce qui créé des besoins énergétiques
qu'il faut satisfaire avant tout...
Les liens indo-russes vécurent dès lors un grand moment. L'Inde prévoit de
produire 70 % de son armement par ses propres moyens en 2005. Mais, durant
l'interrègne, elle souhaiterait rénover les systèmes existants, acquérir les
pièces, les composants et le know-how tout en recherchant des propositions de
coproduction. Dans ces domaines, l'Inde peut redécouvrir en la Russie un
partenaire fiable pour la décade à venir.
En décembre 1998, le Premier Ministre russe Evguéni Primakov se rendait en
Inde pour rencontrer son homologue Atal Béhari Vajpayee, et renouveler pour une
durée de dix ans le Pacte de Défense qui liait les deux pays. L'Inde avait impérativement
besoin de moderniser ses armées. Elle souhaitait acquérir 300 chars T-90, et
une dizaine de sous-marins russes. Elle voulait aussi se doter de missiles
anti-missiles - type Guerre des Etoiles - d'origine russe. Pour sa part, la
Russie a proposé d'offrir à l'Inde un porte-avions (l'Amiral Gortchkov), à la
condition que l'Inde l'équipe d'armes et d'avions portés russes. Au total,
selon un expert des questions stratégiques de New-Delhi, ce pacte de défense
représenterait 15 milliards de dollars sur dix ans (1999-2008).
Le renouvellement de ce pacte constituait une mauvaise nouvelle pour les pays
tels que la France, qui espéraient briser le quasi-monopole russe dans le
domaine des fournitures de matériel militaire à l'Inde. Ainsi la firme
Dassault, qui était en lice pour la vente de dix Mirage 2.000, était en
concurrence avec la société russe qui proposait ses avions de combat Sukkho
30. De même, le contrat de 1,1 milliards de dollars pour la fourniture d'avions
d'entraînement devrait revenir au MIG-AT, alors que la France proposait ses
Alpha-Jet (9).
Trous noirs dans l'Océan Indien.
En octobre 1999, le dernier des dix sous-marins à propulsion Diésel-électrique
construits pour l'Inde, dans le cadre d'un contrat signé en 1997, sortait des
chantiers navals de Saint-Pétersbourg. Ce lancement a été baptisé
respectueusement à l'Ouest du terme de Trous Noirs dans l'Océan Indien. Il
faut savoir, en effet, qu'une fois la dernière touche apportée à ce dernier
sous-marin, au printemps 2.000, l'usine entière devait être cédée à l'Inde,
qui construira elle-même ses sous-marins. Cet énorme marché de dix
sous-marins classiques, passé par l'Inde avec la Russie, aurait coûté à
l'Inde, selon les experts, environ 1,5 milliard de dollars.
Simultanément, à la Foire Internationale des Armements de New-Delhi, la firme
commerciale russe Rosvooruzheniye, intermédiaire des Chantiers Navals de
l'Amirauté sur le marché mondial, présentait la quatrième génération des
sous-marins construits à Saint-Pétersbourg, l'Amour-1650, en présence du
ministre indien de la Défense, George Fernandes. La construction de ce nouveau
modèle avait déjà commencé, et devait être achevée en 2.001 ou 2.002.
Selon Gennadi Makarov, directeur général adjoint du Bureau central d'équipement
de la Marine, ce nouveau sous-marin est construit avec un nouveau type d'acier
qui n'a aucun équivalent dans le monde, et incorpore les meilleures caractéristiques
des sous-marins russes, à savoir la dissimulation maxima (descente en
profondeur), la haute capacité de combat, et la fiabilité. Il sera équipé du
dernier modèle de missiles de croisière 91-RE-2 (10).
Le 3 octobre 2000, le nouveau Président russe Vladimir Poutine a été
accueilli avec chaleur à New-Delhi, en tant que représentant d'un pays considéré
comme un vieil ami et solide allié, malgré les hauts et les bas vécus depuis
1991. Dans le cadre de l'accord de partenariat stratégique que les deux pays
ont signé, il a été décidé de créer une Commission intergouvernementale
sur la coopération technique militaire, qui sera dirigée par les deux
ministres de la Défense. M. Brajesh Mishra, conseiller pour la sécurité
nationale du Premier Ministre indien a indiqué que les négociations se
poursuivent pour l'achat par l'Inde de 310 chars T90S pour environ 700 millions
de dollars, du porte-avions Amiral Gorchkov, dont la remise en état par l'Inde
coûtera 750 millions de dollars , et pour la fabrication sous licence en Inde
de l'avion de combat multi-rôles Sukho-30 MK. Signe de confiance manifeste vis-à-vis
d'un allié, le Président Poutine était invité le lendemain à visiter en
compagnie d'une équipe de savants russes le Centre de recherches atomiques de
Bhabha (BARC) à Trombay, près de Bombay, qui constitue le coeur de la
recherche nucléaire indienne, tant militaire que civile (11).
Une deuxième priorité affirmée par l'Inde et la Russie lors de la visite du
Président Poutine est le développement de leur commerce réciproque, qui
stagne à 1,6 milliard de dollars en moyenne par an, contre 5,5 milliards avant
la disparition de l'URSS. Cette chute brutale des échanges en 1991-1992 est due
à un litige au sujet du taux de change entre la Roupie et le Rouble. La Russie
réclamait une dette de 16 milliards de dollars, alors que l'Inde estimait
qu'elle n'était redevable que de 12 milliards de dollars. Lorsque la Russie
devint membre de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, l'Inde
considéra que son partenaire russe devait dès lors appliquer les taux de
change internationaux, et non plus les taux de change spéciaux jugés par elle
artificiels appliqués par l'Union Soviétique.
Lors de la visite du Président Eltsine en janvier 1993, un arrangement fut
trouvé : les deux pays tombèrent d'accord pour que 63 % de la dette de l'Inde
soit remboursée en 12 ans, soit jusqu'en 2005, à un taux d'intérêt de 2,4 %
, en se basant sur un taux de change de 19,9 roupies pour un rouble, taux en
vigueur au 1er janvier 1990. Ceci représentait une réduction de dette nette de
32 % pour l'Inde. Les 37 % restants du principal seraient remboursés en 45 ans,
soit jusqu'en 2038, sans intérêt, et à un taux de change de 3,1 roupies pour
un rouble, plus de six fois plus avantageux pour l'Inde. La totalité du
remboursement serait faite sous forme de marchandises indiennes (12).
En août 1994, un protocole commercial identifiait de nouveaux domaines de
collaboration entre l'Inde et la Russie, notamment dans les industries de
l'aluminium, du zinc et du cuivre, la recherche et le développement dans la métallurgie
du fer. Le commerce bilatéral dans le fer et l'acier s'est aussi accru. Ainsi,
les relations ont repris avec Leningradsky Metalworks, qui détient 9 % de parts
du marché mondial dans son domaine. Lors de l'effondrement de l'URSS, cette
société avait cessé ses livraisons à l'Inde. A la mi-1995, elle négociait
un contrat avec Orissa State Electricity Board pour la modernisation de ses
centrales électriques. Une autre société, International Consortium Mekor, est
un joint venture de 11 spécialistes russes dans l'industrie de la pâte à
papier, qui s'intéresse à nouveau à l'Inde (13).
Dans les importations de la Russie, l'Inde vient cependant loin derrière
l'Allemagne, la Chine, l'Italie, le Japon, les Etats-Unis et la France.
Cependant, il s'agit là des statistiques officielles, qui ne recouvrent pas
exactement la réalité, car, compte tenu de la lourdeur des procédures et des
restrictions quantitatives imposées par les autorités russes, la plupart des
commerçants indiens préfèrent exporter en Russie via des pays tiers tels que
Singapour ou les royaumes du Golfe, où le commerce est libre de toute entrave.
Lors de la visite du Président Poutine en Inde en octobre 2 000, il a donc été
décidé de mettre en place une commission intergouvernementale pour relancer le
commerce entre les deux pays, et tenter d'alléger les procédures. Le Président
russe a affirmé que son pays était prêt à participer au développement de
l'infrastructure indienne, dans tous les domaines. Lors d'une conférence de
presse, Brajesh Mishra, conseiller pour la sécurité nationale du premier
ministre indien, a déclaré : "Il y a déjà une coopération dans le
domaine nucléaire, et des négociations se poursuivent."
Le troisième volet de la coopération entre l'Inde et la Russie porte sur la
politique étrangère. Le chef de la diplomatie russe, Igor Ivanov, a présenté
la nouvelle doctrine russe de politique étrangère. Approuvé le 30 juin par le
président Poutine, ce texte se prononce pour un monde multipolaire face à la
domination des Etats-Unis. La tendance à la mise en place d'un monde unipolaire
avec une domination économique et militaire des Etats-Unis se renforce (...),
et la Russie cherchera à créer un système multipolaire dans les relations
internationales, précise le texte. La diplomatie russe s'appuiera au besoin sur
les services secrets lorsque les compétences des diplomates ne seront pas
suffisantes, a indiqué M. Ivanov lors de sa conférence de presse. Dans ce
contexte, l'Asie a une importance croissante pour la Russie, en raison de sa
situation géographique et de la nécessité de développer les régions de Sibérie
et d'Extrême Orient, précise le texte, qui souligne que les relations avec la
Chine et l'Inde sont l'un des principaux objectifs de la politique étrangère
russe en Asie. La Russie entend notamment renforcer son partenariat avec l'Inde,
dont l'armée, nous l'avons vu, est équipée à 70 % d'armements de conception
russe (14).
Un des principaux champs de coopération entre la Russie et l'Inde pourrait être
la lutte contre les mouvements islamistes en Asie. Selon la nouvelle doctrine,
le conflit en Afghanistan touche directement les intérêts de la Russie,
laquelle empêchera l'exportation du terrorisme et de l'extrémisme depuis ce
pays. Selon la diplomatie russe, ceci vise les bases islamistes en Afghanistan,
où s'entraînent, selon elle, les combattants tchétchènes. La Russie avait
menacé en juin de lancer des frappes préventives contre ces bases. De son côté,
l'Inde est toujours en lutte contre les terroristes musulmans du Cachemire,
soutenus, ou au moins tolérés, par le Pakistan voisin. Selon le "Times of
India", le président Poutine a clairement décidé d'appuyer les autorités
indiennes dans leur lutte contre les actions terroristes au Cachemire, actions
qu'il a d'ailleurs rapprochées d'opérations en Afghanistan et dans les
provinces du sud de la Russie. Le partenariat stratégique indo-russe prendra
tout son sens, affirme le même journal, s'il peut bâtir les fondations d'une
stratégie de neutralisation du terrorisme d'inspiration religieuse en Asie
centrale, en Afghanistan, au Pakistan et au Cachemire, et s'il est capable
d'apporter une solution au problème du trafic de drogue qui en est
indissociable (15).
Vers un triangle stratégique Inde-Chine-Russie.
Plus largement, face au monde unipolaire dominé par la puissance écrasante des
Etats-Unis, qui ne connaissent plus aucun rival non seulement sur le plan économique,
mais aussi dans les domaines militaire et politique, ne s'oriente-t-on pas
lentement vers un triangle stratégique Inde-Chine-Russie, seul capable de
rivaliser avec la superpuissance qui se veut maîtresse du monde ?
C'est ce que redoutent des spécialistes américains en affaires
internationales, qui ont perçu les signes d'une coopération accrue entre la
Russie, la Chine et l'Inde, et d'un sentiment croissant dans ces trois pays, spécialement
après la campagne de bombardements de l'OTAN en Yougoslavie au printemps 1999,
que la puissance américaine devait d'une manière ou d'une autre être tenue en
échec. Bien que ces trois pays soient encore très loin de fusionner en un Axe
eurasien anti-OTAN, ces analystes se disent inquiets du fait de l'apparition
d'une menace potentiellement très grave : une alliance qui regrouperait environ
2 milliards et demi d'êtres humains, une puissance militaire formidable et un
stock impressionnant d'armes nucléaires - puisque l'Inde est maintenant
officiellement une puissance nucléaire - le ciment de cette coalition étant de
contrer la domination globale de l'Amérique.
Ce serait un désastre pour les Etats-Unis.
Si ce tissu de relations progresse, a déclaré Charles William Maynes, président
de la Fondation Eurasia, think tank (16) basée à Washington, alors vous aurez
le coeur continental du monde (heartland) - 2 milliards de personnes en Chine et
en Inde - allié à la formidable puissance technologique que représente la
Russie. Ce serait un désastre pour les Etats-Unis (17).
Ces trois grandes nations ont des intérêts communs, en dehors de leur malaise
partagé au sujet de la puissance américaine. Ils veulent une Asie Centrale
stable, et craignent l'impact d'un Islam militant. Ils sont opposés au nouveau
système de bouclier anti-missiles (NMD) dont les Etats-Unis veulent se doter,
considéré comme une relance de la guerre des étoiles. Ils soutiennent énergiquement
la primauté du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour régler les crises,
primauté bafouée par l'OTAN lors de son attaque de la Yougoslavie, déclenchée
sans que ledit Conseil de Sécurité ait même été consulté, par peur d'un
veto russe et chinois. Ils défendent ardemment le principe de non-intervention
dans les affaires internes des Etats souverains, principe foulé aux pieds en
1999, lorsque l'OTAN a bombardé pour arrêter le prétendu nettoyage ethnique
d'une partie de la population du Kosovo, simple province de la Yougoslavie. Or,
celle-ci est un pays souverain, membre fondateur des Nations Unies, et de plus
ancien co-leader avec l'Inde du Mouvement des Pays Non-Alignés, à l'époque de
Tito et du Prince de la Paix Jawaharlal Nehru.
L'expérience yougoslave a particulièrement traumatisé les opinions russe,
chinoise et indienne. Moscou a vu une alliance que les Occidentaux prétendaient
purement défensive se transformer tout à coup en une croisade contre un petit
pays extérieur pour régler un conflit interne, d'ailleurs inextricable si l'on
en juge par ses développements actuels. La Chine, en plus de la menace contre
le principe de souveraineté, a vu le 8 mai 1999, les bombardiers américains
B-2 attaquer son ambassade dans la capitale yougoslave - territoire chinois en
droit international - et tuer quatre jeunes diplomates chinoises en service de
nuit, ce qui ajoutait l'horreur à la bêtise pure et simple. L'attaché
militaire chinois était lui-même grièvement blessé, ainsi que treize autres
membres du corps diplomatique chinois. Etant donné que l'ambassade a été
attaquée par des missiles provenant de trois directions différentes, on peut
se poser des questions sur la sincérité des excuses officielles américaines.
Quoiqu'il en soit, cette bavure a rendu soudain très proche pour l'opinion
publique chinoise un conflit pourtant éloigné de 12.000 km, et qui ne semblait
concerner, aux yeux du Chinois moyen, qu'une petite partie périphérique d'un
autre continent. Rappelons que la Chine fut le seul pays à maintenir une
liaison aérienne avec Belgrade, et que des milliers de Chinois furent envoyés
en Yougoslavie durant les dernières années, créant une mini-cité chinoise
dans les faubourgs de la capitale.
En Inde, l'opinion a compris également le ton de l'intervention de l'OTAN au
Kosovo. Elle se demande si , sous couvert d'aide humanitaire, les Etats-Unis ne
vont pas, sous le même prétexte, tenter d'intervenir sous une forme ou sous
une autre au Cachemire, territoire ethniquement complexe, à majorité
musulmane, revendiqué par son voisin le Pakistan, allié des Etats-Unis. Elle
ne peut que constater que l'Islam militant, soutenu par l'Amérique partout dans
le monde, et notamment en Afghanistan et en Asie centrale, est une menace
permanente pour l'Inde. La destruction récente par les Talibans afghans des
statues bouddhistes, merveilles datant de plus d'un millénaire, et classées au
patrimoine mondial de l'UNESCO, est symbolique de cette volonté des
fondamentalistes musulmans de détruire toute trace de culture non-islamique.
A terme, Zbignew Brzezinsky, ancien conseiller du Président, a clairement démontré
que l'objectif de la politique étrangère américaine était d'isoler la Russie
- toujours considérée comme un ennemi potentiel, bien que devenue démocratique
- en créant un nouveau cordon sanitaire autour d'elle, par une pénétration américaine
dans le ventre mou du continent asiatique : le Caucase d'une part, où l'Azerbaïdjan,
candidat officiel à une entrée dans l'OTAN, constitue une proie tentante, en
raison des immenses réserves pétrolifères de la Mer Caspienne, et les quatre
républiques musulmanes de l'ancien Turkestan russe, d'autre part. La Chine est
également visée, puisque des tentatives de déstabilisation de la région
autonome chinoise du Xinjiang - qui compte une importante population musulmane,
les Ougours - ont été effectuées par les mouvements intégristes musulmans.
Le gouvernement chinois est persuadé que les rebelles ougours s'entraînent
dans des camps situés en Afghanistan (18).
En avril 2000, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan
ont conclu un accord avec la Russie pour entreprendre une action commune contre
le terrorisme international. Au sommet de Douchanbe, le 5 juillet 2000, le
Groupe de Shanga a affirmé vouloir procéder à l'installation d'un centre
antiterroriste au Kirghizistan, pays limitrophe de la Chine, pour lutter contre
les actions des fondamentalistes musulmans. Nous avons vu que l'Inde et la
Russie envisageaient une action commune contre le terrorisme d'inspiration
religieuse au Cachemire.
Le triangle stratégique Russie-Inde-Chine est donc en train de lentement
prendre forme. Si la diplomatie américaine persiste dans ses tentatives pour déstabiliser
l'Asie centrale et le Caucase, il est plus que probable que cette alliance se
renforcera. Sur le plan militaire, après le désastre du Vietnam, ces trois
pays savent que l'Amérique ne tentera pas une attaque frontale contre un bloc
possible de 2 milliards et demi d'habitants, d'autant plus que tous trois sont
dotés de l'arme nucléaire. On connaît le raisonnement terrifiant d'un stratège
chinois : si, par malheur, une guerre nucléaire était lancée contre la Chine,
celle-ci perdrait, dans un premier temps, 200 à 300 millions d'habitants, mais
il en resterait 700 millions, qui seraient dès lors les maîtres du monde pour
longtemps.
Bien qu'elle n'en ait jamais fait état, l'Inde, qui compte également près
d'un milliard d'habitants, pourrait tenir le même raisonnement logique. Selon
les experts, elle ne semble pas disposer pour l'instant, autant qu'on puisse le
savoir, des vecteurs à longue portée capables de lancer l'arme nucléaire
contre un objectif d'un autre continent. Mais le haut niveau de ses savants, et
l'étendue de son infrastructure industrielle, permettent de supposer qu'elle
sera un jour capable de les construire. Certes, la diplomatie indienne a
toujours soutenu que l'Inde n'avait que des intentions pacifiques, et que l'arme
nucléaire dont elle s'était dotée était purement défensive et à usage
local (protection contre le Pakistan voisin, lui aussi maintenant possesseur
officiel de l'arme nucléaire). Cette capacité nucléaire doit cependant être
prise très au sérieux par les stratèges américains. Quant à la Russie,
depuis qu'elle a rejoint le camp des démocraties, elle déclare qu'elle n'a
aucun ennemi dans le monde, et propose aux Etats-Unis, dans le cadre des négociations
START III, un désarmement progressif et réciproque, de manière à ramener le
nombre de têtes nucléaires stratégiques de 2.000-2.500, objectif initialement
prévu, à 1.000-1.500. Mais elle menace en même temps, en cas de violation du
traité ABM - c'est-à-dire si les Etats-Unis mettent en place leur bouclier
anti-missiles - de se retirer de tout système de limitation des armes stratégiques
et même tactiques.
Alors qu'elle a déjà très difficilement accepté l'entrée dans l'OTAN de la
Hongrie et de la Pologne, l'élargissement de l'OTAN aux Pays Baltes et à
l'Ukraine est pour elle inacceptable, puisqu'il s'agit d'anciennes républiques
soviétiques, qui ont une frontière commune avec la Russie, et elle fera tout
pour l'empêcher.
Bien qu'à notre avis un conflit majeur, dans les circonstances actuelles, ne
soit pas envisageable, tous les éléments sont donc réunis pour une nouvelle
guerre froide, provoquée par l'agressivité de la politique étrangère américaine.
L'alliance qu'elle n'avait pas prévue entre la Russie, l'Inde et la Chine est
susceptible de lui procurer quelques déboires dans l'avenir, dans les zones de
fracture limitrophes des grands blocs. Par exemple, l'unification des deux Corée,
activement recherchée par la diplomatie russe, signifierait logiquement la
neutralité de la Corée unie, autrement dit, l'évacuation des nombreuses bases
américaines installées depuis un demi-siècle en Corée du Sud. Outre
l'affront que cela constituerait pour le prestige de l'Amérique, quelle ligne
de repli adopterait alors l'armée américaine ? Compte tenu de ses dispositions
actuelles en matière de politique étrangère, il est très peu probable que le
Japon accepterait d'accueillir ces bases étrangères. Ceci entraînerait donc,
pour l'armée américaine, un recul de ses premières lignes en Asie de 1.200 km
(Okinawa) à 2.000 km (Philippines), et son retrait complet du continent
asiatique. D'autre part, après la récupération de Hong-Kong, l'entité de Taïwan
- qui ne dispose d'aucun siège à l'ONU, et dont personne ne nie le caractère
de province chinoise - est ouvertement revendiquée par le gouvernement de Pékin.
L'Amérique est-elle prête à une guerre ouverte pour défendre cette île de
quelque 20 millions d'habitants, aux performances économiques particulièrement
brillantes ? Mais celles de l'enclave de Hong-Kong ne l'étaient-elles pas non
plus, jusqu'à sa réoccupation par la Chine ?
En Asie Centrale, toute une série de conflits est prévisible, si l'Amérique
persiste dans sa politique de conquête des marchés pétroliers, et de soutien
sans retenue aux fondamentalistes islamiques. Or, nous avons vu que l'alliance
entre la Russie, l'Inde et la Chine risque de se retourner contre les
Etats-Unis, et que ces trois grands pays sont bien décidés à éradiquer
l'islamisme militant de cette région, aussi bien au Cachemire qu'au Xinjiang et
au Tadjikistan. Quoique la Russie ne soit pas prête de sitôt à intervenir à
nouveau dans le bourbier afghan, on peut craindre des conflits limités dans les
zones frontalières, qui risquent de déclencher une nouvelle guerre avec le
Pakistan, lui-même soutenu et armé par les Etats-Unis...
Bref, l'agressivité de la politique étrangère américaine, telle qu'on l'a
vue en oeuvre en Afghanistan et au Kosovo, et son refus d'intégrer la Russie
dans le nouvel ensemble européen, va engendrer selon toute vraisemblance son
propre antidote, à savoir la formation d'un nouveau bloc eurasiatique formé
par la Russie, l'Inde et la Chine, provoquant toute une série de conflits
locaux à la périphérie du continent asiatique.
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