E D I T O R I A L

 
 


Lorsque nous avions publié le numéro 5, nous pensions que tous nos espoirs
étaient comblés. Mais, on sait heureux celui qui sait ce qui lui arrivera « demain » : il agira avec prudence et sagesse, et de manière avisée !

Notre premier tour de piste se termine avec la consolidation de notre projet initial d’apporter notre pierre à la construction de la recherche universitaire et à la réflexion géostratégique qui est une science de la défense des hommes et des cultures de civilisations.

Le Conseil scientifique de notre revue a décidé d’établir une parution trimestrielle et a choisi de consacrer ce numéro à la question « Quel avenir pour le Moyen Orient ? ». Le dossier du numéro 7 devrait traiter du sujet « L’Irak et ses voisins » et le numéro 8 étudiera la politique américaine au Moyen Orient. Quant au numéro 9, il abordera la politique européenne au Moyen Orient.

Le numéro que vous avez entre les mains est particulièrement riche, et le fruit d’une activité brûlante. Interviennent ainsi des personnalités reconnues, des spécialistes célèbres, ainsi que des chercheurs respectés qui tout au long de leurs communications ont eu toute latitude pour exprimer leur point de vue autorisé. Au cœur de la thématique de l’avenir du Moyen-Orient les questions suivantes ont été plus particulièrement développées :

  • Le Moyen-Orient comme espace géographique et géopolitique : cette région a été le berceau de la majeure partie de notre humanité contemporaine : écritures, textes juridiques, syncrétismes religieux… ont été découverts et étudiés par d’innombrables spécialistes. Le Moyenorient, comme carrefour entre les trois continents asiatique, africain et européen, n’a cessé, d’autre part, de connaître des révolutions territoriales, au moins depuis deux siècles. Une série de pays y sont sources de conflits religieux ou économiques, ce qui confère au Moyen-Orient le statut d’espace géographique particulièrement instable.

  • L’avenir de l’ةgypte : ce pays, à l’histoire multiculturelle (pharaonique, méditerranéenne et arabe) connaît une solidarité avec l’Umma musulmane mais pas d’identité commune. De plus, ce pays, confronté depuis longtemps à une crise économique, politique, religieuse et sociale et se donnant pourtant une image de « crocodile » coriace, est confronté au risque de la marginalisation sur la scène internationale.

  • Les déstructurations au Moyen-Orient : Une série d’interrogations ne rencontrent à ce sujet que des réponses difficiles. Les guerres israéloarabes ont-elles été favorables à l’ةtat d’Israël ? A quoi servent politiquement et stratégiquement les guerres irako-américaines ? Jusqu’où va aller la prolifération d’armes de destruction massive aux mains d’ةtats appelés « voyous » par les Américains ? Comment pouvoir analyser en un tout une aire géopolitique aussi vaste et hétérogène ? Toutes ces questions appellent des réponses militaires, économiques et religieuses, telle une véritable philosophie de la stratégie.  

  • La guerre du pétrole : dès leurs origines, toutes les civilisations ont connu l’importance du feu et la nécessité de développer cette énergie. Se posent donc, depuis toujours, une série de problèmes de critères concernant son origine géographique, sa rentabilité, le savoir-faire des techniciens, le stockage et le transport tandis que se développent les besoins de l’actuelle société technologique, sans oublier la peur de son épuisement. Un enjeu vital est donc actuel : lutter contre la pénurie et pour la répartition du pétrole, en particulier. Des conflits dans des zones d’affrontement déterminées par les gisements pétroliers sont à prévoir, au moins durant ce siècle.

  • Les perspectives pétrolières et l’Orient : cette région a une importance considérable dans l’approvisionnement énergétique du monde et il convient donc d’étudier les rapports entre acheteurs et fournisseurs de la production en considérant le fait qu’une hausse des prix risque sûrement de se développer en raison des investissements indispensables. Il faut tenir compte également des instabilités politiques dans cette région et du renforcement de la part de marché de l’OPEP et des pays d’Orient. On peut donc retenir l’attente de l’Agence internationale pour l’énergie : « la sécurité énergétique dans un monde dangereux ».

  • Les économies du Moyen-Orient marquées par la malédiction de la rente pétrolière : L’opinion publique commence seulement à s’intéresser au rôle dévastateur joué au Moyen-Orient par la rente pétrolière et également celle du gaz. Une relation malsaine s’établit entre l’économie et les groupes politiques au pouvoir qui utilisent à leur gré les ressources financières. Dans le nouvel ordre mondial, il paraît indispensable de lutter contre cette politique obsolète et inadaptée aux structures démocratiques.

  • Le Grand Moyen-Orient et les défis socio-culturels : Malgré les ressources dues au pétrole, cette région souffre d’analphabétisme, de chômage, etc. sans oublier la marginalisation des femmes. Une approche des valeurs occidentales peut aller du « dialogue des cultures » au « choc des civilisations ». Il est indiscutable que cette région se trouve face à deux défis : modernisation et évolution vers la démocratie. La réponse ne peut être positive que si les pays de la région suivent rapidement le mouvement de l’histoire.

  • Les enjeux géostratégiques dans le grand Moyen-Orient et le Centre asiatique : Dans ce domaine, l’influence des attentats du 11 septembre a été fondamentale avec le développement de l’engagement militaire des ةtats-Unis contre le terrorisme dans cette région, d’une part et l’éventualité d’un conflit entre l’Inde et le Pakistan de l’autre. On observe donc la nécessité, pour les Américains, de protéger leurs intérêts vitaux dans ce continent et de développer un interventionnisme pour faire de l’Inde un gendarme régional face à la Chine. De leur côté, beaucoup d’ةtats, surtout en Europe, n’acceptent pas cette « politique du gazoduc ».

  • Israël parmi ses voisins arabes immédiats : l’échec du plan de partage de la Palestine structure l’histoire de la région depuis des dizaines d’années, avec des conflits continuels dans le Moyen-Orient. Les incertitudes demeurent face aux diplomaties américaine et égyptienne en particulier, tandis que la disparition de Yasser Arafat ne permet pas de mesurer le chemin qui reste à parcourir. Quant à Israël, peut-il redéfinir son identité entre intégrisme et nationalisme ?

  • La pensée politique musulmane contemporaine : Le dix-neuvième siècle a vu se développer tout un courant intellectuel de luttes contre la décadence de l’arabe et pour des plans audacieux de modernisation. On a assisté, peu à peu, à une volonté d’adhésion au système démocratique avec ses valeurs bien comprises -sens de la communauté, égalité, justice sociale…-, le tout abandonnant les modèles stéréotypés et les scolastiques périmées. Toute une tradition française a également influencé de nombreuses personnes, souvent formées à la Sorbonne.

  • La théorie de l’ingénierie démocratique et son application au processus de paix israélo-palestinien : Il s’agit d’une démarche scientifique originale visant à mettre en œuvre les meilleurs moyens pour organiser un processus démocratique de négociation. Elle pourrait s’applique, en particulier, à la création d’une paix durable dans le monde palestinien et avoir des effets positifs dans les rapports entre civilisations.

  • L’impact de la guerre en Irak : Une analyse intéressante montrant que l’antiaméricanisme qui se développe actuellement dans les pays musulmans constitue aussi un mode de contestation des gouvernements en place, considérés comme alliés des « forces du mal ». C’est également un thème mobilisateur pour les islamistes, dont l’influence diminue, surtout en Algérie.

  • L’instabilité actuelle et le maintien de la paix dans le Caucase : l’embrasement politique et militaire dans cette région ne doit pas occulter le retour de la rivalité entre Moscou et Washington, malgré les relations plus ou moins vagues entre les présidents Bush et Poutine, sans oublier l’énorme corruption régnant dans cette région. Des solutions devraient rapidement être trouvées au niveau international, en tenant compte du fait que la présence russe est ancienne dans le Caucase.

Bonne lecture !

Ali RASTBEEN

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