E D I T O R I A L

 
 


L’Irak a expérimenté sa première élection démocratique et multipartite depuis un demi-siècle, pour le choix des 275 membres de l’assemblée nationale de transition, de l’assemblée locale du Kurdistan et des conseils des 18 provinces. Plus de 250 partis, groupes et personnalités politiques ont rivalisé pour entrer à cette assemblée. Le Parlement et l’assemblée nationale d’Irak ont pour rôle de susciter un nouveau gouvernement, contrôler ses activités et préparer une constitution stable pour le pays. En tant qu’autorité législative plénière, le nouveau parlement choisira le président de la république et ses deux vice-présidents. Dans un délai de deux semaines, ces trois personnes nommeront le Premier Ministre qui aura un mois au maximum pour fixer les membres de son cabinet et les présenter au Parlement pour le vote de confiance. 

L’assemblée nationale transitoire irakienne a élu le 6 avril dernier le leader de l’union patriotique du Kurdistan (UPK) Jalal Talabani, 72 ans, à la présidence de la république irakienne. L’UPK est l’un des deux principaux partis kurdes en Irak. Les fonctions du nouveau chef d’état seront essentiellement honorifiques, mais il devrait cependant appuyer les principales revendications des Kurdes quant à l’adoption d’un régime fédéral ou le rattachement de la ville de Kirkouk à leur territoire autonome. 

Les élections irakiennes, parce qu’elles constituent un point culminant dans les évolutions de la région et un facteur influent dans les relations internationales, ont été au centre des événements politiques. 

Les groupes de guérilla, autoproclamés « résistance », avaient pour objectif, en semant un climat de terreur, d’empêcher la population de se rendre aux urnes. Cette stratégie fut mise en œuvre quelques jours avant les élections mais n’aboutit pas aux résultats escomptés. La participation de la population, dont une grande partie de femmes, a démontré que le peuple irakien est prêt à surmonter tous les obstacles en vue d’assumer son destin dont la voie peut passer par la sécurité et la stabilité dans la démocratie. 

Outre la poursuite des opérations terroristes de la part des groupes qui combattent pour leur survie et ne connaissent aucune limite dans leur acharnement contre les autochtones et les forces d’occupation, les luttes intestines, les rivalités et les intrigues des étrangers constituent les principales difficultés face à la démocratie, la stabilité et la sécurité en Irak. Le pouvoir baasiste, en particulier sous le régime de Saddam Hussein, n’avait laissé aucune place au pluralisme et aux critiques des politiques mises en œuvre par le parti et le pouvoir central, en agissant par le biais d’une répression sanglante et d’une dictature tyrannique. Or, après la disparition de ce régime, les prétendants politiques, religieux, ethniques et tribaux ont trouvé le champ libre et tentent de s’accaparer une part plus importante du pouvoir. Ces rivalités, tant qu’elles ne seront pas situées dans un cadre démocratique, empêcheront la stabilité politique, l’instauration de la sécurité et, à terme, la normalisation de la vie en Irak. Elles sont susceptibles de menacer durablement l’unité nationale et l’entité du pays. 

Ces mêmes conditions permettent aux puissances étrangères de poursuivre leurs intérêts particuliers et souvent contradictoires en Irak. Ainsi, Bagdad est devenue aussi bien le champ des rivalités entre les ethnies, les partis, les religions et les tribus mais également celui de la lutte entre les pays voisins ou plus éloignés.

Les élections irakiennes sont donc non seulement un prélude à la normalisation de la situation dans la région mais également un facteur déterminant dans les transactions politiques des puissances intéressées. 

Dans une allusion à peine voilée en adressant la chambre, le nouveau président a affirmé « J’écouterai vos propositions et exécuterai vos décisions et je participerai de toutes mes forces à l’établissement d’un régime démocratique qui garantisse la liberté pour tous et pour déraciner le terrorisme criminel et la corruption. »

Comment définir et choisir la démocratie ?

La démocratie est un système dans lequel l’ensemble de la société peut participer, à tous les niveaux, au processus de prise de décisions et en exercer le contrôle. Le respect des droits de l’homme, tels que les définissent la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que les Pactes et la Déclaration de Vienne de 1993 en constituent le fondement : « s’il convient de ne pas perdre de vue l’importance des particularismes nationaux et régionaux et la diversité historique, culturelle et religieuse, il est du devoir des Etats, quel qu’en soit le système politique, économique et culturel, de promouvoir et de protéger tous les droits humains et toutes les libertés fondamentales »[1]. La promotion de ces droits ainsi que le respect des différences et de la liberté d’expression et d’opinion sont des préalables indispensables. Il ne peut y avoir de démocratie sans un système juridictionnel indépendant et sans des institutions qui garantissent la liberté d’expression et l’existence des médias libres. Le pouvoir de légiférer doit être exercé par des représentants du peuple. Les lois doivent être mises en œuvre par des personnes légalement responsables et l’appareil administratif doit être responsable devant les élus. C’est pourquoi un parlement véritablement représentatif du peuple dans sa diversité est indispensable au processus démocratique. A cet égard, la tenue d’élections libres et régulières au suffrage universel constitue une condition nécessaire, mais non suffisante, à l’existence d’un régime démocratique. La démocratie peut, en somme, être définie comme un système politique capable de corriger ses propres dysfonctionnements, mais une vraie démocratie ne saurait se limiter à ce seul cadre institutionnel. Elle soit s’incarner dans une culture, un état d’esprit favorisant la tolérance, le respect de l’autre, ainsi que le pluralisme, l’équilibre, le dialogue entre les forces constitutives d’une société. A la différence des conceptions traditionnelles limitées à la sphère étatique, le concept de culture démocratique exige que l’on prenne en compte l’ensemble des acteurs sociaux dans leur diversité, avec les relations qui les lient ou les opposent.

Ces principes démocratiques fondamentaux constituent un fonds de valeurs communes que l’on peut qualifier de patrimoine commun de l’humanité. Sans ces valeurs, il ne peut y avoir ni démocratie, ni développement durable. Cependant, la reconnaissance de valeurs universelles ne signifie pas qu’il faille, pour autant, occulter les spécificités historiques, religieuses, et culturelles qui font le génie propre de chaque société, de chaque Etat-nation. Les principes généraux de la démocratie s’incarnent de manière différente, selon le contexte historique de chaque peuple. Ainsi, la démocratie est le système dans lequel « le pouvoir souverain réside dans le peuple », les modalités de son exercice peuvent varier avec le système social et le développement économique propres à chaque pays. Elles tendent, aussi à se transformer en fonction de l’évolution politique, démographique, économique et sociale. A ces fondements, s’ajoute la liberté qui implique la conception même de la démocratie, le règne du droit et les restrictions volontaires qui en résultant afin de jalonner la règle commune émanant de celles et ceux, élus par le peuple pour en définir les contenus. Le fondement de la justice garantit la démocratie, puisqu’elle a pour mission de rendre effectif le principe d’égalité devant la loi, le droit pour tout individu d’exprimer son opinion à l’intérieur de la société à laquelle il appartient, le droit d’être entendu et de présenter sa défense. Un pouvoir judiciaire sérieux et indépendant est le garant de la démocratie. La justice permet à la société civile de s’exprimer, qu’il y ait un exercice des droits à la liberté d’opinion et à la différence. Ceci est une nécessité non seulement à l’intérieur de chaque nation, mais aussi sur la scène internationale, ce qui, dans un monde de plus en plus interdépendant, apparaît plus que vital. L’interdépendance entre démocratie, développement et droits de l’homme est mentionnée clairement dans la déclaration de Vienne de 1993. La reconnaissance de cette interdépendance entre droit à la démocratie et droit au développement n’est pas nouvelle. La Charte des Nations Unies, les pactes internationaux, la déclaration de 1986 sur le droit au développement, la convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, en ont tous fait état. Mais la mise en œuvre de ces droits, régis par le droit international, implique tout à la fois une plus grande solidarité de la communauté internationale et le respect, par les Etats, de leurs obligations internationales. La réalité démontre que la démocratie et le développement peuvent contribuer, ensemble à la consolidation de la paix. En effet, les démocraties règlent le plus souvent leurs différends internes par des moyens pacifiques. Par ailleurs et au-delà du cadre préventif, le cadre démocratique s’est révélé efficace pour la gestion des crises et règlement pacifique des conflits. Kant jugeait qu’il suffirait qu’un peuple résolu prenne l’initiative de déclarer la paix et non la guerre pour encourager les autres peuples à entrer dans un processus fédératif. Celui-ci initiait l’alliance de paix, équivalent d’une alliance sociale civique, et que seuls les Etats eux-mêmes libres dans leur droit interne sont capables de conclure.

Facteur de paix, la démocratie favorise le développement, qui tend lui-même à consolider l’état de paix interne, et sans doute la paix internationale, puisqu’un grand nombre de guerres trouvent leur origine dans des conflits internes. La promotion de la démocratie et des droits de l’homme doit être une composante des programmes de coopération au sein des Nations Unies. Les organisations internationales peuvent, en effet, à travers ces programmes exercer une réelle influence sur les stratégies de développement démocratique. Elles jouent néanmoins un rôle paradoxal, d’une part appréciable, tant en faveur de la solution pacifique des conflits qu’en faveur du respect de la transparence, de la tolérance et du respect de la diversité culturelle. Et d’autre part, elles utilisent les sanctions économiques contraires même aux fondements de la démocratie. Il est nécessaire de rappeler que ces sanctions, telles que les prévoit la Charte des Nations Unies, n’ont pas vocation à être punitives mais bien à provoquer la cessation d’un comportement illicite et le retour au respect des règles du droit international. Force est de constater cependant qu’elles atteignent rarement leur cible et qu’elles pèsent surtout sur les populations les plus pauvres et les plus vulnérables. Ce paradoxe constitue un déficit démocratique au sein du système des Nation Unies. Le respect des buts et principes de la Charte, ainsi que l’élaboration des normes juridiques internationales, sont garantis par le respect de la primauté du droit à l’échelle mondiale. Il parait en effet difficile de parler d’une démocratie internationale, car les relations internationales sont régies par des rapports de force. Et l’influence qu’un Etat peut exercer sur les prises de décisions communes dépend étroitement de sa puissance économique et militaire, voire de sa volonté politique. De plus, l’un des obstacles à cette démocratie internationale, est la possibilité de censure, le peuple insatisfait pouvant censurer ses représentants et ses gouvernants, mais pas des organisations internationales.

Notre principale interrogation porte sur l’existence nécessaire d’une légitimité onusienne indispensable pour intervenir en matière de démocratie, alors qu’elle-même souffre, à l’évidence, d’un manque de démocratie. Le Conseil de sécurité, seul détenteur du pouvoir d’utiliser la force militaire et d’imposer des sanctions, n’est pas véritablement un organe démocratique, en ce sens que seulement certains Etats sont représentés et détiennent  le droit de veto. L’assemblé Générale, qui est l’organe le plus démocratique du système des Nations Unies dans la mesure où ses décisions sont prises à la majorité des voix, est celui qui a le moins de possibilités d’assurer la mise en œuvre de ses décisions. Selon des experts, l’Assemblée Générale elle même n’est pas démocratique, ses membres représentants des Etats et non pas des peuples. (2)

Par conséquent, les problèmes économiques et sociaux ne sont pas les seuls obstacles à la démocratie. Elle se heurte aussi à une série d’autres obstacles, tels que le fanatisme religieux, le racisme et la xénophobie. La mondialisation a eu comme effets, notamment, de susciter des phénomènes de repli identitaire et communautaire, qui se traduisent souvent par une montée en puissance des extrémismes ethniques,nationaux ou religieux, alimentés par des frustrations politiques et économiques, tant individuelles que collectives. La recherche de repères identitaires n’est pas négative en soi, mais elle suscite l’impression de « colonisation », ressentie quand une « culture mondiale » ou un « modèle mondial » cherche à s’imposer, et entrer en conflit avec les cultures locales, provoque des comportements de replis exacerbés, qui peuvent aller jusqu’au rejet total de toutes les autres cultures ou les autres modes de vie. Les mouvements fondamentalistes, pour qui la vérité leur appartient en propre et prévaut sur toutes les autres, rejettent et condamnent, parfois avec violence, toutes les différences, qu’elles soient religieuses, politiques ou ethniques. L’absence de culture générale, la spécialisation précoce façonnent des esprits réceptifs aux idéologies extrémistes. D’où l’importance d’une éducation générale de qualité, ouverte à la connaissance et au respect des autres cultures, religions et façons d’être et de vivre.

Certes, la démocratisation est un combat long et complexe, qui ne se livre pas facilement. Le gouvernement du « peuple » ne saurait être imposé de l’extérieur, ni décrété. Il est le fruit du processus auquel le peuple adhère par son histoire et ses propres aspirations. Chaque pays doit trouver de lui-même la voie qui le conduit à sa démocratie. Comme l’a fait remarquer Madame Albright, ex- secrétaire d’Etat américaine, « la démocratie doit procéder du désir des individus de participer aux décisions qui donnent forme à leur vie (…) a l’encontre de la dictature, la démocratie n’est jamais une imposition : c’est toujours un choix ».

Démocratie, développement et paix constituent une trilogie, un dessein commun voué au respect des droits humains, y compris le droit à la dissension ; la primauté du droit, caractérisée par des institutions politiques dynamiques, par le constitutionnalisme et par l’indépendance du judiciaire ; l’existence de structures économiques ouvertes et concurrentielles ; une presse indépendante et capable de mobiliser une population informée ; la liberté du culte et de la pensée ; la mise en place de structures de protection des minorités contre l’oppression de la majorité ; et le respect intégral des femmes et des travailleurs. Ces principes élaborés par la tenue d’élections libres et loyales demeurent les fondements de la culture de la démocratie d’un peuple.

De surcroît, la démocratie ne se résume pas à la simple tenue d’élections, mais les moyens d’établir un système politique propre à favoriser la croissance et l’épanouissement des citoyens par le biais de l’encouragement et de la protection de leurs droits politiques et civils.   La démocratie est l’ennemi de la guerre et vice-versa ; si elle était imposée par la violence que deviendrait-elle, si ce n’est que la culture de guerre ? Les démocraties sont-elles intrinsèquement des régimes politiques plus accoutumés à instaurer la démocratie pacifique que les autres régimes ? Quelle vision de la guerre ont les démocraties ? Un moyen de délimiter les acteurs internationaux ou simplement un des moyens d’arriver à leurs fins ? L’absence d’autorité démocratique internationale serait-elle à l’origine du déclin des démocraties nationales ?

L’avenir de l’Irak est une question complexe, de nature politique, sociale, économique, et culturelle, et pour le démontrer, notre revue Géostratégiques a fait appel à des universitaires et des intellectuels de renom, des personnalités connues, ainsi que des chercheurs respectés qui tout au long de leurs communications ont eu toute latitude pour exprimer leur point de vue autorisé. Au cœur de la thématique de l’avenir de l’Irak, certaines questions présentées ci-après ont été particulièrement développées. Le numéro précédent a été consacré à l’avenir du Moyen Orient et nous avons le plaisir d’incorporer dans cette livraison l’article de grande qualité scientifique et intellectuelle sur les rois saoudiens du Professeur Charnay, qui devait originellement en faire partie.

Tout comme vous avez pu le constater dans cette livraison ainsi que dans la précédente, il manque certains articles sur l’Iran. Cependant, au regard de la haute teneur géopolitique et stratégique de ce pays de premier plan dans la région, nous avons préféré consacrer notre colloque international annuel à l’étude et l’analyse des perspectives politique et économique qu’offre l’évolution de l’Iran, avec la participation de chercheurs, universitaires, journalistes et experts ainsi des personnalités politiques. Ce colloque  aura lieu le Samedi 14 mai prochain, de 10H à 19H,  à l’Union de l’Europe Occidentale, au 43 avenue du Président Wilson  75016 Paris (Contact, renseignement et inscription au secrétariat de la rédaction)

La diplomatie bonapartiste de W. Bush et l’avenir du monde : En Irak, les intégrismes religieux et ethniques ne font que commencer à s’embraser. Ils constitueraient la principale difficulté pour les années à venir : Chiites, Sunnites, Kurdes, Turcs, Turkomans, Arabes... L’apparition de crises nouvelles et multiformes sont une caractéristiques des conflits actuels. En Afghanistan, le régime et son soutien américain tendent à la main aux Talibans, tandis que les intellectuels afghans éparpillés à travers le monde n’ont plus de place dans leur pays. En Irak, le Premier ministre actuel tente une « réconciliation nationale » avec les baasistes qui tirent les ficelles du terrorisme dans le pays et sont présentés comme les ennemis des Etats-Unis.

 

Histoire et géopolitique des territoires irakiens : Berceau de l’humanité, les territoires irakiens ne retrouveront une aura, bien peu de temps (un siècle seulement), que sous le califat abbasside. Après la succession de pouvoirs en déclin et de dominations étrangères diverses, ils ne regagnent l’histoire que sous les feux du colonialisme du XIXe siècle qui s’intéresse à leur géographie, puis à leur sous-sol. Les frontières, décidées de l’extérieur pour déboucher sur l’indépendance de 1932, sont sources de conflits internes et externes. La dictature de Saddam Hussein a laissé des habitudes de violence qui ne rendent guère aisées les équilibres à trouver entre de nombreuses forces centrifuges.

 

Prospective de la présence militaire américaine en Irak : La victoire électorale des Américains n'a d'une victoire que l'apparence. Si les élections ont bien été tenues, les vainqueurs représentent des forces opposées à la politique voulue par Washington. De ce fait, les Etats-Unis n'ont guère de partisans fermes en Irak et ne peuvent s'y maintenir qu'avec leur force armée. Or, l'effort militaire est trop lourd. Il obère les capacités militaires qui ne peuvent agir en Iran, et pas plus ailleurs dans le monde. Toute puissance militaire a ses limites et celle américaine approche des siennes.

 

Irak : Les différentes échelles de l’analyse stratégique : A quelque niveau de l’analyse stratégique et géopolitique de la guerre menée en Irak par les Etats-Unis, la confirmation apparaît clairement, non seulement de la volonté de puissance, mais surtout du développement du caractère hégémonique de leur politique qui conduit au réaménagement politique et stratégique de la région. De leur situation devenue quasi-continentale en Eurasie à leur tentative de contrôle des ensembles de sécurité collective à l’échelle mondiale, en passant par la conduite de la guerre en Irak et leur volonté de maîtrise de l’information sur le terrain et dans les opinions, les Etats-Unis jouent toujours en Irak une partie fondamentale de leur crédibilité stratégique qui donne au champ irakien une importance bien plus cruciale que sa seule situation géopolitique.

 

Chaos et perspectives en Irak : L'administration Bush n'était pas du tout préparée aux conséquences internes (maintien de la paix, développement social et politique, ampleur de l'insurrection) issues de son intervention dite « préemptive » en Irak. L'auteur soutient que même si un Irak « démocratique » peut éventuellement émerger du chaos actuel et obtenir son indépendance nominale, il est hautement probable que son gouvernement, bien qu’émanant de Washington, sera en désaccord avec les décisions politiques et économiques prises par les Etats-Unis.

 

La crise de la protection civile en Irak : La crise de la protection civile en Irak avec l’embargo et les pressions sur les O.N.G. et les services officiels de secours montre, une fois de plus, la faiblesse des instances internationales et la nécessité de réforme dans le domaine de l’humanitaire.

 

L’économie irakienne : une libéralisation économique imposée : La reconstruction de l’économie irakienne est devenue un des grands défis des forces de la coalition après leur victoire en mars 2003. Il était en effet important d’assurer un redémarrage économique rapide pour pouvoir ainsi légitimer après coup la guerre en Irak. Mais l’objectif dépassait sans doute ce simple objectif de reconstruction puisque les réformes qui ont été lancées ou proposées par l’Autorité provisoire de la coalition visaient clairement à mettre en place les bases d’une économie de marché pour l’économie irakienne. Cet objectif est finalement assez révélateur de la volonté américaine d’imposer un modèle économique (et donc politique) à l’Irak. On peut ainsi se demander si cette autorité avait le droit d’aller si loin dans les réformes proposées et même discutées alors que, parallèlement, un processus de transfert du pouvoir politique se mettait en place. Dans tous les cas, la situation économique reste encore bien fragile. Outre les problèmes de sécurité qui empêcheront tant qu’ils dureront tout développement durable, il faudra également rattraper le retard économique pris sous Saddam Hussein tout en faisant face aux problèmes classiques d’une économie pétrolière.

 

Eau et pouvoir : la relation stratégique entre l’Irak et la Turquie : Il s’agit d’une étude intéressante qui aborde l’enjeu géopolitique du partage de l'eau entre l'Irak et son voisin immédiat, la Turquie. Le conflit s’articule autour d’une problématique de distribution inégale des eaux communes. Dans le cadre de la situation complexe du Moyen-Orient, l'impact du dossier de l'eau sur la relation stratégique des riverains est significatif. Les acteurs ne cherchent pas seulement à garantir une distribution optimale des eaux communes mais leur objectif ultime réside en l'établissement d'arrangements sécuritaires stables. Ainsi il s’agira de s’interroger sur la nouvelle dimension stratégique du dossier du partage des eaux communes, depuis le bouleversement de l'échiquier régional en mars-avril 2003. Au-delà de la relation directe entre ces deux piliers des dynamiques régionales, il s’agira aussi de soupeser les perspectives de collusion ou de divergences d'intérêts avec le troisième acteur-riverain d’importance -la Syrie- dans le cadre du nouvel ordre stratégique régional.

 

L’Irak : violence, absence de l’Etat et élections : La position des Irakiens vis-à-vis des Américains avant la guerre a changé après la guerre. La neutralisation du régime répressif de Saddam Hussein était un objectif. Cet objectif est devenu plus tard de renvoyer les soldats de l’occupation. La violence est devenu le lot quotidien des Irakiens. Il est certain que les élections législatives ont été un succès du seul fait qu’elles aient eu lieu et qu’elles aient constitué un pas vers la démocratie. Mais quelle est la nature d’une démocratie en l’absence d’Etat, seule condition pour envisager ensuite l’avenir ?

 

L’avenir des Kurdes irakiens : La deuxième guerre du Golfe a plongé l’ensemble du Proche-Orient, dans une période de grand bouleversement et a, du même coup, réactivé la problématique kurde. Partagé entre quatre Etats (Turquie, Syrie, Irak et Iran), le peuple kurde, fort d’une trentaine de millions de personnes, a souffert jusqu’à présent un destin tragique de génocide sinon au moins, de persécutions dans chacun de ces quatre Etats. Il ne cesse de développer cependant une conscience nationale de plus en plus affirmée. Pour la première fois dans l’Histoire il a réussi à constituer au Kurdistan d’Irak une solide autonomie appuyée sur une force militaire non négligeable de quelques 70.000 « Pesh-Mergas » ; en même temps les récentes élections pour l’Assemblée constituante ont démontré que, grâce à leur unité retrouvée, les Kurdes peuvent jouer un rôle décisif dans l’Irak de demain. Bien entendu, ce qui se passe en Irak ne peut être sans répercussion sur les autres fractions éclatées du peuple kurde. Après la solution du conflit israélo-arabe, celle du problème kurde sera la future grande affaire du Proche Orient.

 

La nouvelle dynamique politique et religieuse en Irak : La percée électorale de la communauté kurde dans les dernières élections avait démontré une véritable dynamique des mouvements kurdes. La victoire politique fut celle d’une communauté longtemps distincte mais pas séparée de la société. Or,   aujourd’hui cette communauté a pris une voie sans violence pour devenir une nation, tout en restant un pôle stratégique et crucial pour l’avenir de l’Irak. 

 

La dynamique de la renaissance chiite en Irak : Après le renversement de Saddam Hussein, les Chiites d’Irak ont prouvé qu’ils étaient une force incontournable, le pivot de toute évolution solide. Le grand Ayatollah Sistani s’est révélé être un acteur d’une puissance politique crédible mais elle ne pourra être vue ainsi que s'il pouvait -ou est intéressé à- fusionner les diverses factions politiques chiites dans une force possédant cohésion et cohérence.

 

La mosaïque des Chrétiens d’Irak : Les Chrétiens forment une communauté historique, apostolique et autochtone. Avec leur douzaine d’Eglises, ils témoignent de l’histoire de la théologie chrétienne qui a engendré différentes séparations ecclésiales, ainsi que ralliements à Rome et nouvelles divisions. Minorité faible et éclatée, la communauté chrétienne d’Irak ne représente pas un poids politique important. Mais, pour ceux qui rejettent tout paradigme laïc ou même le paradigme arabe qui a longtemps prédominé, pour y substituer un paradigme radical, cette communauté est un enjeu symbolique. D’où les menaces spécifiques dont elle fait l’objet qui expliquent, après les diverses vagues de départs depuis l’indépendance de l’Irak, un nouvel exode depuis le chaos qui a suivi le renversement de Saddam Hussein.

Irak : Laboratoire de la nouvelle démocratie moyen-orientale : L’instauration de la démocratie est aujourd’hui au cœur de la plupart des problèmes géopolitiques actuels et notamment en Irak. Bien qu’elle soit un idéal à atteindre, les moyens utilisés sont pour quelques uns illégaux. Deux ans après la foudroyante conquête anglo-américaine de l’Irak, censée remodeler le Moyen-Orient tout entier et hisser définitivement la région vers plus de démocratie, de paix et de progrès économiques, force restait de constater combien ladite région retombait déjà dans ses ornières les plus profondes. Loin de réaliser ses objectifs, cette guerre, menée au nom de la démocratie, a au contraire exacerbé le nationalisme arabe dont l’islamisme radical en sera probablement le pathétique vecteur. Au delà des frontières irakiennes, cette guerre n’a rien réglé et a tout aggravé. Déjà l’Afghanistan de l’après 2001 aurait dû offrir une vitrine de démocratie et de prospérité. Mais le pire n’est peut être pas certain. Il faut sortir de la logique d’occupation qui condamne l’Irak à une « libanisation » et les Américains à une présence illimitée dans un pays dont il semble se vérifier qu’ils ne pourront plus le quitter qu’en vaincus.

 

L’ingénierie démocratique appliquée à l’Irak de l’avant et de l’après-guerre : L'ingénierie démocratique est une méthode pacifique et rationnelle de création et promotion de processus démocratiques. Elle est basée sur deux a priori fondamentaux généralement acceptés (la souveraineté appartient au peuple; tous les êtres humains sont égaux en dignité et droits), mais qui sont l'antithèse des fondements de l'ordre mondial. Appliquée spécifiquement à l'Irak, cette méthode scientifique avait permis d'élaborer en 2002 un scénario politique concret et plausible qui aurait permis de se débarrasser de Saddam Hussein, au mieux sans guerre du tout, et au pire, sans guerre préventive créant un dangereux précédent. En tout cas, un gouvernement démocratique provisoire aurait existé dès la chute de Saddam, il n'y aurait pas eu d'occupation, et on aurait gagné plus d'un an, évité les milliers de morts et des dépenses de centaines de milliards. La portée de cette théorie est démontré par le fait que le scénario élaboré en 2002 pour créer le gouvernement démocratique provisoire d'opposition à Saddam est toujours le meilleur plan pour créer une constitution démocratique en 2005. Ce plan
explique comment le peuple Irakien peut négocier un nouveau contrat social et politique, à travers un processus constitutionnel ouvert et transparent.  Il permet à toutes les composantes du peuple Irakien de surmonter leurs traumatismes, à travers une catharsis collective déclenchée par un processus psycho-politique (à valeur pédagogique maximal pour la région).

 

Les Rois saoudiens vision épique d’après et après Jacques Benoist- Mechin : L’essayiste de droite Jacques Benoist-Méchin avait présenté l’essor de la monarchie séoudienne comme une sorte d’épopée. L’amitié américaine, la rente pétrolière, la protection des lieux Saints devaient la stabiliser. Mais l’évolution générale des sociétés musulmanes, les mutations économiques et religieuses modifient ses équilibres internes et internationaux. L’histoire symbolique fait place à l’analyse psychologique et sociologique.

 



[1] Déclaration de Vienne et le Programme d’action, partie I, paragraphe 5.

Ali RASTBEEN

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