La France face à la subversion islamiste en Algérie,
un retour de l'histoire
Par : Roger TEBIB
L'auteur, Roger Tebib, est docteur en droit, docteur
ès sciences religieuses, docteur d'Etat ès lettres. est professeur des
universités (sociologie) à Reims
De 1954 à 1962, on n'a pas assisté, en Algérie, à des batailles
d'envergure entre les forces militaires françaises et des groupes armés -
comme cela a eu lieu, par exemple, en Indochine - mais à une guerre subversive,
avec assassinats, routes sabotées, fermes et entreprises incendiées, développement
d'un climat d'insécurité accompagné de manipulations politiques.
Dans la crise actuelle, l'histoire semble se répéter : attentats
spectaculaires et répression étatique vont de pair, avec incantations
religieuses et parodies politiques. Ces similitudes peuvent être analysées
sous plusieurs aspects et posent encore à notre pays des problèmes difficiles
à régler sur les plans de la sécurité intérieure et des relations
diplomatiques.
La diversité constante des groupes armés
Il ne faut pas opposer simplement les intégristes islamistes aux
forces gouvernementales. La situation est beaucoup plus complexe.
Pendant la guerre d'Algérie, on assistait déjà à des heurts entre les différentes
factions en lutte contre la France. Dès 1954, le Mouvement national algérien
(M.N.A.) était qualifié de " contre-révolutionnaire " et son
chef, Messali Hadj, diffamé. S'ajoutaient à cela les conflits au sein du Front
de libération nationale (F.L.N.) ainsi que les luttes qui, en 1956,
opposaient Ahmed ben Bella et Muhammad Boudiaf à Krim Melkacem, Abbane Ramdane
et Larbi ben M'Hidi, avec des massacres comme ceux de Joun Dagen et de Melouza
en Kabylie (Wilaya III), les révoltes contre le commandement à l'Ouest (Wilaya
V) aussi bien qu'à l'Est dans les Aurès, les tueries perpétrées par le
colonel Amirouche...
Actuellement, les groupes terroristes qui évoluent sur le territoire ont des
appellations qui changent régulièrement.
On peut citer, entre autres :
On retrouve la même conception dans toutes les entreprises subversives qui
doivent bénéficier d'un soutien extérieur pour avoir quelque chance de succès
: sans les bases de Tunisie et du Maroc, la situation militaire de la rébellion
algérienne aurait été extrêmement précaire.
Actuellement, ce groupe veut utiliser la France, qu'il appelle Wilaya VII, comme
base extérieure, ainsi que l'avait fait, avant lui, le F.L.N. Sa tactique est
la suivante : quitter la société algérienne impie (hijra), obtenir le
soutien des Algériens en France et rédimer ensuite (takfir) par l'usage
de la force le régime algérien. Ces intégristes sont implantés à Alger et
dans les wilayas de Aïn Defla et de Chlef.
Il copie les méthodes khomeynistes d'insurrection : utilisation de vêtements
tachés de sang de mouton afin de créer une " psychose de sang " qui
a un effet excitant sur les foules ; organisation de fausses funérailles avec
cercueils remplis d'armes, utilisées dès que l'armée arrive pour contrôler
ces rassemblements ; combats de rues, la nuit, pour empêcher la population de
dormir, incendies de vieux pneus...
Des manipulations politiques
o OJAL (organisation des jeunes Algériens libres)
o OSRA (organisation de sauvegarde de la République algérienne)
On a nommé " escadrons de la mort " leurs bandes qui se plaisent à
massacrer les intégristes ou ceux qui les soutiennent. Les réactions sont évidemment
aussi brutales et l'escalade continue depuis des années.
On a écrit, à ce sujet : " Au cours des années 1996 et 1997, des
villages entiers, acquis aux thèses islamistes ou ayant voté massivement pour
le F.I.S. en 1991, sont anéantis à quelques kilomètres des casernes de l'armée.
Les populations rurales qui refusent de constituer des " groupes de
patriotes " pour se préserver des bandes armées, ou celles que les
autorités jugent peu sûres en raison de leur soutien au F.I.S. lors des élections
sont livrées à leur sort. " (D. MALTI, La nouvelle guerre d'Algérie,
La Découverte, 1999).
La presse algérienne, pourtant proche du pouvoir, a également fait état de
ces " escadrons de la mort ", contrôlés par la hiérarchie
militaire. Le quotidien Demain l'Algérie accusera le gouvernement
d'avoir ordonné en 1992 la mise en place de ces milices armées dont le nombre
est estimé à au moins trois cents pour la seule région d'Alger et la wilaya
III.
Il semble qu'il s'agisse là encore d'une manifestation semblable à celle qui
veut montrer, comme on vient de le dire, que des jeunes s'opposent violemment
aux intégristes islamistes.
Les harkis étaient environ 230 000 et plus de 150 000 d'entre eux ont été exécutés
par le F.L.N. (voir A. MELIANI, Le drame des harkis, Perrin, 1993). Les
autres ont pu être sauvés par des officiers qui ont désobéi aux ordres reçus
d'en haut.
On ne voit pas comment les enfants de ces exilés en métropole, âgés
actuellement au minimum d'une quarantaine d'années, ont pu revenir en Algérie
pour venger leurs parents.
Le passage de l'idéologie nationaliste à l'intégrisme
islamiste
On retrouve actuellement les mêmes interprétations du passé, dit
" arabo-musulman ", de l'Algérie et la même mythologie politique que
pendant la guerre de libération.
En 1929, Al Mubarak Al Mili fit paraître une Histoire de l'Algérie dans le
passé et le présent. Le texte s'arrêtait en réalité au seizième siècle,
l'auteur se contentant de paraphraser des extraits d'Ibn Khaldûn. Un autre
" alîm ", Tewfi Al Madani, écrivit en 1932 un ouvrage du même
genre. Les préfaces de ces deux oeuvres sont des manifestes théologico-politiques.
Al Mili dit que l'histoire de l'Algérie a été déformée par les savants français.
" Il ne faut accepter ni les dénigrements des dépréciateurs, ni les
atteintes des falsificateurs, ni les médisances des gens de parti pris ".
Il développe ensuite le thème de l'historia magistra vitae : en
admirant les hauts faits de leurs ancêtres musulmans qui ont lutté pendant des
siècles contre les infidèles, les jeunes gens pourront former leur coeur et
leur esprit. Ainsi l'Algérie, rattachée uniquement à des origines mecquoises,
s'intègre à un passé fabuleux et sa libération est recherchée d'une manière
extatique.
La préface du livre d'Al Madani affirme l'originalité arabo-musulmane de la
nation algérienne et rejette a priori toute idée d'assimilation : " Ceux
qui, par courte vue, manquant d'étude et de connaissance du milieu algérien,
pensent qu'il est possible avec le temps de faire de ce peuple musulman foncièrement
nationaliste un peuple français dans ses coutumes, ses moeurs, son
organisation, ses traditions : ceux-là sont des gens qui se bercent de
l'illusion de voir midi à quatorze heures ".
Et les intégristes reprochent alors au pouvoir politique de ne pas se conformer
aux principes fondateurs qu'il a lui-même édictés.
C'est ce que dit, par exemple, Abdelatif Soltani dans son livre Sihan Al
Islam (Les flèches de l'Islam) : " Ceux qui sont morts pendant la
guerre contre les infidèles iront au paradis comme " mudjahidin
" s'ils ont défendu la gloire de l'Islam ; quant aux autres, ils ne
peuvent plus se prévaloir du titre de " chûhada " (martyrs)
".
Sous la conduite des ulémas et d'Ibn Badis, le peuple se serait dressé contre
le colonialisme qui attentait à sa religion. Mais, l'indépendance acquise, les
gouvernants auraient détourné " les idéaux du 1er novembre en les remplaçant
par une idéologie " athée ", le socialisme, et ont semé le grain de
leurs valeurs anti-islamistes dans l'esprit des Algériens qui furent placés
aux commandes du pays. Le pouvoir actuel est ainsi sous l'influence des intérêts
du capitalisme et des infidèles. Cela explique l'acharnement des dirigeants
contre le projet islamique que le peuple algérien ne cesse pourtant de réclamer
". (in : M. BOUKHOBZA, Octobre 1988, Alger, Bouchère, 1991).
Ce serait la cause de la collusion qui existerait actuellement entre les Algériens
" occidentalisés " et la France, ennemie d'hier et d'aujourd'hui, et
qui donc rester " dar al harb " (territoire de guerre).
Les tendances régionalistes
Elles se sont développées depuis les années 1950, suscitant
des solidarités spontanées et des regroupements ethniques et géographiques.
On peut distinguer plusieurs étapes :
Amirouche est connu pour avoir torturé et tué des Kabyles et d'autres
maquisards des wilayas I, IV, V et VI. Les désirs de revanche des Berbères qui
se manifestent aujourd'hui en sont la conséquence.
o la révolte du colonel Mohand Oul Hadj en Kabylie, en septembre 1963 ;
o celle du colonel Mûhammad Chaabani dans le Sud, en juin-juillet 1964 :
o la tentative de coup d'Etat du colonel Zbiri en décembre 1967...
L'intérieur et l'extérieur dans l'agitation islamiste
De leur côté, les chefs ne voulaient pas laisser l'extérieur accaparer les résultats
de l'insurrection.
Ainsi, durant les derniers mois de la guerre d'Algérie, du fait de l'imperméabilité
du barrage de la frontière tunisienne, les wilayas étaient pratiquement coupées
des autres pays arabes. Sur le plan militaire, elles ne recevaient plus ni armes
ni matériels et les responsables politiques du G.P.R.A., installés en Tunisie,
en Libye et en Égypte, prenaient des décisions que l'intérieur critiquait
comme " contraires à l'esprit de la Soummam ", c'est-à-dire à la
ligne de conduite fixée en 1956.
Quelques exemples :
o C'est seulement en avril 1992, après la contagion terroriste et la
dissolution du F.I.S. par le tribunal administratif d'Algérie que l'Arabie
saoudite accepte de fournir la liste des " Afghans " algériens qui
ont été enrôlés par les intégristes sur son territoire.
o Présumé coupable de l'attentat de l'aéroport d'Alger en août 1992, Rabah Kébir,
réfugié en Allemagne, enseignait la théologie islamique à l'Union islamique
européenne de Cologne. En décembre 1994, il a fini par condamner le détournement
de l'avion d'Air France.
o Anouar Haddam, réfugié aux États-Unis, présidait le parlement du F.I.S. en
exil. Expulsé en décembre 1994, il participa aux négociations de Rome en
janvier 1995.
o Boujemaa Bounoua dirigeait en Arabie saoudite le bureau de recrutement des
" Afghans " algériens, les Mudjahidine al islamyyin.
La France, base arrière stratégique
Cette violence trouve son financement d'une part dans le racket des commerçants
musulmans par " l'impôt de la révolution " (" tawra ") et,
d'autre part, par la délinquance et le trafic des stupéfiants.
C'est une situation préoccupante car les armes stockées en France peuvent très
bien, un jour ou l'autre, être utilisées sur notre territoire.
o La Fraternité algérienne de France a été créée en décembre 1990
par Jaafar Al Houari, imam de la cité universitaire d'Antony. Il collectait de
l'argent pour les maquis et fut expulsé en 1994.
o L'Association éducative des musulmans de France avait été constituée
en 1992 dans le Val-de-Marne. Ses militants, arrêtés en 1994, étaient des délinquants
déjà connus des services de police pour trafic de drogue, vols, etc.
o Les Phalanges de l'unicité de Dieu (Kataeb al-Tawhid) sont une
organisation de l'Armée islamique du Salut (A.I.S.) maintenant implantée en
France.
o Certains militants suivent des stages d'entraînement dans des coins reculés
de la campagne française : il y a quelques années, la police en a arrêté au
fin fond du Vaucluse et de la Lozère, dans la banlieue lilloise et à Mantes la
jolie.
o De jeunes islamistes passent par l'Afghanistan ou le Pakistan, puis la Bosnie
et " on assiste à l'invention d'une " ummâ " fantastique avec
la circulation de militants cosmopolites en quête de cause. " (O. ROY, Généalogie
de l'islamisme, Hachette, 1995).
Toutes les techniques - égyptiennes, iraniennes, afghanes... - des intégristes
fournissent des exemples de la manipulation des populations et d'émeutes
pouvant être perpétrées en France dans les zones suburbaines.
Ajoutons que les Algériens immigrés en France n'ont nullement envie, dans leur
immense majorité, de servir de cobayes pour des entreprises révolutionnaires
aveugles. Ils n'éprouvent pas le besoin de transformations politiques dans un
pays livré aux luttes de factions. Mais la situation reste préoccupante et
exige une veille ardente. Il y a quelques années, l'Armée islamique du
salut a déclaré : " La guerre contre la France est devenue un devoir
légal, une obligation dictée par la " charî'a "... La nation algérienne
est aujourd'hui directement en conflit avec la France et tous ceux qui l'aident
parmi les juifs et les chrétiens dans le monde. " (Journal El-Feth al-Mûbine
(La victoire éclatante), n° 30, 30 décembre 1994).
Les " hiérarchies parallèles " et la tactique
actuelle de la négociation
Mais, parallèlement à cet effort de liquidation, les militants révolutionnaires
se donnent pour objectif de reconstituer un nouveau système politique, un autre
appareil administratif avec des cadres sortis de la subversion. (voir R.
TRINQUIER, Guerre, subversion, révolution, Laffont, 1968).
Fonctionnant depuis les révolutions indochinoises, ce système a connu son apogée
après le congrès de la Soummam (20 août 1956), pendant la rébellion algérienne.
L'ensemble du territoire était divisé en départements (wilaya), zones
(mintaka), régions, (mahia) et secteurs (kism) avec un chef politico-militaire
à chaque niveau. Le commandement comprenait un chef politico-militaire entouré
de trois adjoints s'occupant des branches militaire ou politique ainsi que des
renseignements et des liaisons.
Ainsi, petit à petit, les responsables nommés par le pouvoir légal - "
bachagas ", gardes-champêtres, gardes-barrières, " mudérés ",
etc. - se trouvaient dessaisis de leurs attributions.
Ces conditions montrent déjà la difficulté d'établir le dialogue avec
certains partenaires de mauvaise foi ou des groupes recherchant d'abord la
capitulation du pouvoir établi devant des revendications toujours renouvelées.
La situation devient très grave lorsqu'en cas de troubles dans des quartiers -
meurtres, incidents divers, protestations contre des " bavures "
policières, etc. - les autorités " négocient " avec des notables,
des présidents d'associations ou des représentants religieux. Ceux-ci voient
ainsi leurs positions confortées vis-à-vis de leurs coreligionnaires. On a
remarqué aussi qu'il se trouvait toujours des personnes de ce type pour prendre
contact avec le sous-préfet ou le commissaire de police dès qu'un incident était
signalé dans un quartier à forte population étrangère.
Il serait présomptueux d'affirmer que ces méthodes améliorent la situation
des immigrés condamnés à être pris en charge - souvent malgré eux - par
divers types d'associations formant autant de " hiérarchies parallèles
" au pouvoir de l'Etat français.
On a dit, à ce sujet : " À l'image des chefs mafieux et des dealers, les
éminences grises du communautarisme n'hésitent pas à recourir aux mêmes
stratégies de prise de contrôle des associations existantes. La prise de contrôle
d'une association commence le plus souvent par une tentative de mainmise s'un ou
de quelques activistes sur la jeunesse bénéficiaire des activités de la
structure convoitée. " (R. BOUSQUET, Insécurité : nouveaux risques.
Les quartiers de tous les dangers, tome I, L'Harmattan, 1998).
Intégration et non population à la dérive
Le fait est que le maintien de l'ordre et les appels réitérés
aux forces de police ne constituent pas des solutions à ce problème à la fois
politique, social et culturel. Il exige des interventions d'une autre nature, en
amont et à long terme, avec une lutte contre les obstacles à l'assimilation,
c'est-à-dire les structures familiales archaïques, la rigidité des intégrismes
religieux et les menées du pays d'émigration.
Il est nécessaire d'intervenir au moins dans deux directions :
Regarder vers la Méditerranée
Il est indispensable de comprendre que les États du Maghreb,
dont l'Algérie, riverains de la Méditerranée, occupent une zone stratégique
prioritaire pour la sécurité de la France.
En matière de coopération militaire, notre pays envoie régulièrement
des conseillers techniques en Algérie et reçoit chaque année des stagiaires .
Les échanges sont aussi importants sur le plan de l'exportation d'armements : hélicoptères,
équipements de défense antiaérienne, avions de combat, blindés légers, etc.
sont vendus au gouvernement algérien.
La France tient ainsi à garder un espace indispensable à une politique
de présence en Méditerranée, souvent mer des affrontements.
On a dit, à ce sujet : " Ni la colonisation, ni les 'décennies du développement'
qui ont suivi la décolonisation n'ont réellement opposé un bloc du Nord à un
bloc du Sud ; la Méditerranée ne faisait pas frontière. Au début de la
construction européenne, dans les années 50, c'est l'Est et non le Sud qui
constituait une menace, et c'est face à l'Est que les pays d'Europe occidentale
ont forgé leur conscience d'appartenance commune. Depuis, la disparition du
rideau de fer, à la fin des années 80, a ouvert à l'Europe un horizon presque
illimité d'intégration vers l'Est. " (J.R. HENRY, La Méditerranée,
nouvelle frontière européenne, in : Sciences humaines, n° 18, décembre
1996).
Il convient de maintenir la Méditerranée comme zone des échanges, telle
qu'elle l'est depuis des siècles et de ne pas laisser les pays qui l'entourent
sombrer dans les conflits ethniques et sociaux ni dans les manipulations
politiques du religieux.
Appliquer le droit international d'ingérence
L'intégrisme islamiste porte atteinte aux différents groupes
ethniques et religieux installés dans ces régions depuis les temps les plus
reculés, parfois des millénaires.
Isolement, discrimination, massacres ne peuvent pas durer ; et le
fondamentalisme islamiste s'attaque même à des régimes politiques musulmans
dont il critique les tendances laïques ou multiconfessionnelles.
La France, qui a quitté beaucoup de pays après les avoir gérés pendant
de longues périodes, a un rôle à jouer dans ce domaine et aussi des
responsabilités humaines, car la décolonisation ne doit pas conduire à des génocides
face à des États indifférents.
Pour lutter contre l'inaction de certains, assurer la sécurité des
sauveteurs et des victimes, mais aussi dénoncer les politiques totalitaires, la
présence d'une organisation militaire internationale est indispensable.
Il ne s'agit pas d'intervenir dans un domaine réservé à l'État où se
déroule la mission, mais d'alerter l'opinion publique sur les exactions dont
les médecins et leurs assistants ont connaissance lorsqu'ils se trouvent dans
une région où les observateurs n'ont pu pénétrer, ni les armées intervenir.
Fidèle à ses principes, valables dans des pays vraiment libéraux, le
Comité international de la Croix-Rouge n'a rien pu faire contre l'Allemagne
nazie pour les déportés, ni auprès des États-Unis pour les prisonniers
italiens internés préventivement, ni pendant certains conflits qui ont suivi
la seconde guerre mondiale (voir J. PICTET, Une institution unique en son
genre, le C.I.C.R., Pédone, 1985).
Actuellement, après avoir créé un problème juif avec les minorités
qui ont survécu aux massacres, les intégristes islamistes posent la question
des chrétiens et, plus généralement, de la liberté de conscience de tous les
peuples qui refusent d'être englobés dans une " ummâ " quelconque
La justice doit toujours l'emporter sur les atermoiements diplomatiques
dans notre époque d'horreurs et de lâchetés. L'action des " Casques
bleus " demeurera inefficace tant qu'ils ne seront pas soutenus par des
moyens militaires et des règles d'engagement leur permettant de faire face à
tous les types de forces entravant la distribution des secours et faisant régner
la terreur.
Pour une Force communautaire d'ingérence (F.C.I.)
À ce sujet, le gouvernement français a lancé une idée originale, celle d'une
" force d'action africaine " qui serait susceptible d'intervenir sur
le continent, sous mandat de l'Organisation des Nations Unies ou de l'Organisation
de l'Unité Africaine (O.U.A.).
Le ministre de la défense, François Léotard, avait fait ce commentaire
d'actualité : " Si cette force avait existé en avril dernier, peut-être
aurions-nous évité les massacres au Rwanda... Cette force serait partagée
entre l'Afrique et l'Europe à travers une coopération avec l'Allemagne, la
Grande-Bretagne et l'Italie. Les Européens doivent faire aujourd'hui ensemble
et différemment, ce que pendant trente ans chaque ays a fait séparément...et
mal. " (Impact, lettre d'information du ministère de la Défense,
août 1994).
o un rapport annuel sur la situation des droits de l'homme dans le pays, que le
pouvoir politique algérien finit par remettre, au bout de trois ou quatre ans,
après les plaintes des O.N.G., dont Amnesty international ;
o la visite de rapporteurs spéciaux des Nations unies, au sujet de la torture,
des assassinats extrajudiciaires, des camps de concentration, de la détention
illégale, etc., ce que le gouvernement algérien a toujours refusé.
Pays des droits de l'homme, la France doit intervenir à ce sujet auprès des
instances internationales.
En tout état de cause, la stabilisation est bien improbable, mais il convient
de tout mettre en oeuvre sur le plan international pour lutter contre le
calvaire d'une population.