La
Russie et la " nouvelle" Asie centrale
Mohammad-Reza Djalili et Thierry Kellner*Mohammad-Reza Djalili est professur à l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève, Thierry Kellner termine une thèse de doctorat dans ce même institut. Ils publient ensemble un livre sur la Géopolitique de la nouvelle Asie centrale aux Presses univertaires de France (date de publication prévue: été 2001)
La
première préoccupation de la Russie par rapport aux cinq Etats d' Asie
centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Turkménistan et Tadjikistan),
qui ont fait partie de l'URSS jusqu'en 1991, semble être avant tout d'ordre sécuritaire.
En effet, étant donné la position géographique particulière qu'occupe cette
région par rapport au territoire de la Fédération de Russie, Moscou entend
tout d'abord protéger sa sécurité. D'un point de vue stratégique, les frontières
russes avec les républiques d'Asie centrale forment
en quelque sorte, ce que l'on peut appeler
le "ventre mou" de la Russie. La vulnérabilité de Moscou sur
son flanc sud la rend soucieuse d'éviter toute pénétration stratégique d'une
autre puissance dans cette région. La croissance potentielle de l'influence de
l'Iran, du Pakistan, de la Turquie, de la Chine et surtout des États-Unis, de
l'Europe et de l'OTAN constitue autant de menaces auxquelles la Russie est très
attentive[1].
Dans la "conception de sécurité nationale" adoptée en janvier 2000
par la Fédération de Russie, Moscou mentionne comme une menace pesant sur sa sécurité
nationale dans la sphère internationale, les tentatives exercées par d'autres
États "to oppose the strengthening
of Russia as one of the influential centres of a multipolar world, to hinder the
exercise of its national interest and to weaken its position in Europe, the
Middle East, Transcaucasus, Central Asia, and the Asia Pacific Region"[2].
L'Asie centrale, en tant que région géographique, se situe donc au coeur des
préoccupations stratégiques de Moscou qui s'inquiète de l'action d'autres États
visant à y affaiblir son influence. L'action des États-Unis et de l'OTAN par
l'intermédiaire du "Partenariat pour la Paix" dans cette région
semble particulièrement indisposer la Russie. Outre cette crainte fondamentale
de la Russie de voir une autre puissance pénétrer l'Asie centrale, Moscou perçoit
la propagation de l'islamisme radical dans la région comme une menace
essentielle sur sa sécurité prise dans son sens traditionnel, c'est-à-dire
d'un point de vue militaire[3].
Les analystes russes s'inquiètent des conséquences possibles que les conflits
afghan et tadjik pourraient avoir sur l'Asie centrale. Ils craignent en effet
qu'ils ne débordent sur les autres républiques de cette région avant
d'atteindre le territoire de la Fédération de Russie qui abrite une forte
minorité musulmane au Tatarstan, dans le nord du Caucase et au Bashkortostan[4].
A Moscou, on a développé une version russe de la théorie des dominos selon
laquelle la contagion de l'islamisme radical gagnerait le territoire de la Fédération
après avoir infecté l’ensemble de l’Asie centrale. Cette crainte de
l’islamisme radical, bien que réelle chez certains, fait cependant l'objet de
manipulations[5].
Elle est en effet instrumentalisée pour fournir une couverture aux ambitions néo-impériales
de Moscou dans la région. Sur le plan militaire, la Russie est intervenue au
Tadjikistan dans le cadre de la guerre civile qui s'y est déroulée.
Officiellement, Moscou continue d'assurer la protection de la frontière entre
ce pays et l'Afghanistan afin d'éviter la contagion du radicalisme islamiste
baptisé "wahhabisme" dans la région[6].
Sa présence militaire au Tadjikistan permet également à Moscou de rester
physiquement présente en Asie centrale et d'y entretenir son influence.
Du
point de vue de nombreux analystes russes, la défense des frontières extérieures
de la CEI constitue la première ligne de défense de la Russie elle-même[7].
L'Asie centrale est donc considérée comme un maillon important du périmètre
de sécurité russe. C'est pourquoi Moscou a mis l'accent sur la poursuite des
liens militaires avec les nouvelles républiques d'Asie centrale. Son succès
dans ce domaine est mitigé. Si elle assure une présence militaire au
Kazakhstan, au Kirghizstan et au Tadjikistan, l'Ouzbékistan, qui caresse également
des ambitions régionales en Asie centrale, a pour sa part refusé l'établissement
de bases russes sur son territoire alors que le Turkménistan ne compte que des
gardes frontières russes faisant fonctions de conseillers.
En
matière de sécurité prise dans sa dimension militaire, la Russie est
particulièrement concernée par ses relations avec le Kazakhstan. Aux yeux de
Moscou, le territoire kazakh joue un rôle très important dans la défense du
territoire russe. Ce pays constitue en effet une zone tampon, une sorte de
bouclier stratégique destiné à protéger le territoire russe en cas
d'instabilité en Asie centrale mais aussi dans l'éventualité d'une dégradation
des relations avec la Chine[8].
Au regard de la défense du territoire russe, la présence militaire de Moscou
au Kazakhstan, répond aux besoins de la Russie de maintenir son accès à
certaines installations stratégiques (cosmodrome de Baïkonour, système de
première alerte de Balkhash et centre d'essai de missiles de Sary Saghan)
considérées comme essentielles pour surveiller d'éventuels lancements de
missiles provenant du sud ou de la Chine[9].
De nombreux observateurs russes pensent également que l'établissement d'une
nouvelle ligne de défense le long de la frontière kazakh[10]
est irréalisable étant donné sa longueur et les coûts qu'un tel programme
entraîneraient pour une économie russe déjà précaire. Cette situation
implique donc le maintien d'une coopération militaire étroite avec Astana.
C'est pour ces raisons que la Russie a conclu avec le Kazakhstan un traité
d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle dont l'article 3 prévoit
que les deux États coopéreront pour développer une défense commune. Ce traité
a été complété par un accord bilatéral concernant la coopération militaire
en mars 1994. Cette volonté russe se heurte cependant à Astana qui ne désire
pas tomber sous la coupe de Moscou. La mise en oeuvre de ces accords n'a en
effet guère progressé[11].
Le Kazakhstan a en fait cherché à diversifier sa coopération militaire avec
d'autres pays ou organisations régionales comme l'OTAN pour contrebalancer la
pression russe. En matière de sécurité, Astana met l'accent sur la diplomatie
multilatérale pour éviter de rester en tête-à-tête avec Moscou[12].
En
ce qui concerne les intérêts économiques de la Russie dans la zone, il faut
relever le fait que son économie n'est pas dépendante de l'Asie centrale. Au
contraire, c'est l'Asie centrale qui est davantage dépendante de ses relations
avec la Russie. Dans le domaine stratégique de l'énergie, les productions de
la région ne sont pas vitales pour Moscou. En tant que fournisseur, mais aussi
marché pour ses productions, et malgré la forte dépendance de cette région
vis-à-vis de Moscou avant 1991, seul le Kazakhstan parmi les républiques
d'Asie centrale joue encore un rôle dans le commerce extérieur de la Russie.
En 1998, les échanges avec Astana représentaient 4,4% des importations de
Moscou et 2,7% de ses exportations. Le poids du Kazakhstan dans le commerce extérieur
de Moscou n'est donc pas non plus essentiel à l'économie russe. La part des
autres États de la zone dans son commerce extérieur est négligeable.
Dans
le domaine économique depuis l'indépendance des nouvelles républiques, Moscou
a vu son influence s’amenuiser non seulement du fait de l’entrée en scène
de concurrents puissants en Asie centrale mais aussi de sa propre négligence.
La Russie a en effet orienté sa politique sur l'aspect militaire des relations
plutôt que sur l'essor des liens économiques alors qu'elle jouissait dans ce
domaine d'avantages dont elle aurait pu tirer profit. Si la Russie demeure un
partenaire non négligeable pour les États de la zone, son importance dans le
commerce extérieur des républiques centrasiatiques tend cependant à décroître
progressivement comme le montrent les tableaux ci-dessous.
8. Évolution de la part de la Russie dans les exportations des républiques d'Asie centrale 1992-1998[13]
|
|
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
|
Kazakhstan |
- |
- |
42,8 % |
45 % |
41,9% |
33,9% |
35% |
|
Kirghizstan |
29,8% |
- |
- |
23,6% |
26,5% |
21,8% |
16,4% |
|
Ouzbékistan |
- |
- |
40 % |
29,7% |
22,7% |
32,5% |
19,3% |
|
Tadjikistan |
- |
18% |
9,3% |
12,7% |
10,25% |
15 % |
9,35% |
|
Turkménistan |
- |
- |
4,8% |
3,6% |
2% |
7,6% |
6,8% |
9. Évolution de la part de la Russie dans les
importations des républiques d'Asie centrale 1992-1998[14]
|
|
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
|
Kazakhstan |
- |
- |
36,3 % |
49,9% |
54,3% |
46% |
39% |
|
Kirghizstan |
41,2% |
- |
- |
26,8% |
22,01% |
23,8% |
24,3% |
|
Ouzbékistan |
- |
- |
39,5% |
29,9% |
24,45% |
20,6% |
16,1% |
|
Tadjikistan |
- |
15,8% |
11,15% |
16,8% |
11% |
15,6% |
11,2% |
|
Turkménistan |
- |
- |
13,75% |
7% |
11,8% |
13,36% |
9,22% |
L'érosion
de la position russe en Asie centrale dans le domaine économique devrait sans
doute se poursuivre. En effet, comme l’a montré la crise financière de l’été
1998, les républiques centrasiatiques demeurent encore sensibles à la
conjoncture économique russe. Les leçons qu'elles ont tirées de cette crise
les invitent à accroître leurs efforts pour réduire davantage la part de
Moscou dans leur échanges afin d'échapper aux turbulences potentielles qui
pourraient affecter l'économie de la Russie.
De
manière générale, Moscou n'a pas les moyens de rivaliser dans le domaine économique
avec les pays occidentaux ou le Japon. Un ordre de grandeur suffit à rappeler
la supériorité écrasante dont ces derniers disposent dans ce domaine :
en 1998, le PNB de la Russie représentait 5% du PNB américain[15].
Difficile de rivaliser dans ces conditions. Dans le domaine des investissements, la Russie ne peut pas offrir d'alternative aux capitaux
occidentaux. En outre, Moscou manque également des technologies modernes dont
les républiques d'Asie centrale ont besoin pour la production de biens de
consommation courante ou pour l'extraction de leurs hydrocarbures. Aux yeux de
la Russie, le Kazakhstan demeure néanmoins un fournisseur important pour
certaines entreprises russes dépendantes de ses productions minérales
(chrome, zinc, manganèse, titane, plomb, uranium, bauxite,...). Cette dépendance
ne doit cependant pas être trop exagérée. Dans le domaine des communications,
l'indépendance du Kazakhstan gêne également Moscou. En effet, les principales
routes reliant la Russie d'Europe aux régions orientales du pays traversent le
territoire du Kazakhstan. La ligne principale du transsibérien parcourt également
environ 100 km au Kazakhstan, alors que les deux autres lignes de ce chemin de
fer entre la Russie d'Europe et la Sibérie, situées plus au sud encore,
traversent respectivement 700 km et 1200 km de territoire kazakh. En somme, le
trafic entre les parties occidentales et orientales de la Russie dépend du
Kazakhstan. La même constatation vaut également pour la transmission de l'électricité
entre ces deux parties du territoire russe.
C'est donc davantage le Kazakhstan que l'Asie centrale dans sa totalité
qui intéresse Moscou en terme de sécurité économique[16].
Si
l'économie russe ne dépend pas véritablement de l'Asie centrale en terme de sécurité,
on peut toutefois noter que les perspectives d'exploitation des richesses du
bassin de la Caspienne, -c'est-à-dire celles du Kazakhstan, de l'Azerbaïdjan
et du Turkménistan-, pourraient néanmoins l'affecter. En effet, les
productions de la Caspienne pourraient entrer en concurrence avec celles de la
Russie sur le marché international de l'énergie[17].
Cette perspective inquiète Moscou dont 40 à 45% des recettes en devises
proviennent de ses exportations de pétrole et de gaz. Bien qu'il faille encore
attendre beaucoup de temps avant que cette situation ne se concrétise, la
Russie ne peut toutefois pas se désintéresser de ce problème.
C'est pourquoi elle a pesé de tout son poids depuis le milieu des années
1990 pour s'assurer que les productions de la Caspienne seront transportées à
travers son territoire, ce qui lui permettra non seulement de les contrôler et
donc d'assurer le maintien de son influence sur la région mais aussi d'en tirer
des revenus importants sous
forme de droits de transit. Ce choix russe consistant à insister pour que les
pipelines de désenclavement des productions de la Caspienne passent par son
territoire et les pressions concomitantes exercées par la Russie pour atteindre
cet objectif ont entraîné des réactions hostiles des États de la région qui
ont essayé, avec le soutien de Washington et d'Ankara, de trouver des
solutions, -avec pour le moment des résultats mitigés-, pour échapper à
l'influence de Moscou. En ce qui concerne la mise en valeur des richesses de la
Caspienne, la politique de la Russie a oscillé entre l'accent mis sur ses intérêts
stratégiques et la volonté de ses compagnies pétrolières de participer aux
projets de développement des hydrocarbures. Les choix du ministère russe des
Affaires étrangères ont été principalement guidés par une analyse stratégique
traditionnelle dont l'objectif était de conserver à la Russie sa sphère
d'influence dans la région et de la protéger contre les empiétements des
autres acteurs, -principalement des États-Unis et de la Turquie-, alors que le
ministère russe de l'énergie, lié aux compagnies pétrolières et gazières
de la Fédération soutenues par les dirigeants des provinces russes bordant la
mer Caspienne, a plutôt favorisé la participation de la Russie au développement
du potentiel caspien pour des raisons économiques[18].
Les options contradictoires de ces deux coalitions d'intérêts au sein du
pouvoir russe se sont heurtées à de nombreuses reprises[19].
Cet éclatement des intérêts au sein des différents ministères russes
expliquent le caractère erratique de la politique de Moscou à l'égard de la
zone. Comme le soulignait un auteur, contrairement à ses homologues européens
ou américain, le ministère russe des Affaires étrangères n'a jamais complètement
soutenu ses compagnies pétrolières dans la région de la Caspienne[20].
C'est en partie pour cette raison que les compagnies américaines et
britanniques sont aujourd'hui les principaux acteurs dans cette zone, les
compagnies russes arrivant seulement en troisième position[21].
Ainsi en Azerbaïdjan, les sociétés russes ne sont parties qu'à 6 des 19
contrats signés par Socar entre 1994 et 1999 pour le développement conjoints
des secteurs offshore du pays[22].
Quant à la question des voies de désenclavement pour les productions de la
Caspienne, elle n'est toujours pas réglée définitivement comme nous le
verrons.
Au
regard de l'Asie centrale, en dehors des menaces liées à la conception
traditionnelle de la sécurité que nous avons évoquées, Moscou est également
confrontée à de nouveaux risques dont certains ne sont que des risques
potentiels alors que d'autres sont bien réels[23].
Sans entrer dans le détail, on citera pêle-mêle, les répercussions
potentielles d'un conflit entre populations russes et kazakhs au Kazakhstan ou
l'afflux de réfugiés en cas de déstabilisation de la zone. En ce qui concerne
les risques déjà actualisés, on peut citer l'essor du trafic de la drogue en
provenance de l'Afghanistan à travers l'Asie centrale et du crime organisé qui
l'accompagne ainsi que la dégradation de l'environnement avec répercussions
transfrontalières, notamment en mer Caspienne.
Outre
cet ensemble de questions liées à la sécurité, on retiendra que la contiguïté
géographique, la présence d'une diaspora russe importante en Asie centrale,
-surtout au Kazakhstan et au Kirghizstan, ainsi que l’héritage impérial sont
autant de facteurs qui invitent la Russie à ne pas se désintéresser de cette
zone. Paradoxalement, au moment de l'effondrement de l'URSS, Moscou n'a guère
prêté d'attention à sa périphérie centrasiatique. Le premier projet de
regroupement entre États issus de l'ex-URSS ne visait en fait que les républiques
slaves, démontrant ainsi la préférence des nouveaux gouvernants russes pour
une union avec ceux qu’ils considéraient comme historiquement et ethniquement
proches. Les gouvernants russes qui
orientaient prioritairement la politique extérieure de la Fédération de
Russie en direction de l'Occident à l’époque, considéraient en fait
l’Asie centrale comme un fardeau qui pourrait freiner le redressement économique
mais aussi l’ancrage européen de la Russie. Ils se méfiaient également des
élites conservatrices de la région qui risquaient de collaborer avec les
nostalgiques de l’URSS en Russie même. Les premiers moments de la politique
extérieure de la Fédération ont donc été marqués par le désintérêt et
la négligence vis-à-vis d’un espace que les Russes considéraient d'ailleurs
comme essentiellement arriéré et culturellement étranger. La période de la
"Perestroïka" n'avait guère contribué à transformer l’image négative
qui s’attachait à la région. Au contraire, les scandales qui ont éclaboussé
l'Asie centrale à cette époque avaient encore renforcé les préjugés
existants[24].
Il n'est donc guère étonnant que dans un premier temps, les gouvernants russes
aient été tentés de prendre leur distance par rapport à une zone considérée
comme semi-féodale, conservatrice et corrompue. Contrairement à Moscou, au
moment de l’effondrement de l’URSS, les républiques centrasiatiques, désemparées,
vont privilégier le maintien de liens avec l’ancienne métropole. La dépendance
des républiques dans le domaine économique les pousse dans cette direction.
Conscient du problème que constitue la forte minorité russe présente sur le
territoire de la nouvelle république kazakhe, le président Nazarbaev sera le
plus ardent défenseur du maintien de l’Union puis d’une intégration
au sein de la Communauté des États indépendants[25].
Alors que dans la période qui suit l'indépendance de la région, le
gouvernement russe erre à la recherche d’une politique à l’égard de
l’Asie centrale, des voix s’élèvent rapidement en Russie pour demander une
réévaluation de la politique étrangère à l’égard de l'ancienne périphérie
en général. Les débats entre "atlantistes" et
"eurasianistes", renvoyant aux polémiques de la Russie du XIXème siècle
entre "slavophiles" et "occidentalistes", se développent
ainsi dès les mois de mars et d’avril 1992. Si on suit le point de vue de S.
Gretsky, la distinction souvent opérée dans l’analyse occidentale entre ces
deux courants ne doit d’ailleurs pas être exagérée. Les deux camps considèrent
la Russie comme un État eurasiatique et partagent ce que l’auteur nomme une
"mentalité impériale" à l'égard des nouveaux États nés de
l'effondrement de l'URSS[26].
Les deux camps vont d’ailleurs rapidement atteindre un consensus et adopter
une approche plus interventionniste à leur
égard. Le 15 mai 1992, le Traité de Tachkent fournit un cadre
organisant la coopération russo-centrasiatique en matière de défense. Le
Turkménistan refuse cependant d’y adhérer. Ce traité symbolise l’intérêt
des militaires russes à préserver un espace commun de défense relativement
stable pour répondre aux inquiétudes stratégiques de la Russie. Les ambitions
russes dans le domaine de la défense commune se heurteront, nous l'avons vu, à
la crainte des dirigeants d’Asie centrale de voir la Russie dominer les forces
armées communes de la CEI mais aussi aux ambitions de l’Ouzbékistan qui
souhaite mettre sur pied ses propres forces militaires avant toute intégration
avec d’autres États. En 1994, un auteur notait cependant que les États
d’Asie centrale, principalement l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, demeuraient
les meilleurs soutiens au renforcement de la CEI mais sur un pied plus équitable[27].
Si les élites d'Asie centrale se sont faites l'avocat de la formation d'une
sorte de commonwealth la première année de l'indépendance, elles
n'entendaient cependant pas
abandonner leur souveraineté politique au profit d'une réintégration[28].
Ce qui les intéressait en priorité, c'était le maintien du soutien économique
et militaire de Moscou[29].
Le problème pour les dirigeants d'Asie centrale était de
savoir
comment utiliser la puissance russe à leur propre profit tout en évitant de
retomber sous l'hégémonie de la Russie. La recherche de cet équilibre
explique sans doute les fluctuations dans les relations entre Moscou et les
nouvelles républiques. Dans les années qui ont suivi l'indépendance, on a en
effet assisté à des phases de rapprochement mais aussi d'éloignement entre
les États d'Asie centrale et leur ancienne métropole. Pour certains analystes,
la politique étrangère de la Russie à l’égard des États de l’ex-URSS a
pour sa part oscillé entre une tentation isolationniste latente et une attitude
néo-impériale visant à rétablir sa prédominance dans la zone[30].
L’influence contradictoire de ces deux tendances, ainsi que la compétition
entre différents groupes d’intérêts et lobbies en Russie, expliqueraient le
caractère erratique de sa politique étrangère. Cependant, influencé par les
développements tragiques de la situation au Tadjikistan et soumis à la
pression des cercles militaires, le gouvernement russe va s'orienter de manière
croissante pour le rétablissement de l’influence de la Russie en Asie
centrale[31].
Le conflit tadjik fournit à Moscou l’occasion d’envoyer ses troupes en décembre
1992 dans l’ancienne république soviétique pour y maintenir la paix et pour
surveiller la frontière avec l’Afghanistan[32].
En hiver 2001, les troupes russes stationnent toujours sur le territoire tadjik.
La
tendance au rétablissement d’une sphère d’influence en Asie centrale va être
accélérée par la perception croissante au sein des élites que la réduction
de la présence russe en Asie centrale profite à d’autres États au détriment
des intérêts de Moscou et par la méfiance grandissante au sein des cercles
dirigeants à l’égard des intentions des Occidentaux. La politique russe
devient plus menaçante à l'égard des républiques de l'ex-URSS au cours des
années 1993-1994. La Russie va s'octroyer le droit d'intervenir dans les
nouvelles républiques au nom de la protection des minorités russes.
A partir de novembre 1993, à travers sa nouvelle doctrine militaire,
Moscou s'attribue la responsabilité de protéger les frontières extérieures
de la CEI. Un article de 1994 signé par Andranik Migranian, alors membre du
Conseil présidentiel de B. Eltsine, considère que l’espace de l’ex-URSS
que Moscou baptise désormais "étranger proche" (blizhnee
zarubezh’e) est vital pour la Russie[33].
Le remplacement du ministre des Affaires étrangères A. Kozyrev par E. Primakov
en 1995 symbolise l’attitude plus autoritaire de Moscou à l’égard de la région.
La politique russe se heurte néanmoins à la résistance des États d’Asie
centrale. Si en 1991, ils étaient favorables au maintien des liens avec Moscou,
dès le milieu des années 1990, la situation a changé. Les élites aux
pouvoirs ne sont plus désireuses de retomber sous la coupe de la Russie.
L’Ouzbékistan et le Turkménistan vont favoriser l’autonomie alors que le
Kazakhstan et le Kirghizstan vont s'efforcer de diversifier leurs relations extérieures.
Du fait de l'aide russe, le Tadjikistan, confronté à la guerre civile va
demeurer pour sa part plus dépendant à l'égard de Moscou. Le retour de la
Russie en Asie centrale ne s'est pas concrétisé, au contraire, les Républiques
d'Asie centrale ont résisté à la pression parfois très forte de Moscou à
leur égard et ont réussi à diversifier leurs relations extérieures,
transformant la Russie en un acteur parmi d'autres sur la scène régionale. Le
projet de Communauté des États indépendants imaginé par Moscou comme un
instrument destiné à favoriser son influence sur la zone est lui-même un échec[34].
De même, l'union douanière créée en 1994 entre la Russie et la Biélorussie,
élargie en 1995 au Kazakhstan, en 1996 au Kirghizstan et en 1998 au Tadjikistan
n'a pas véritablement conduit à une plus grande intégration[35].
Du fait de sa perte de contrôle et d'influence dans la région de la Caspienne,
Moscou connaît cependant depuis le début de l'année 2000 un regain d'intérêt
pour l'Asie centrale[36].
En Russie, on a en effet l'impression d'avoir été privé de ses zones
d'influence traditionnelles par le jeu de la politique occidentale et américaine
en particulier. Un groupe d'experts russes du Conseil de politique étrangère
et de défense relevaient dans une étude de la Fondation Carnegie que la
plupart des élites russes considèrent "la
politique américaine envers la CEI, y compris dans la région de la mer
Caspienne et dans le Caucase, comme fondamentalement anti-russe"[37].
Pour
répondre à ce défi posé par les orientations de la politique américaine
dans un espace géographique que Moscou considère comme vital, la Russie a pris
une série de mesures durant la première moitié de l'année 2000. C'est ainsi
que la nouvelle doctrine guidant la politique étrangère de la Russie sous la
présidence de V. Poutine a été rendue publique le 10 juillet 2000 par Igor
Ivanov[38].
Elle complète les doctrines militaire[39]
et stratégique[40]
adoptées au cours du premier semestre 2000 et remplace la "doctrine
Kozyrev" édictée le 23 avril 1993. Cette nouvelle doctrine, dont le ton révèle
une orientation anti-américaine, a cependant été qualifiée de
"pragmatique" par le président russe. Son objectif est d'aider à résoudre
les problèmes internes de la Russie. Les commentateurs ont toutefois relevé la
contradiction entre le caractère "pragmatique" de la doctrine mis en
avant par le président russe et la lutte contre l'hégémonisme américain qui
apparaît dans les trois documents rendus publics au cours de l'année 2000[41].
L'équilibre entre les deux objectifs sera sans doute délicat à instituer. De
manière générale, la nouvelle doctrine engage la Russie dans une sorte de
retrait géopolitique. Elle devrait ouvrir une période de
"recueillement", pour reprendre l'expression appliquée à la
politique française à la suite de la défaite de 1870, où la priorité
devrait être donnée à la protection des intérêts de la Russie, non de ses
intérêts fantasmés, mais de ses intérêts concrets. Cette orientation générale
ne semble pas exclure dans l'esprit de ses initiateurs le fait que Moscou
entende néanmoins conserver une zone d'influence où elle disposerait d'alliés
sûrs. Un des objectifs essentiels définis dans la nouvelle doctrine est ainsi
l'établissement d'une ceinture d'États amis, d'une sorte de glacis de
protection autour de la Russie. Cette "aire d'importance vitale" pour
Moscou couvre en fait le territoire de l'ex-Union soviétique[42].
Les relations entre Moscou et les États de la CEI demeurent une des priorités
essentielles de la politique extérieure de la Russie telle que définie par le
document. Dans le cadre de la CEI, la doctrine révèle cependant une conception
où l'intégration politique ne semble plus être l'idée fixe défendue par le
Kremlin. Elle mentionne en effet l'idée d'une intégration "à
vitesses et niveaux différents" au sein de la CEI. Une telle
conception ouvre en théorie la voie au pragmatisme. La nouvelle doctrine énonce
par ailleurs que les "relations
pratiques [de la Russie] avec
chacun de ces États [de
la CEI] doivent se baser sur leur volonté
réciproque de coopérer, de leur disponibilité de prendre en considération
les intérêts de la Fédération de Russie, y compris pour ce qui est la
garantie des droits des compatriotes russes". Ici, les choses
deviennent plus complexes, les "intérêts de la Russie" pourraient ne
pas coïncider avec ceux des États de la CEI. Quelles seront alors les réactions
de Moscou ?
Quoiqu'il
en soit, au regard de l'Asie centrale, Moscou a adopté au cours de l'année
2000 une ligne d'action consistant à offrir sa protection militaire en échange
d'une alliance géopolitique. C'est en tout cas le sens des nouvelles relations
qui se sont tissées avec l'Ouzbékistan depuis le début de l'année 2000.
Alors que Tachkent était le plus réfractaire des États de la région à l'égard
des aspirations de Moscou en Asie centrale, le président Islam Karimov a entamé
un rapprochement avec la Russie dès le mois de janvier 2000. En mars, Tachkent,
tout comme Bichkek et Douchanbé, a accepté d'accroître sa coopération bilatérale
avec Moscou dans le domaine de la défense aérienne commune[43].
La visite du président russe en Ouzbékistan en mai de la même année a
rapproché semble-t-il davantage encore les positions. Bien qu'il faille rester
prudent quant aux arrières-pensées du Président Karimov, ce dernier aurait néanmoins
déclaré reconnaître que la Russie avait des intérêts en Asie centrale et
qu'elle continuerait à en avoir dans le futur. Parallèlement à cette déclaration,
il aurait critiqué l'attitude d'Ankara visant à prendre la place de Moscou
comme "frère aîné" de Tachkent[44].
L'attitude ambigüe de l'Ouzbékistan dans ses relations avec Moscou reflète le
dilemme auquel il est confronté. A ses ambitions régionales en Asie centrale,
s'oppose la nécessité de ne pas contrecarrer trop directement Moscou pour éviter
ses foudres. Tachkent entend également bénéficier de l'aide russe en cas de
problème non seulement face à une menace externe, -en l'occurence les
talibans-, mais aussi interne, à savoir une opposition politique qui pourrait
inquiéter le pouvoir de I. Karimov. Ces considérations poussent donc le Président
ouzbek à accepter, jusqu'à un certain point, le regain d'intérêt de Moscou
dans la région. Plutôt que de s'opposer aux visées russes, I. Karimov préfère
sans doute les accompagner pour mieux les limiter.
Pour
assurer le rétablissement de son influence sur la région, les dirigeants
russes jouent pour leur part sur le sentiment d'insécurité présent en Asie
centrale, ils instrumentalisent la menace islamiste et se posent en garants de
la stabilité de la région[45].
La situation afghane, de même que les incursions d'éléments islamistes durant
l'été 1999 et à nouveau dans la même saison en 2000 au Kirghizstan et en
Ouzbékistan, ont favorisé cette
stratégie russe. L'Afghanistan des talibans est présenté par Moscou comme un
centre du terrorisme international et une menace sérieuse pour la région. Le
porte-parole du Kremlin, Sergei Yastrzhembsky, a ainsi déclaré, sans toutefois
apporter de preuve, qu'un accord avait été conclu à Mazar-i-Sharif entre les
talibans, le président tchétchène Aslan Maskhadov, le terroriste
internationalement recherché Usama bin Laden et Djuma Namangani, dirigeant du
Mouvement islamique d’Ouzbékistan (IMU)[46].
Cette version, démentie par le président tchétchène, permet à Moscou de
rappeler opportunément aux États d'Asie centrale, spécialement à l'Ouzbékistan,
la menace que fait peser l'Afghanistan sur leur sécurité. Suivant la même
ligne, au printemps 2000, la Russie a menacé de bombarder le territoire afghan.
Parallèlement, elle en a profité pour renforcer sa présence militaire au
Tadjikistan. Les victoires militaires des talibans à l'automne 2000, en
accroissant le sentiment de menace en Asie centrale, ont également permis à
Moscou de mettre à nouveau l'accent sur la coopération militaire avec les républiques
centrasiatiques lors du sommet de Bichkek réuni en octobre 2000[47].
Aux yeux de Moscou, la menace islamiste doit lui permettre de regagner le
terrain perdu en Asie centrale grâce à la coopération militaire renforcée
avec les États de la zone[48].
Au-delà d'une protection contre cette menace islamiste plus imaginaire que réelle,
Moscou offre plus fondamentalement son soutien aux régimes autoritaires d'Asie
centrale dans leur lutte contre la "menace islamique" présente sur
leur territoire[49],
"menace islamique" servant en fait d'alibi, -comme en Ouzbékistan-
pour boucler l'espace politique et interdire toute opposition au régime en
place. Face aux critiques croissantes de l'Occident en matière de droits de
l'Homme et de déficit démocratique, Moscou offre en fait à ces régimes
autoritaires une garantie quant à leur survie. La décision d'établir un
centre de lutte anti-terroriste à Bichkek, adoptée lors du sommet de Douchanbé
réunissant les cinq États du groupe de Shanghai, pourrait fournir une base
supplémentaire à la collaboration russo-centrasiatique dans ce domaine[50].
De manière générale, en matière de sécurité, il est clair que Moscou
dispose d'avantages sur Washington. Comme le remarquait un diplomate américain,
"imaginez que l'on demande au Congrès
d'envoyer des troupes en Asie centrale pour aider à garantir la sécurité dans
la vallée du Ferghana ou à la frontière de l'Afghanistan ?"[51].
Grâce à sa politique, Moscou semble avoir engrangé un certain nombre
de succès ces derniers temps. Mais ces efforts se heurtent néanmoins aux réticences
plus ou moins affichées des dirigeants d'Asie centrale. S’ils sont en fait désireux
de bénéficier du soutien politique et militaire de Moscou, ils se méfient en
même temps des arrière-pensées de la Russie. Ainsi, malgré ses demandes
d'aide militaire russe, Islam Karimov a rejeté
à plusieurs reprises l'idée d'une présence de troupes de Moscou sur le
territoire de la république[52].
Les discussions entre le président ouzbek et les talibans à l'automne 2000
sont également la preuve de son pragmatisme mais aussi de sa méfiance à l'égard
des ambitions russes. Le chef de l'État ouzbek voudrait en fait trouver une
sorte de modus vivendi avec
Kaboul afin que les talibans limitent leur soutien à l'opposition islamiste
ouzbek, mais aussi pour empêcher Moscou de réinvestir la zone au nom de la
lutte contre le radicalisme islamique[53].
Le président ouzbek se méfie également de l’assistance que Moscou et aussi
Téhéran pourraient apporter à Ahmad Shah Massoud -qui est d’origine
tadjike-. Il craint en effet de voir se renforcer un nationalisme tadjik qui
pourrait contester à l’Ouzbékistan la possession des villes de Samarcande et
de Boukhara. Enfin, le président Karimov n'entend de toute façon pas laisser
la Russie occuper la place qu'il s'est réservée en Asie centrale. De manière
générale, les dirigeants centrasiatiques ne sont pas prêts à hypothéquer
leur indépendance et leur liberté d'action pour prix du soutien russe. Dans
une perspective à plus long terme, le retour de la Russie en Asie centrale se
heurte également à d'autres facteurs. En temps qu'ancienne puissance
coloniale, elle jouit d'une image mitigée en Asie centrale. L'héritage de la période
soviétique, en termes de pollution et de dégradation de l'environnement, est
par exemple un élément qui joue en sa défaveur. De même, son soutien à des
régimes autoritaires pourrait à terme entraîner l'hostilité de franges des
populations locales. Avec l'ouverture sur le monde et le développement des
moyens de communications modernes, les habitants d'Asie centrale sont de plus en
plus influencés par d'autres modèles que celui qu'offre la Russie. Étant donné
la profonde crise que traverse la Russie elle-même, on peut d'ailleurs se poser
la question de savoir si Moscou offre véritablement un modèle capable de séduire
les populations centrasiatiques. Les regards en Asie centrale ne se tournent désormais
plus uniquement vers la métropole russe. Un des instruments privilégiés pour
la perpétuation de l'influence de la Russie, à savoir l'utilisation de la
langue russe, tend du reste à s'effacer lentement au profit de l'anglais. Les
élites d'Asie centrale préfèrent aujourd'hui envoyer leurs enfants se former
aux États-Unis ou en Angleterre plutôt qu'en Russie. On peut enfin
s'interroger sur la capacité et les moyens dont dispose Moscou pour assurer la
pérennisation de son influence dans la région. Il est clair que dans le
domaine économique, ses moyens sont limités. La Russie a beaucoup moins à
offrir que les pays occidentaux.
L'évolution de la situation en Russie influencera cependant dans une large mesure les orientations politiques des pays de l’Asie centrale. Si Moscou ne dispose certes pas des moyens d’assurer sa mainmise totale sur la région, elle conserve cependant encore des atouts dont le premier est la faiblesse relative des États de la région par rapport à elle. L’argument de sécurité sur lequel joue Moscou pour maintenir son influence n’est d’ailleurs pas totalement dénué de fondements. Le Tadjikistan par exemple dépend d’elle pour assurer la surveillance de ses frontières avec l’Afghanistan. On peut se poser la même question à propos du Turkménistan. De même, des pays comme le Kirghizstan ou le Kazakhstan peuvent être tenté de recourir à Moscou si la pression de Pékin se fait un jour trop forte. Par ailleurs, le Kazakhstan est pour sa part fragilisé par la présence d'une forte minorité de russophone vivant à l’Est et au Nord du pays. Cette fragilité impose la prudence au Kazakhstan dans ses relations avec Moscou. Seul l’Ouzbékistan, pourrait avoir les moyens de contrebalancer Moscou dans une certaine mesure. Brzezinski a fort justement résumé la situation de la Russie au regard de l’Asie centrale. Pour lui en effet, "Russia will be too weak to reimpose its imperial domination but too powerfull to be excluded"(54).
Pour
des raisons géographiques, historiques, culturelles, ethniques et stratégiques,
la Russie va utiliser les moyens dont elle dispose pour essayer de protéger ses
intérêts dans la région. Le profil bas adopté par les dirigeants
centrasiatiques depuis l’élection de V. Poutine démontre que les capacités
russes sont perçues dans la région comme suffisamment solides pour que les républiques
d’Asie centrale évitent de provoquer Moscou trop directement et qu'au
contraire elles essayent d'entretenir
les meilleures relations possibles avec l'ancienne Métropole.
[1] BLUM, D.W., "Domestic Politics and Russia's
Caspian Policy", Post-Soviet Affairs, vol. 14, n°2, 1998, pp.
137-164.
[2] Voir les exemples cités in PEUCH, J.-C.,
"Caspian Sea Oil : The Role of Private Corporation", The
Fletcher Forum of World Affairs, vol. 22, n°2, Summer/Fall 1998, p. 30.
[3] PEUCH, J.-C., "Caspian Sea Oil : The Role of
Private Corporation", op. cit., p. 29.
[4] NANAY, J., "The Industry's race for the Caspian Oil Reserves", in Caspian Energy Resources. Implications for the A