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Académie de Géopolitique de Paris
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Géostratégiques N° 31
COMPLEXITÉS
BALKANIQUES

EDITORIAL : COMPLEXITÉS
BALKANIQUES
C’est seulement à partir du xve siècle que le mot Balkan (montagne boisée en
langue turque) a été utilisé pour désigner les montagnes qui traversent la Bulgarie
d’est en ouest. On a là un arc de cercle de près de 500 kilomètres qui va de la mer
Noire aux Portes de fer.
L’expression péninsule des Balkans a été utilisée, quant à elle, pour la première
fois en 1808 par le géographe allemand Johann August Zeune qui pensait, à tort,
que les monts Haemus s’étendaient sur toute l’Europe du Sud-Est. Malgré les critiques
formulées depuis cette époque par de nombreux géographes, on désigne toujours
par Balkans une zone comprise entre la mer Noire à l’est et la Méditerranée
au sud et à l’ouest. Les pays qui composent les Balkans sont alors l’Albanie, la
Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie
et la Slovénie dans leur partie ouest. Les Balkans orientaux consistent, eux, en la
Bulgarie, la Roumanie et la Turquie. Enfin, la Grèce appartient à la zone balkanique
méridionale, même si, jusqu’au xixe siècle, les îles proches de la côte asiatique
étaient considérées comme turques.
En matière géographique, les Balkans représentent une aire de 550 000 kilomètres
carrés dont la limite au nord serait fixée par les fleuves Danube-Save-Kupa.
La majeure partie de la péninsule est très montagneuse, l’altitude moyenne de
500 mètres n’empêchant pas le sommet bulgare de Rila d’atteindre les 2 925 mètres
et le mont Olympe, grec, les 2 919 mètres..
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Pr. Jacques BARRAT |
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Janvier 2005 - N°6
Quel avenir pour le Moyen Orient ?
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| Les Balkans et la balkanisation
La presqu’île des Balkans, située au sud-est de l’Europe, a été depuis longtemps
le point de contact au Moyen-Orient avec le continent asiatique. Dans l’histoire
des relations permanentes entre l’Asie et l’Europe, son rôle géopolitique a
toujours été préservé. Avant l’apparition de l’islam, au summum de la puissance
de l’Empire sassanide en Iran, Constantin, empereur de Rome, a établi sa capitale
militaire, Constantinople – l’actuelle Istanbul –, dans les Balkans, au point de jonction
des deux continents. Peu de temps après, Byzance et le califat islamique sont
devenus voisins (1). Enfin, à la suite des croisades et de l’incitation à l’émigration
des tribus turques pour participer au djihad dans l’Ouest de l’Asie, le sultan ottoman
Ghazi (1324-1258) a instauré son pouvoir sur les vestiges des luttes entre le
sultan seldjoukide et Byzance. Ses successeurs, après avoir conquis Constantinople
en 1453, se sont avancés dans les Balkans jusqu’aux portes de l’Autriche. Cette
domination a duré cinq siècles. L’indépendance de la Serbie en 1866 a marqué
le début de la retraite des Ottomans de l’Europe. Suite au traité de Londres en
1913, le territoire ottoman des Balkans s’est réduit à la province d’Istanbul. Après
la Première Guerre mondiale, suite au traité de paix de Sèvres avec l’Angleterre et
la France en 1920, la province d’Istanbul dans les Balkans a été préservée par la
République turque (qui a succédé à l’Empire ottoman), ce qui constitue l’argument
actuel pour l’entrée de la Turquie dans la Communauté européenne.
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Ali RASTBEEN
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Le peuplement Balkanique, un kaléidoscope Géopolitique
Comme toute région du monde, les Balkans se caractérisent par un territoire et un peuplement. Ses limites géographiques sont souvent considérées comme celles des territoires que l’occupation de l’empire ottoman, pendant quatre siècles, éloigna du reste de l’Europe. D’autres définitions s’appuient sur les régions ayant connu l’influence de l’église orthodoxe à l’époque byzantine, même si certaines populations ont été islamisées à partir du XIVe siècle. Ce simple essai de définition montre déjà plusieurs approches territoriales possibles. Pour les années 2010, choisissons comme limites des Balkans neuf États, soit l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie. Quant au peuplement de cette région, en 1932, Albert Londres, le père du journalisme d'investigation, démontrait la grande difficulté à le comprendre. Est-il possible de le démentir ?
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Recteur Gérard-François DUMONT
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| Limites et frontières dans les Balkans, de l’Empire romain à nos jours
En ce printemps 2011, il convient d’être conscient que presque toutes les frontières
des États balkaniques sont artificielles. Cela s’explique par l’histoire mouvementée
des territoires et des peuples de cette région, depuis l’époque romaine.
Les Balkans sont occupés par les Romains dès la fin du 1er siècle avant J.-C. Sous
le titre d’Illyrie et de Mésie, c’étaient des provinces impériales dès le temps d’Auguste
et elles marquent les frontières de l’Empire le long de la Save et du Danube. À
la hauteur du Monténégro est apparue une nouvelle province, sénatoriale celle-là,
la Macédoine ; la province sénatoriale d’Achaïe avait pour limite une ligne allant de
Corfou aux Thermopyles.
Dans les frontières de l’époque préottomane, au temps de Dioclétien (284-305), les diocèses balkaniques de l’Empire romain portaient les noms suivants :
Dalmatie (dépendant de la préfecture d’Italie), Mésie, Dacie, Dardanie, Épire et
Macédoine (dépendant de la préfecture d’Illyrie). Il y avait aussi les diocèses d’Épire
ancienne, de Thessalie et d’Achaïe. Il n’est pas inintéressant de noter qu’aucun de
ces territoires ne marque une frontière contemporaine, à la différence de ce qui se
passe en Occident. Entre le diocèse d’Espagne et le diocèse de Vienne sur Rhône, la
limite est l’actuelle frontière entre la France et l’Espagne. Il en est de même entre la
préfecture des Alpes-Maritimes et les Alpes Cottiennes.
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Professeur F. G. DREYFUS
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| Les Balkans, carrefour stratégique
LCette péninsule au sud-ouest de l’Europe a toujours eu une réputation
justifiée d’instabilité, de relations conflictuelles et de morcellements territoriaux
reflétés par le qualificatif « balkanisé », qui traduit assez justement l’état de cette
région aujourd’hui.
Un rappel historique
Dans son dernier ouvrage, 1917. L’Année des occasions perdues, François-Georges
Dreyfus brosse un tableau, hélas véridique, des conséquences de l’échec des négociations
de paix cette année-là. Il en fut ainsi notamment de la tentative de médiation
du pape Benoît XV à laquelle s’opposa le président des États-Unis Woodrow
Wilson, notamment ennemi du « papisme » et qui devait, après l’intervention américaine,
influencer le calamiteux traité de Versailles dont Jacques Bainville, dans
Les conséquences politiques de la paix, devait démontrer le fatal enchaînement qui
conduira à la Seconde Guerre mondiale. L’une des dispositions essentielles dudit
traité fut la disparition de l’Empire austro-hongrois, laissant une Allemagne, désormais
république unifiée, dominer de son poids humain et économique toute l’Europe centrale, désormais constituée de nouveaux États faibles ou composites,
tels la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie.
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à suivre
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André PERTUZIO
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| La mort ou l’échec de la défense européenne dans les Balkans ?
Poser le libellé du titre de cette très courte étude à l’interrogatif revient à
y répondre. Non seulement il n’y a pas eu de défense européenne dans les Balkans
durant les guerres qu’ils ont subies dans la décennie 1990, mais, de fait, l’Europe
institutionnelle a été à peu près absente du conflit, a fortiori, de son appareil de
défense. Qu’il y ait échec, assurément donc ! Mort peut-être pas, parce que, si mort
ou inexistence il y a, de toute défense européenne durant les guerres balkaniques,
ce qui est un constat, en revanche, la leçon d’une nécessité de bâtir cette défense
aurait pu être tirée.
À cet effet, est dressé un bilan de ce qu’il en est en 2011, en préalable.
L’historique des guerres balkaniques, plusieurs fois retracé, n’offre pour la démarche
que l’intérêt d’une analyse des raisons de l’inaction, voire de l’absence de
tout système de forces armées européennes et plus largement de l’Europe institutionnelle.
C’est pourquoi l’examen s’attache uniquement à cette analyse et non à un
historique déjà maintes fois entrepris. La démarche porte, de fait, sur les relations
entre l’ONU, l’OTAN et l’Union européenne. Interviennent des constantes dont
l’examen démontre bien que ce ne sont pas des cas fortuits et dont l’Europe, en tant
que telle, est irrémédiablement absente.
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Général (cr) Henri PARIS
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| Les musulmans de Yougoslavie
Un point de vue – xiiie au xxe siècle
En 1978, l’Institut national des langues et civilisations orientales
(INALCO) a organisé un colloque sur La question nationale après la Première
Guerre mondiale. Ma communication portait sur la spécificité ethnique des musulmans
yougoslaves. J’y avais traité le lent mûrissement de l’idée de la particularité
de ces nouveaux musulmans de langue slave. Cette nation était reconnue en 1966
comme une des trois composantes de la République de Bosnie-Herzégovine. Cette
communication a été, d’une certaine manière, une suite à ma Lettre de Foca, publiée
dans Le Monde du 17 février 1974. À cette époque déjà lointaine, tous ceux qui
essayaient de comprendre la complexité ethnique de la Yougoslavie avaient bien
admis qu’y vivaient des Slovènes, des Croates, des Serbes, des Macédoniens et des
Monténégrins.
L’occupation ottomane de la péninsule Balkanique et de la Serbie commence
au xive siècle. Cette Péninsule, avant l’arrivée des Ottomans, portait le nom latin
Haemus. C’est l’époque ottomane qui va lui attribuer le nom turc de Balkans (qui
signifie « montagne »). Donc, nous la nommerons au cours de cet article uniquement
comme Péninsule.
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Y. BOGDONVEIC
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| L’islamisme, une persistance minoritaire dans les Balkans
L’identité des Balkans est dominée par sa position géographique, historiquement
c’est un secteur connu comme le carrefour de diverses cultures, un point de
rencontre entre l’islam et le christianisme.
Quand il s’agit de parler de l’islam en Occident, généralement ce sont les stéréotypes
et les idées reçues qui l’emportent, mais quand on parle de l’islam balkanique,
la compréhension et la connaissance ne sont guère meilleures. Cet article se propose
d’éclairer autant que faire se peut la réalité de l’islam balkanique d’hier et de comprendre
ses dynamiques d’aujourd’hui.
L’histoire de l’installation de l’islam dans la région des Balkans est considérée à
partir de l’occupation ottomane du xve siècle. C’est de là que vient essentiellement
la présence des communautés musulmanes aujourd’hui dans les Balkans. Les musulmans
des Balkans sont par conséquent le fruit de deux étapes, la première est
liée à l’installation dans cette région des personnes déjà musulmanes en provenance
de Turquie et notamment d’Anatolie. La deuxième étape est à mettre en rapport
avec une vague de conversions des populations autochtones, acquises à la religion
musulmane suite au mélange avec des populations turques issues de la présence ottomane
dès les premiers temps de la conquête à partir du xive siècle. Le phénomène
de conversion se passe principalement dans l’Ouest, c’est-à-dire principalement en
Bosnie-Herzégovine, en Albanie, au Kosovo et en Macédoine.
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Mohammed Fadhel TROUDI
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| L’incertaine frange méridionale
On a coutume de dire que la dissociation de la
Yougoslavie, à l’aube des années 1990, a redonné à la carte du Sud-Est de l’Europe l’aspect qui était le sien
avant la Première Guerre mondiale. C’est faux. Avant 1914, sept États se partageaient
l’espace de vallées et de montagnes enchevêtrées qui s’étend entre la Grèce
et les plaines hongroises. Ils sont dix aujourd’hui. Sept de ces derniers ont appartenu
entre-temps à l’ensemble yougoslave, dont l’échec à constituer un État-nation
durable doit certainement beaucoup aux circonstances très conjoncturelles de sa
création. Le royaume de Yougoslavie, en effet, fut créé en 19181 par la volonté
des États vainqueurs de la guerre, persuadés que, en rassemblant les peuples slaves
méridionaux dans une même structure politique, un phénomène national se constituerait
peu à peu entre eux, qui éloignerait le spectre de nouveaux conflits. Pour
mieux assurer la réussite de ce projet, les États européens fermèrent les yeux sur l’autoritarisme
incontestable de la monarchie qu’ils avaient mise en place, bien loin des
préceptes westminstériens de fonctionnement. Dans le contexte de développement
des dictatures que connut l’Europe de l’entre-deux-guerres, le royaume yougoslave
n’avait guère de raisons de faire exception, oscillant entre la proximité diplomatique
avec les Occidentaux, puis celle avec les puissances fascistes après l’assassinat du roi
Alexandre en 1934, à Marseille.
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Patrick Dombrowsky
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La Grèce : trois décennies d’anesthésiant européen
Avant la Seconde Guerre mondiale, la Grèce appartenait sans aucun
doute aux Balkans. Son niveau de développement économique et le fonctionnement
de sa vie politique ne la différenciaient guère des autres pays de la péninsule.
Dix ans plus tard, après la guerre, l’Occupation et la terrible guerre civile, la Grèce
se trouvait dans une situation bien pire que les autres pays balkaniques. Certaines
catégories de la population n’avaient pas les moyens de satisfaire leurs besoins les
plus élémentaires, tandis que le chômage conduisait à une émigration massive.
Européanisation réelle ou illusoire ?
Pourtant, la situation n’a pas tardé à changer, grâce d’abord à l’aide américaine
et ensuite à une croissance rapide (au niveau de 7 % par an) qui a permis à la Grèce
de rattraper économiquement son retard par rapport à ses voisins balkaniques, devenus
communistes. Le parcours de la Grèce pendant les années 1950 et 1960 permettait
de parler de « miracle économique grec ». La croissance économique fut accompagnée
de changements sociaux et géographiques spectaculaires. La population s’est concentrée dans quelques grandes villes, et surtout à Athènes ; la montagne et
les îles ont été abandonnées par leurs habitants en faveur des plaines, des villes et de
l’étranger ; enfin une classe moyenne a commencé à voir le jour. La démocratisation
de l’éducation a fait émerger une jeunesse étudiante dynamique et revendicative.
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Georges Prévélakis
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| Heurs et malheurs des géopolitiques albanaises
Une certaine idée géopolitique transmise pendant des générations entières
Les Albanais occupent une place assez spécifique parmi les nations des Balkans,
péninsule devenue un symbole planétaire qui désigne des régions marquées par des
conflits ethniques souvent ensanglantés et des fragmentations territoriales incessantes.
Les élites politiques albanaises pendant des siècles ont essayé d’élaborer des stratégies
politiques et géopolitiques diverses qui ont eu pour principal but la survie
de leur communauté nationale. Pendant toute leur histoire, les Albanais se sont
considérés entourés de peuples voisins – en rude concurrence avec eux – en ce qui
concerne le partage des espaces et des territoires localement disputés. Ces projets
géopolitiques, anciens et contemporains, affichent des spécificités particulières liées
à des conjonctures concrètes de chaque période de l’histoire des populations balkaniques.
De plus, curieusement, ils déploient aussi des continuités surprenantes, en
accumulant une certaine mémoire nationale collective qui est devenue inévitable en
tant qu’instrument de réflexion à chaque fois que les dirigeants albanais ont pensé
le destin de leur peuple.
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Artan FUGA |
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| Kosovo, enclaves : quel État pour quel territoire ?
Le 18 février 2008, le Kosovo déclarait unilatéralement son indépendance
et était assez rapidement reconnu par quelques dizaines d’États dans le monde, dont
les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, entre autres. Officiellement, les dirigeants
du Kosovo affirmaient que cet État serait une démocratie laïque, garantissant
les droits et les libertés des minorités vivant sur son territoire, et en particulier ceux
de la minorité serbe. Le Kosovo est en effet un territoire pluriethnique. D’après
des estimations de 20051, il serait peuplé de 2,1 millions d’habitants, dont 88 %
d’Albanais, 7 % de Serbes, 2,4 % de Roms, 0,7 % de Turcs, auxquels s’ajoutent des
Gorans, des Bosniaques, des Croates, des Ashkallis, des Tcherkesses, entre autres.
Toutefois, dès l’annonce de sa naissance, cet État était soumis à une contestation
territoriale à trois échelles :
– au plan international. Un grand nombre de pays se prononçaient immédiatement
contre cette sécession, dont la Russie et la Chine, de même que quelques pays
européens, comme la Grèce ou l’Espagne ;
– au plan régional, avec l’opposition absolue de la Serbie au nom de sa souveraineté
territoriale. Cette sécession était donc aussitôt dénoncée comme illégale par les
autorités de Belgrade, qui se lançaient dans un long combat diplomatico-juridique
contre ce nouveau « pseudo-État2 » ;
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Amaël Cattaruzza
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Le Kosovo et le rôle du facteur démographique sur les évolutions géopolitiques
Le parlement du Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance en février
2008, neuf ans après la guerre entre l’OTAN et la Serbie, qui avait mis fin de
facto au contrôle serbe sur la province1. Pour comprendre comment la situation
géopolitique a ainsi évolué, inscrivons-nous dans une démarche de démographie
politique, discipline inventée par Gérard-François Dumont2, et, plus précisément,
examinons comment s’exercent les lois de la géopolitique des populations dont le
professeur à la Sorbonne a fait la démonstration et proposé la formulation théorique.
Cet article vise à montrer comment la démographie a joué un rôle dans l’évolution politique du Kosovo, en concourant à modifier sensiblement le rapport
de force entre les différentes populations qui le composent.
L’existence, sur le site Internet de l’Institut statistique du Kosovo, de données
statistiques rétrospectives concernant son évolution démographique3 permet de
disposer de chiffres relativement fiables pour conduire une analyse précise.
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Laurent Chalard
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| Bosnie : une indépendance justifiée ?
La Bosnie-Herzégovine (« Bosnie »), un pays souverain aujourd’hui
composé de trois nations constitutives (Serbes, Croates et Bosniaques1), constituait
l’une des républiques de la République socialiste fédérative de Yougoslavie
(« Yougoslavie ») jusqu’en 1992. Elle déclara son indépendance le 3 mars 1992 à la
suite d’un référendum au cours duquel 63 % de l’électorat vota en faveur de l’indépendance.
Ce référendum fut organisé en dépit des objections des représentants serbes du Parlement bosnien et fut boycotté par la majorité de la population serbe
de Bosnie.
Le désaccord entre les Serbes, d’un côté, et les Bosniaques et Croates, de l’autre,
sur le maintien de la Bosnie dans le giron de la Yougoslavie s’était déjà exprimé en
octobre 1991 lorsque le parlement bosnien avait voté en faveur de l’indépendance
de la Bosnie. Malgré la règle du consensus, ce vote avait été obtenu sans le soutien
des représentants serbes.
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Laurence Robin-Hunter
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À propos des conflits post-yougoslaves :
rencontre de l’éthique et de la géopolitique
Les conflits balkaniques de la fin du xxe et du début du xxie
siècle, parfois appelés « Troisième Guerre balkanique »1, constituent un cas saisissant d’intrication
des questions raciales, religieuses, historiques2, en un mot socioculturelles,
caractéristiques des peuples et des intérêts économiques et stratégiques, préoccupations
des nations. Si l’on y ajoute les jugements moraux émis de toute part, cette
intrication devient une véritable confusion des genres.
Il nous faut avant tout nous remémorer brièvement le déroulement des faits et
décrire les principaux conflits qui se sont chevauchés dans les Balkans en cette fin
de siècle non sans interférer entre eux.
Il est recommandé pour éclairer le déroulement des conflits de consulter une
carte montrant clairement le théâtre des opérations telle que celle que l’on trouve
sur le site:
http://www.atlas-historique.net/1989-aujourdhui/cartes/Yougoslavie2002.html
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Jean-Marc Dethoor
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Le retour de la Russie sur la scène balkanique
Pour bien comprendre les méandres de la géostratégie russe dans les
Balkans, il convient de la replacer dans un cadre plus vaste, à savoir les grandes
lignes de cette géostratégie face aux attaques incessantes de la super-puissance américaine.
Dans son célèbre ouvrage Le Grand Échiquier, paru en 1997 – à l’époque de
l’« abaissement de la Russie » – Zbigniev Brzezinski, polonais naturalisé américain,
ancien conseiller du président à l’époque de Jimmy Carter, proposait froidement
que, afin de perpétuer la maîtrise du monde par les États-Unis, et pour que ceux-ci
soient débarrassés une fois pour toutes de la menace russe sur le continent eurasiatique,
la Russie soit démantelée en trois parties, européenne, asiatique et centrale, et
qu’un couloir direct Ouest-Est soit ouvert via la péninsule Balkanique, le Caucase
et le Turkestan, afin d’accéder aux richesses énergétiques des pays de l’Asie centrale,
rebaptisés « Balkans eurasiens » par Brzezinski.
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Gilles TROUDE
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La stratégie chinoise dans le monde : le cas des Balkans
« L’objectif de la stratégie militaire est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y
compris sans combat, grâce à la ruse, l’espionnage et une grande mobilité. Il s’agit donc de
s’adapter à la stratégie de l’adversaire, pour s’assurer la victoire à moindre coût. »
L’Art de la guerre (Sun Tzu Bingfa), par le général Sun Tzu (544-496 av J.-C.)
L’analyse de la stratégie de Pékin dans les pays de l’Europe du Sud-Est
ne saurait se comprendre sans un rappel allusif aux spécificités mentales chères aux
dirigeants et stratèges de la RPC.
LE JEU DE GO : Mobilité et complexité de la stratégie chinoise
À l’instar de L’Art de la guerre du général Sun Tzu, la stratégie de Pékin suit les
règles du fameux jeu de go et se caractérise par la souplesse dans le mouvement, la
ruse, la patience et surtout la rapidité dans l’exécution. Les dirigeants de la RPC
collent à la stratégie occidentale, surtout américaine, en épousent chaque mouvement
et avancent ou reculent en fonction du rapport de force existant à un moment
donné, appliquant strictement la fameuse dialectique de « combat et négociation/
négociation et combat » (dada, damdam).
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Jacques NGUYEN Thai Son
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