LA TCHETCHENIE: VERS UNE
PARTITION?
Viatcheslav AVIOUTSKII, Chercheur d'Analyses et de Recherches Géopolitiques à Paris 8, coauteur d'un "Que sais-je?"
"La Tchétchénie" , n° 3332, PUF, 1998.
La Tchétchénie se trouve dans la partie Est du Nord-Caucase. Sa superficie est
de 16,6 mille km_. Elle est limitée au Sud par la Géorgie, à l'Est par le
Daghestan (Fédération de Russie), à l'Ouest par l'Ingouchie (Fédération de
Russie) et l'Ossétie du Nord (Fédération de Russie), et au Nord par le
Territoire de Stavropol (Fédération de Russie). Malgré la proclamation de
l'indépendance de cette République par le Général Djokhar Doudaëv, élu Président
tchétchène en octobre 1991, la Tchétchénie n'a jamais été reconnue
officiellement par aucun Etat, sauf par le mouvement des Talibans , qui eux mêmes
étaient jusqu'en 2000, reconnus par le seul Pakistan.
Jusqu'en 1991, la Tchétchénie faisait partie de la République Autonome de Tchétchénie-Ingouchie,
membre de la Fédération de Russie, La Tchétchénie-Ingouchie avait une
population totale, en 1989, de 1 270 000 personnes, dont les Tchétchènes étaient
le groupe majoritaire - 735 000, soit 57,8 de la population totale. Les Russes,
concentrés essentiellement dans la capitale administrative de la Tchétchénie-Ingouchie,
Grozny, et au Nord de la République, constituaient 23,1% de la population (294
000 personnes). Les Ingouches, 12,9% de la population (164 000 personnes),
occupaient la partie Ouest de la Tchétchénie-Ingouchie. Ils se sont séparés
en 1992 de la Tchétchénie-Ingouchie, en créant une République ingouche. A la
différence des Tchétchènes, les Ingouches n'ont pas participé à la Guerre
du Caucase au XIXème siècle, et actuellement, ne souhaitent pas de se séparer
de la Fédération de Russie. En faisant un effort, les Tchétchènes et les
Ingouches peuvent se faire comprendre, puisque tous les deux, ils appartiennent
au même groupe de langues caucasiques du Nord-Ouest du Caucase. En revanche,
leur langue est inintelligible aux Daghestanais, dont les langues font également
partie de ce groupe. Les Tchétchènes constituent l'ethnie autochtonne
nordcaucasienne la plus nombreuse, dépassant les Avars du Daghestan (496 000),
les Kabardes (364 000) et les Ossètes du Nord (335 000).
Les Tchétchènes ont été convertis à l'islam au XVIIIème siècle par les
Daghestanais. A l'instar d'autres ethnies musulmanes du Nord-Caucase, telles les
Adygues, les Chapsougues, les Tcherkesses, les Kabardes, les Abazas, les
Karatchaïs, les Balkars, les Nogaïs, les Ossètes Digors et les ethnies du
Daghestan, ils sont de rite sunnite. Si, avant 1985, seules 10 mosquées
fonctionnaient dans toute la Tchétchénie-Ingouchie , il y en avait 175 en
1991, et plusieurs centaines au milieu des années 1990. Leur construction a été
financée par les pétromonarchies du Golf, essentiellement l'Arabie Saoudite.
Il est important de distinguer deux significations du nom "Tchétchénie",
lequel a évolué au cours de siècles. Avant 1917, il désignait "le pays
des Tchétchènes", le territoire où habitent les Tchétchènes. Il
existait même les subdivisions: "Petite Tchétchénie" et
"Grande Tchétchénie"; "Tchétchénie de la Plaine" et
"Tchétchénie Montagneuse". Cependant, ce terme devient purement
administratif après la création, le 20 janvier 1921, d'un Arrondissement
Autonome Tchétchène à l'intérieur de la RSSA Montagnarde, (rappelons qu'en
tant qu'ethnies constituantes de la RSSA, étaient reconnus les Kabardes, les
Balkars, les Karatchaïs, les Ossètes du Nord, les Ingouches, les Tchétchènes,
les Cosaques et les Russes). Le 30 novembre 1922, lorsqu'une Région Autonome
Tchétchène fut organisée, son territoire dépassait celui de l'Arrondissement
Autonome Tchétchène. La RA incluait les terres de quatre communautés cosaques
appartenant à l'Arrondissement cosaque de la Sounja, membre de la RSSA
Montagnarde . En 1928, l'Arrondissement cosaque de la Sounja fut partagé entre
les RA Ingouche et Tchétchène, alors que cette dernière incoporait également
la ville autonome de Grozny, majoritairement russe, cette dernière devenant la
capitale administrative de la RA Tchétchène. A partir de ce moment, la RA Tchétchène
devint une unité administrative multiethnique.
En 1937, la RSSA Tchétchéno-Ingouche (la réunification a eu lieu en 1934)
comptait 189 000 Russes, 34.6% de toute la population de la République . En
1957, deux districts au Nord du Térek ont été incorporés à la RSSA Tchétchéno-Ingouche
rétablie après le retour de Tchétchènes et d'Ingouches de l'exil :
Chelkovski et Naourski, peuplés majoritairement par les Russes. Certes, depuis
cette date, la part de la population russe diminuait progressivement : 367 000
en 1970 (34.5% de la population totale), 336 000 en 1979 (29.1% de la population
totale), 294 000 en 1989 (23.1% de la population totale) . En 1989, d'autres
minorités ethniques peuplaient la Tchétchénie-Ingouchie : Arméniens (14 800
personnes), Ukrainiens (12 600 personnes), Koumyks (9 800 personnes), Nogaïs (6
800), Avars (6 200), Tatars (5 100), Juifs (2 600) .
A l'époque soviétique, le terme "Tchétchénie" s'appliquait d'abord
à un arrondissement autonome, puis à une région autonome, en suite à une République
autonome et, finalement, à partir de 1991, à une République "indépendante"
auto-proclamée, où les Tchétchènes ne constituaient qu'un de groupes
ethniques, quoique majoritaire (en 1989, 57,8% de la population totale de la Tchétchénie-Ingouchie
).
Dans le premier cas ("Tchétchénie" - "pays des Tchétchènes"),
il s'agissait d'un terme ethnopolitique ou ethnoterritorial. Dans le deuxième
cas ("Tchétchénie" - "unité administrative de la RSFSR ou de
la Fédération de Russie", "République indépendante auto-proclamée"),
il s'agissait d'un terme administratif. Dans le premier cas, on avait affaire à
un territoire ethnique, correspondant exactement à l'espace géographique occupé
par les Tchétchènes. Dans le second, il s'agissait d'une unité administrative
aux limites plus ou moins artificielles, créée par le régime soviétique et
dont l'aggrandissement territoiral ne correspondait pas forcement à l'élargissement
de la zone d'habitation tchétchène.
Si les clans tchétchènes étaient réunis par la même langue, la même
histoire, les mêmes traditions et le même mode de vie, les habitants de l'unité
administrative tchétchène ne partageaient souvent avec les Tchétchènes
qu'une partie du territoire de cette République (par exemple, les Russes, les
Koumyks, les Arméniens, les Nogaïs, les Juifs montagnards). Qui plus est, dans
l'histoire tchétchène, les Russes de Tchétchénie-Ingouchie, dont les
Cosaques constituent une partie importante, sont vus comme des ennemis séculaires,
des envahisseurs, des expropriateurs et des organisateurs de déportations
staliniennes de 1957. Le projet politique tchétchène ne pouvait se baser que
sur l'opposition conflictuelle à la Russie et l'exclusion d'une grande
communauté russe de la vie politique, ce qui a provoqué son exode entre 1991
et 1994. La rhétorique populiste anti-Moscou et antirusse des dirigeants tchétchènes
depuis 1991 était une preuve de cette dérive nationaliste. Ce discours, qui
pouvait avoir une connotation progressiste ou anticoloniale à l'intérieur de
la Fédération de Russie (une minorité ethnique revendiquant l'autodétermination),
devenait chauvin vis-à-vis de la minorité russe de la République (slogans de
1991 à Grozny : "Russes, ne partez pas, nous avons besoin
d'esclaves!"). Dans le parlement tchétchène, après les élections législatives
de 1991, il n'y avait qu'un seul député russe, tandis que les Russes étaient
absents du gouvernement, de l'administration présidentielle et républicaine,
des postes de direction de police et des forces armées.
Cette exclusion selon des critères ethniques ne s'appliquait pas seulement à
la communauté russe, mais également aux autres minorités ethniques. Rappelons
que 30 000 Ingouches de Grozny ont quitté cette ville à l'instar de Russes,
d'Ukrainiens, d'Arméniens et de Juifs. Entre janvier et août 1993, par
exemple, 25 000 personnes, Russes, dans leur majorité, ont quitté la République
Tchétchène. Seules 4 familles juives demeuraient encore présentes en août
1993 à Grozny, alors que la communauté juive comptait encore en 1989 plus de 2
000 personnes . Autrefois majoritairement russe, Grozny ne compte actuellement
que quelques centaines ou dizaines personnes d'origine russe.
Rappelons que les Tchétchènes sont une ethnie montagnarde et que les Tchétchènes
s'appellent entre eux "montagnards". L'identité collective
montagnarde (histoire, traditions et culture communes) subsiste aujourd'hui, et
les ethnies montagnardes sont différentes, par exemple, des ethnies steppiques
du Nord-Caucase. Cette appellation signifie que les Tchétchènes sont
originaires des montagnes, ou du moins que les montagnes constituent leurs
terres historiques. Jusqu'à maintenant, ils possèdent dans les montagnes leurs
propres cimitières, réservés aux membres du même teïpe . Or,
aujourd'hui, seulement 20% du territoire de la Tchétchénie est constitué de
la zone montagneuse, qui était pendant des siècles le foyer ethnique tchétchène.
Le reste du territoire est composé du Piémont, peut-être 20%, alors que 60%
du territoire est constitué des steppes, des déserts et des vallées,
autrefois occupées d'abord par les Kabardes, ensuite par les Cosaques et les
Russes.
C'est la raison principale du conflit tchétchène, qui est tout d'abord est un
conflit ethno-territorial. Un groupe ethnique (Tchétchènes) en se basant sur
son poids démographique et sur ses droits éponymes (une confusion entre
"Tchétchénie - République Tchétchène" et "Tchétchénie -
pays des Tchétchènes"), a décidé de se séparer d'un grand ensemble géopolitique
complexe, la Fédération de Russie (composée de plus de 100 groupes
ethniques). Cependant, les frontières ethniques tchétchènes ne correspondent
pas aux frontières administratives de la Tchétchénie (unité administrative).
Un divorce à l'amiable n'est en fait pas possible, puisque les deux acteurs de
ce conflit revendiquent le même territoire. Moscou et les leaders tchétchènes
se disputent deux zones: la vallée de la Sounja (gisements pétroliers et
industrie) et celle du Térek (communauté cosaque historique et axe routier
important). Il est évident que sans industrie, gisements et axes routiers,
seules richesses dont la République tchétchène dispose, les Tchétchènes
n'ont aucune chance pour accéder à une réelle indépendance vis-à-vis de la
Russie. Selon Moscou, l'industrie pétrolière, les routes et les gisements ont
été developpés par les efforts communs de tout le peuple soviétique, dont le
peuple russe (tous les habitants de la Fédération de Russie) est héritier légitime.
La question des frontières ethniques et administratives (et de ses changements
multiples) se trouve au centre du conflit tchétchène. Pour l'étudier, il est
nécessaire d'analyser la position géographique des acteurs de ce conflit,
c'est-à-dire, situer géographiquement les ethnies, les clans et les rivalités.
Ensuite, il faut analyser les événements pouvant éclarer les rapports entre
les acteurs en lutte pour le territoire (vallées de la Sounja et du Térek).
Enfin, il est nécessaire de trouver les explications à ses rivalités, et de
prevoir le développement ultérieur de la situation.
Tout conflit est animé par des représentations, clichés souvent faux, mais
qui mobilisent des masses pour la réalisation d'un projet politique. Ces représentations
peuvent se baser sur une histoire légendarisée, mais majestueuse, sur une tragédie
sur-dimensionnée, mais commune pour tous, donc unificatrice, et sur une vision
de l'ennemi: "plus l'ennemi est dangéreux, plus il faut être forts".
Dans certains cas, une retrospective historique s'impose, celle-ci est toujours
liée à l'actualité. Par exemple, les références systématiques des indépendantistes
tchétchènes à la Guerre du Caucase, à l'imamat de Chamil et aux déportations
staliniennes, ont pour fonction de dépasser les divergences claniques et d'unir
les forces pour résister à l'aggression russe. De son côté, Moscou exalte le
passé cosaque des Russes de la Tchétchénie, en citant abondamment le
pacificateur et massacreur des montagnards caucasiens pendant la Guerre du
Caucase du XIXème siècle, le général Ermolov. Ce dernier déclarait à l'époque:
"La douceur est signe de faiblesse aux yeux des Asiatiques [...] et je suis
inexorablement sévère. L'exécution d'un montagnard sauve les vies de
centaines de Russes et prévient la trahison de milliers de musulmans." Le
général, tel un fantome de commandeur, est toujours présent dans la
confrontation russo-tchétchène, alimentant la haine des uns et procurant la
force de combattre aux autres. Règle à la main et presque seul, Ermolov conçut
les célèbres lignes cosaques, sorte de "barrages", isolant les
montagnards dans leurs montagnes peu pénetrables et les coupant de tout contact
avec les colons agricoles russes. De leur côté, les montagnards n'étaient pas
moins catégoriques. L'imam Chamil, dans sa lettre au sultan ottoman, écrivait,
par exemple : "...Mais les regards des Russes sont la fausseté, et leurs
mots sont des mensonges. Nous devons détruire ce qu'ils ont créé et les tuer
partout où nous les trouvons: à la maison ou à la campagne, par force ou par
astuce, afin que leurs essaims disparaissent de la face de la terre. Parce
qu'ils se multiplient comme les poux et sont venimeux comme les serpents qui
rampent dans le désert de Muhan."
L'héritage de cette guerre et de la defaite, infligées aux Tchétchènes par
les Russes et les Cosaques, est encore présent. Bien qu'ils datent de plus de
trois cents ans, les rapports belliqueux entre les Tchétchènes et les Cosaques
ne sont malheuresement pas partie du passé, folklorique et légendaire, et la déportation
des Tchétchènes en 1944 n'a pas fait qu'élargir la cassure entre les deux
peuples. Les Cosaques de la Tchétchénie (communauté du Térek), présents
depuis la fin du XVIème siècle sur les rives du fleuve Térek, considèrent
une partie du territoire actuel de la Tchétchénie comme leurs terres
historiques, auxquelles les Tchétchènes prétendent également.
L'aperçu géographique.
Comme nous l'avons déjà dit, le territoire de l'actuelle République tchétchène
est composé de trois parties distinctes, du point de vue du relief : montagne,
piémont et plaine.
Montagne.
La vie dans la zone montagneuse, dont l'économie a été et reste centrée
autour du pastoralisme, se développe dans les vallées, où les populations étaient
densément concentrées et fortement isolées d'autres communautés
montagnardes. Un grand connaisseur du Caucase, le général Komarov, écrivait,
au XIXème siècle: "Presque chaque dépression, chaque vallée séparée
sont habités par une tribu distincte, qui dans la plupart des cas, n'a rien
avoir avec les tribus voisines. Là, où les montagnes deviennent plus
acessibles, la diversité des tribus diminue, alors que le nombre d'habitants et
l'espace occupé par eux deviennent plus importants". Rappelons que le
pastoralisme dans les montagnes est pratiqué dans le cadre d'une migration
biannuelle et le partage des pâturages en hivernages et en estivages. Comme les
pâturages hivernaux se trouvaient dans la plaine, contrôlée par les Kabardes,
les relations vassales se sont constiuées entre ces derniers et les Tchétchènes,
et les autres montagnards (Ossètes et Balkars en particulier).
D'une façon très pittoresque, George Dumézil a décrit la vie des sociétés
montagnardes : "La pratique des razzias, la turbulence d'une jeunnesse
constamment à chreview, les risques mortels dans lesquels vivent
quotidiennement les aouls ou villages, une morale fondée sur de riches et archaïques
légendes et entretenue par des chants de louange et de raillerie ont exalté
partout le goût des conduites exceptionnelles et paradoxales. Tout cela, joint
aux conditions de l'économie, fait que le prestige ne va pas à la richesse étalée
et stabilisée, ni au luxe des demeures: ce sont les fêtes offertes, d'énormes
festins, une hospitalité de toutes les heures, une munificence sans compte et
sans limite, la bravoure au combat et la parole habile qui posent les grands
hommes dont toute la coquetterie va à la qualité des armes, et à la beauté
des chevaux (et des épouses). Tant que le Caucase restait isolé, cet idéal
assez exactement réalisé a pu se maintenir, l'anarchie faisant bon ménage
avec l'indépendance" .
Géographiquement, les tribus tchétchènes occupaient les vallées des pays
d'amont des affluents de la Sounja et de l'Aksaï, situés à l'Ouest du partage
des eaux des zones avare et koumyke, situées dans le bassin du Soulak - Andiïskoïe
Koïssou. De l'Est à l'Ouest, les vallées d'affluents, occupées par les Tchétchènes,
sont les suivants: Yaraksou, Yamansou, Bénoïassi, Aksaï, Mitchik, Gansol,
Goums, Okholitlaou, Kharatchoï, Elistanji, Bass, Charoargoun, Argoun, Martan,
Gekhi, Valérik, Chalaja, Netkhoï. La Fortanga servait de limite entre les pays
tchétchène et ingouche. Il semble que le foyer de l'ethnie tchétchène se
trouve à l'Est de la zone montagnarde tchétchène, limitrophe du Daghestan,
d'où les ancêtres de Tchétchènes sont ressortis. La date de cette migration,
dont la raison résidait probablement dans la dissidence de certaines familles
daghestanaise, se situe dans les Xème - XIIème siècles. Ces familles
dissidentes se sont installer dans la zone qui s'appelle aujourd'hui "Itchkérie"
(Dargo - Védéno). Rappelons que les Tchétchènes étant une société guerrière,
ils trouvaient, en plus du pastoralisme, une large partie de leurs revenus dans
les razzias, dirigées principalement contre leurs voisins daghestanais et
contre les principautés géorgiennes en Transcaucasie. Avec l'apparition des
villages cosaques dans le Piémont du Caucase, les guerriers tchétchènes ont
commencé à piller leurs nouveaux voisins. Si les incursions faisaient presque
partie de la vie quotidienne des Cosaques, la capture des femmes, enfants et
parfois hommes, et leur vente aux marchés d'escalves aux Ottomans, ont provoqué
une mobilisation, à l'initiative des communautés cosaques du Térek et du
Kouban, des troupes impériales russes, qui à partir du XVIIIème siècle ont
commencé de plus en plus s'installer au Nord-Caucase.
D'après les témoignages des officiers russes qui se trouvaient dans la région
à cette période, la présence militaire russe s'expliquait par la
multiplication des incursions montagnardes contre les villages cosaques, mais également
contre les convois de marchands russes, qui transitaient vers les domaines
persans par la route de Derbent. C'est à cette période (fin XVIIIème - début
XIXème siècles) que le commandement russe a commencé à amenager la Route
Militaire Géorgienne, laquelle pouvait assurer une voie d'accès au marché
persan à travers le Grand Caucase, mais aussi des principautés géorgiennes,
qui avaient demandé à être placées sous protection russe.
Il faut rajouter que la haute montagne, autrefois densément peuplée, est
presque vide aujourd'hui, surtout dans sa partie occidentale. Après le retour
des Tchétchènes de leur exil d'Asie centrale en 1957, les autorités russes
ont réuni les Tchétchènes dans les grands villages du Piémont, entre 5 et 10
000 habitants, alors que les villages de la haute montagne avaient des
populations fortes de 200 à 1000 personnes. Aujourd'hui, entre 10 et 15% du
nombre total de Tchétchènes habitent la zone montagneuse. Une très grande
partie d'entre eux est concentrée en Itchkérie. Il est intéréssant de
constater que la Route d'Argoun, reliant les séparatistes tchétchènes à leur
bases arrière en Géorgie, est très peu peuplée, dans sa section montagneuse.
Dans les années 1998-1999, les leaders tchétchènes intégristes (Bassaëv,
Oudougov) ont multiplié les déclarations, selon lesquelles, autrefois la Tchétchénie
et le Daghestan ne faisaient qu'un seul ensemble politique. Il est vrai que
pendant la Guerre du Caucase, au XIXème siècle, l'Itchkérie faisait partie de
l'Imamat de Chamil qui incoporait également la haute montagne daghestanaise.
Des cols permettaient à cette époque de contrôler toutes ces vallées sans
passer par la plaine. L'incursion de Bassaëv en 1999 au Daghestan a montré que
les Tchétchènes poursuivaient leur projet de réunification avec les Avars
afin d'obtenir un accès via le bassin du Soulak à la Caspienne.
Piémont.
Au Sud de la Sounja, de Grozny et de Goudemès, de nombreux villages tchétchènes,
aggrandis en 1957, occupent une bande des terres riches, limitées au Sud par
les forêts. La descente dans la plaine a commencé bien avant l'arrivée des
Russes au Nord-Caucase. Certaines historiens affirment que les villages tchétchènes
se trouvaient sur la Sounja, alors que leurs terres allaient jusqu'au Térek au
Nord. A la différence de la présence dans la plaine l'occupation du Piémont
était plus systématique et continue. Là, se trouvait plus de la moitié de la
population tchétchène, principalement agraire.
Plaine.
La Plaine comprend deux parties : la vallée du Térek et celle de la
Sounja. La rive gauche du Térek représente une bande de terres riches large de
10 kilomètres environ. Au Nord, la steppe se transforme progressivement en désert.
Les populations sont concentrées dans les villages cosaques s'étendant le long
du fleuve, alors qu'à l'extérieur de la rive gauche du Térek, on ne trouve
que des hameaux dispersés. Pendant l'époque soviétique, des tentatives ont été
entreprises pour irrigiuer mieux la rive gauche du Térek. Ainsi, plusieurs
canaux ont été construits parallèlement au Térek, permettant ainsi d'élargie
par endroits les terres cultivées. Par exemple, au niveau de Mékenskaïa -
Naourskaïa la bande habitée s'élargie à 20 kilomètres au Nord du fleuve.
Dans la plaine, le Térek n'est pas très profond: dans sa section tchétchène,
sa largeur se varie entre 100 et 250 mètres, avec une profondeur allant de 2 à
3 mètres. De nombreux gués avec un nombre assez considérable d'îlôts
permettent de traverser le fleuve. Les stanitsas cosaques y ont été
placées dans les endroits les plus faciles à traverser, ce qui permit, au XIXème
siècle, de contrôler plus ou moins efficacement la traversée du fleuve par
des montagnards. Certes, le Térek n'a pas pu constituer une barrière impénetrable,
comme le souhaitaient les généraux russes, mais la ligne cosaque sur ce fleuve
a permis néanmoins de diminuer le rayon d'action des montagnards, descendant
dans la plaine en quête du butin. Les populations cosaques de cette partie de
la plaine sont d'une implantation très ancienne. Elles ont participé
directement aux combats aux côtés de Russes pendant la Guerre du Caucase, à
la différence des Cosaques de la Sounja, qui se sont installés assez
tardivement dans la région, dans les années 1840-1860. Les Cosaques de la vallée
du Térek (dans cette zone tchétchène, connu sous le nom de Grébentsy,
"Cosaques des Crêtes") constituent la population cosaque la plus
ancienne de la région. Répétons-le, ils considèrent la vallée du Térek
comme leurs terres historiques, et idéologiquement, c'est la seule preuve de la
présence russe ancienne et continue en Tchétchénie. Qui plus est, les Grébentsy
ont partiellement adopté le mode vestimentaire montagnard et, pendant certaines
périodes, ils ont pacifiquement cohabité avec les Tchétchènes, les
incorporant souvent dans leurs communautés. Au cours deux dernières guerres,
les Grébentsy ont préféré ne pas participer aux actions armées, adoptant
ainsi une attitude neutre dans le conflit. Les Cosaques, présents aux côtés
de Russes pendant les actions armées étaient généralement originaires du Térek
ou d'autres régions du Nord-Caucase. Un exode a certes affaibli les communautés
de Grébentsy au Nord du Térek, mais à part, quelques exceptions, il n'y pas
eu d'expulsions ou de pressions de la part des Tchétchènes locaux. La raison
du départ résidait surtout dans la situtation économique catastrophique. Deux
districts se trouvent au Nord du Térek : Chelkovski et Naourski. De manière récourrante,
les Cosaques du Térek, autochtones et d'autres régions et républiques du
Nord-Caucase, demandent leur rattachement au Territoire de Stavropol. Ces deux
districts revêtent cependant une importance stratégique, puisqu'ils sont
traversés par les voies ferrées Rostov - Bakou et Rostov - Astrakhan, alors
que, depuis 1997, le chemin de fer Bakou - Astrakhan ne traverse plus le
territoire de la République Tchétchène, puisqu'il fait le détour au Nord du
Daghestan par Karlan-Yourt, vers Kizliar. La voie ferrée Rostov - Bakou
traverse le Térek près de Tchervlennaïa pour rejoindre - aux environs de
Goudermès - le doublement du Sud de cette voie qui commençait à Prokhladny,
en Kabardino-Balkarie ceci en passant par Beslan, en Ossétie du Nord, Nazran,
en Ingouchie, et Grozny, en Tchétchénie. Trois pont majeurs relient la rive
gauche du Térek au reste de la Tchétchénie: Itchcherski (près de Itchcherskaïa)
, Tchervlenny (près de Tchervlennaïa) et Grebesnkoï (près de Grebenskaïa).
Ce sont les seuls à pouvoir faire passer les blindés, ce qui explique les
nombreux combats pour ces ponts et leurs réconstructions multiples. En plus de
cela, le pont Itchcherski a joué un rôle très important pour relier le fief
de Tchétchènes du District Nadtéretchny aux Russes et les districts cosaques
"alliés", alors que le pont Grébenskoï permettait l'accès au Nord
de la Tchétchénie aux troupes fédérales depuis le Daghestan.
Une autre partie de la plaine est la vallée de la Sounja, qui concentre à elle
seule quasi la totalité de l'industrie et des gisements pétroliers de la République.
Une forte présente russe dans cette vallée s'explique par la création d'une
ligne cosaque, selon le plan du général Ermolov, sur la Sounja, qui devait
relier deux fortéresses russes dans la région, celles de Vladikavkaz et de
Grozny. La vallée de la Sounja était séparée par deux chaînes de montagnes
relativement baisees, de la bande de terre occupée par les Tchétchènes sur la
rive droite du Térek. Cette communauté tchétchène, connue dans les périodes
différentes sous les noms de "Tchétchènes de la plaine", "Tchétchènes
paciphiques" ou "Tchétchènes du Nadtéretchny" (Nadtéretchie -
"pays du Térek"), ont choisi pendant la Guerre du Caucase de ne pas
participer à la guerre et ont été installés par les autorités militaires
russes en proximité immédiate des stanitsas cosaques, alors que la
ligne de la Sounja devait non seulement bloquer les Tchetchènes montagnards
dans leurs montagnes mais également isoler deux communautés tchétchènes
l'une de l'autre.
La découverte du pétrole au XIXème siècle aux environs de Grozny, mais également
dans les basses montanges entre le Térek et la Sounja, et le développement de
sa production au début du siècle mais surtout à l'époque soviétique,
expliquent l'arrivée de la main d'oeuvre russe dans la Tchétchénie. Même après
la suppression des restrictions de la libre circulation en 1917, les Tchétchènes
ont été exclus de l'industrie d'extraction pétrolière, leurs activités étant
presque exclusivement agricoles. Plus tard, l'élite tchétchène se sentirait
exclue du partage de la manne du pétrole, considérant que la République était
exploitée par Moscou. La composition ethnique de la vallée de la Sounja,
exclusivement russe avant 1917, a changé considérablement pendant l'époque
soviétique. Certaines stanitsas cosaques étaient entièrement déportées.
Dans d'autres, les Tchétchènes ont rapidement constitué la majorité. Vers
1989, la communauté russe en Tchétchénie était majoritairement citadine,
presque entièrement concentrée à Grozny et à Goudermès. Dans la zone
rurale, les Russes cosaques étaient présents au Nord du Térek et dans
quelques villages encore de l'enclave cosaque de la Sounja, qui allait disparaître
vers le milieu des années 1990. Pour les Russes, Grozny était une ville russe,
notamment en vertu du monument au général Ersmolov érigé sur la place
centrale. Cette ville se distinguait peu de celles de la Russie européenne,
avec un théatre et des bâtiments dans le style soviétique. Grozny était
entourée par des raffineries et des usines chymiques, plus reliée avec les régions
"russes" qu'avec ces zones rurales, peuplées par les Tchétchènes.
La ville représentait une enclave russe dans la vallée de la Sounja, dominée
par les Tchétchènes.
L'aperçu historique.
Dans l'histoire des relations difficiles entre les Tchétchènes et les Russes,
deux épisodes peuvent nous intéresser: la Guerre du Caucase du XIXème siècle
et leur déportation par Staline au Kazakhstan et au Kirguizstan entre 1944 et
1957, puisque ces deux épisodes de leur histoire étant à l'origine de représentations
très fortes qui mobilisent les Tchétchènes dans leur lutte pour l'indépendance.
Les premiers contacts entre les Tchétchènes et les Russes datent du début du
XVIIIème siècle. Le nom "Tchétchène" a été attribué par les
Russes en hommage à leur victoire sur les Tchétchènes près d'un de leurs
villages Grand Tchétchène, le 11 juillet 1730: la cavalerie russe, dirigée
par le prince Volkonski, épaulée par les Cosaques du Térek, a battu les
Ottomans, aidés par les Tchétchènes. Entre eux, les Tchétchènes s'appellent
"Nakhtcho". Les officiers russes ont donné des caractéristiques très
négatives aux Tchétchènes, qui correspondaient plutôt aux images des Russes
sur les Tchétchènes qu'à la réalité. Cependant, cette vision est aussi
importante pour comprendre les raisons profondes du conflit. Par exemple, au XIXème
siècle, le commandant en chef des troupes russes au Caucase, le général
Potemkine, écrivait avec un certain cynisme: "Les Tchétchènes sont un
tel peuple qui, en raison de ses inclinations feroces, ne peut jamais rester
calme, renouvelant à toute occasion qui se présente ses actions hostiles
insolentes. Pour les empêcher de les commettre, il ne reste qu'un seul moyen:
soit les exterminer entièrement, en sacrifiant une partie considérable de
troupes russes, soit s'emparer de la plaine, dont ils ont besoin pour l'élevage
ou l'agriculture." En demandant pardon pour les Tchétchènes à l'impératrice
Catherine la Grande, le major-général Modom reçut la réponse suivante:
"A la différence d'autres peuples, qui, même s'ils continuent à
piller [nos villages], essaient au moins de le cacher, les Tchétchènes pillent
ouvertement et même se vantent de leurs brigandages, c'est pour cela qu'ils ne
méritent pas que l'impératrice s'adresse à eux directement" (ce qui
voulait dire que l'impératrice n'avait pas souhaité les pardonner). Cependant,
les actions violentes, tels le rapt, le pillage, le brigandage, autant critiqués
par les Russes, faisaient partie intégrante du quotidien de la société tchétchène,
subsistant en partie grâce aux guerriers. L'interdiction des razzias par les
Russes a affaibli l'économie tchétchène et était perçue comme la
restriction de leurs libertés fondamentales. Voici une autre caratéristique
des Tchétchènes, donnée par un officier russe, toujours au XIXème siècle :
"La lutte permanente contre les ethnies voisines, le pillage et le
penchant très réduit au travail, tout cela était chez les Tchétchènes à
l'origine de la bravoure, de la cruauté, de l'habileté et de l'ingéniosité.
A ces qualités, le Tchétchène, énergique et sauvage, a rajouté la ruse,
l'hypocrisie et la perfidie. Il est difficile faire confiance à un Tchétchène,
il est impossible de croire à ses promesses et serments. Il peut toujours
trahir, il est toujours capable de se faire séduire par une aventure douteuse,
par un bénéfice du moment ou par un butin. Cependant, il faut reconnaître que
le Tchétchène est hospitalier, très modéré dans ses besoins, et respecte
les anciens. Il est un cavalier et guerrier habile, et dans les conditions
favorables, il peut devenir un bon travailleur" .
L'intervention russe au Nord-Caucase commença en 1783, après la signature du
traité de Guéorguievsk, selon lequel la Géorgie s'était placée sous le
protectorat russe. La première révolteantirusse fut animé par un certain Cheïkh
Mansour, qui réussit à résister, entre 1785 et 1791, à l'armée russe, en
propageant le champ de bataille sur toute la Tchétchénie, le Daghestan et la
Tcherkessie. En juin 1791, le général russe Goudovitch, lors de la guerre
russo-turque, occupa Anapa et captura Mansour. Condamné à vie, il mourut en
prison dans la forteresse de Schlüsselbourg, le 13 avril 1794.
La Guerre du Caucase.
En 1822, une autre révolteembrasa la Tchétchénie, sous la direction
d'Abdoul Kadyr, qui a répandu les bruits que sous quatre mois les Ottomans
devaient intervenir au Caucase. En 1825, une nouvelle insurrection tchétchène,
sous la direction de Beïboulat Tamazov ,a eu lieu.
En 1825, un certain Kazi-Moulla, souffi naqchband originaire de Guimry au
Daghestan, se proclama imam, en conduisant les actions militaires contre les
Russes pendant sept ans. Il accompagnait la lutte contre les Infidèles avec les
prèches parmi les Musulmans pour l'istauration de la charia. Après
avoir obtenu quelques succès, Kazi-Moulla fut encerclé le 17 octobre 1832 dans
son village natal et tué avec une grande partie de ses partisans. Parmi ceux
qui purent se sauver, figurait un certain Chamil. En 1832, un de proches de
Kazi-Moulla, Gamzat-Bek, originaire de Gotsatl, situé au Khanat Avar, se
proclama le deuxième imam et continua le djihad. Cependant, il fut tué
par ses proches, semble-t-il, aux termes d'une vendetta. En 1834, Chamil fut
proclamé troisième imam. Pendant vingt-cinq ans, il conduisit la guerre contre
l'armée russe. Il réussit à créer un Etat sémi-militaire, connu dans
l'histoire sous le nom d'"imamat de Chamil". L'imamat occupait un
grand territoire de la haute montagne tchétchène et avare, possédait ses
propres organes de pouvoir, sa législation et ses forces armées. Après de
nombreux échecs dans les affrontements directs, les militaires russes changèrent
de tactique, concentrant leurs efforts sur la déstruction de villages tchétchènes
et avars, en brulant les champs de blé et en s'emparant du bétail.
Progressivement, Chamil perdit sa base et le 25 août 1859, et, encerclé à
Gounib, se rendit aux Russes pour éviter les morts parmi les habitants du
village. Chamil fut reçu avec pompe par l'empéreur Alexandre II en personne à
Saint-Pétersbourg, et fut transféré avec sa famille à Kalouga. A la fin de
sa vie, Chamil obtint la permission de faire un hadj dans les lieux
saints de l'Islam, où il était mort à en 1871. Après la victoire russe sur
Chamil, en 1864-1865, 39 000 Tchétchènes, ont émigré vers l'Empire Ottoman .
Il semble que les Tchétchènes ont quitté leurs terres, sous la pression des
autorités russes, cherchant à attribuer les terres arables aux Cosaques de la
Ligne de la Sounja. Une autre raison de ce départ massif (presque 15% du nombre
total de Tchétchènes), qui coïncida avec les grands transferts de tribues
"tcherkesses" de l'Ouest du Nord-Caucase en Anatolie, résida dans la
création de cette Ligne cosaque de la Sounja, résultat d'une progression
militaire russe sur l'axe Grozny - Vladikavkaz, et dans l'expulsion systématique
de Tchétchènes, habitants de la vallée de la Sounja. Ces 39 000 Tchétchènes,
privés de leurs terres, source essentielle de leurs revenus, se réfugièrent
dans les montagnes et partirent vers l'Empire Ottoman lorsque la première
occasion se présenta.
Deuxième Guerre Mondiale et déportation stalinienne.
La première révolteeut lieu en Tchétchénie et au Daghestan en septembre
1920. Elle fut matée en mai 1921, après la defaite des forces principales de
rebelles et la cessation de l'aide en provenance de la Géorgie, où, en février
1921, fut instauré le pouvoir soviétique . Le 20 janvier 1921, un
Arrondissement Tchétchène apparut comme partie intégrante de la RSSA
montagnarde. Le 30 novembre 1922, une Région Autonome Tchétchène fut organisée
sur la base de l'Arrondissement Tchétchène, séparé de la RSSA Montagnarde.
Elle fut réunie en 1934 avec la Région Autonome Ingouche et transformée, le 5
décembre 1936, en une République Autonome de Tchétchénie-Ingouchie .
La révolteétait presque permanente dans la montagne tchétchène. Le 31
juillet 1925, le Conseil Révolutionnaire de l'Arrondissement Militaire du
Nord-Caucase prit la décision de faire désarmer "la Tchétchénie
montagneuse et ses districts les plus dangéreux". Le conseil mobilisa pour
cette opération des forces importantes: 7 000 soldats, 24 canons, 240
mitrailleuses et 7 avions. Le résultat de l'opération permit la saisie de
23044 fusils, 3902 revolvers et d'un grand nombres de munitions .
En 1932, pendant la collectivisation, les autorités soviétiques montrèrent
trop de zèle. Le 23 mars 1932, une nouvelle mutinerie commença.en Tchétchénie.
Le 27 mars, la 28ème division fut transférée à Grozny, et le 28 mars dut
intervenir afin de mater la rébellion. Vers le 5 avril 1932, les forces
rebelles furent liquidées. Le commandement de la division indiquait dans un
rapport que les rebelles avaient résisté avec un acharnement particulier. Le
rapport notait que même les femmes combattirent aux côtés des hommes, qui
attaquaient en rangs serrés en chantant le zikr .
Le 23 février 1944, Jour de l'Armée Rouge, tous les Tchétchènes et les
Ingouches furent déportés dans les wagons à bestaux au Kazakhstan et en Asie
Centrale. Cette décision avait été prise par le Comité de l'Etat de la Défense,
et avait été confirmée plus tard par le décret du Praesidium du Soviet Suprême
de l'URSS du 7 mars 1944. La veille, le 20 février, le ministre de l'intérieur
Lavrenti Béria arriva par train spécial à Grozny pour surveiller en personne
le déroulement de la déportation. Selon le télégramme de Béria, envoyé
personnellement à Staline, dans les 86 convois ferroviaires 352 000 personnes
furent "chargés". Le 1er mars, Béria communiqua à Staline que le
nombre de Tchétchènes et d'Ingouches déportés atteignit le chiffre de 478
000 personnes, envoyés au Kazakhstan dans 177 convois ferroviaires. Les déportations
furent accompagnées d'atrocités, commises par le NKVD. A cause de la neige,
les camions militaires ne pouvaient pas accéder à un village de la haute
montagne Khaïbakh, il était impossible de transporter ses habitants. Les
militaires enfermèrent dans les écuries et brûlèrent vifs quelques centaines
de civils, y compris femmes et enfants. La déportation fut totale et elle
toucha pratiquement tous les Tchétchènes. Ainsi ont été déportés les Tchétchènes-Akkintsy
du Daghestan, les Kistines (Tchétchènes de la Géorgie), et quelques officiers
de nationalité d'origine tchétchène qui étaient sur le front. Seulement, le
25 juin 1946, le Soviet Suprême de la RSFSR adopta un décret sur la
dissolution de la RSSA Tchétchéno-Ingouche, accusant les Tchétchènes en
collaboration avec la Wehrmacht. Jusqu'à maintenant, malgré de nombreuses études
sur cette question, les raisons de ces déportations ne sont pas entièrement
connues.
Un dissident d'origine tchétchène, émigré en Occident, A. Avtourkhanov,
considère que les raisons de la déportation des montagnards étaient les
suivantes: "1. La lutte permanente pour l'indépendance nationale des
montagnards et leur refus du système despotique du régime soviétique
colonial. 2. La volonté de Moscou de s'assurer le Caucase dans de futures
confrontations avec l'Occident. 3. La volonté du gouvernement soviétique de
contrôler l'économie pétrolière caucasienne. 4. La volonté de faire du
Caucase une base stratégique, invulnérable depuis l'intérieur, pour une
expansion future contre la Turquie, l'Iran, le pakistan et l'Inde."
Certains observateurs indiquèrent que Staline souhaitait offrir à ses
compatriotes de nouveaux pâturages. En effet, la Géorgie s'empressa d'annexer
les alpages du Grand Caucase, après la déportation des populations musulmanes
du versant Nord de la chaîne, alors que le poids des Géorgiens, dans la
direction soviétique, était traditionnellement considérable (Staline,
Ordjonikidzé et Béria étaient originaires de Géorgie).
En ce qui concerne la collaboration présumée des Tchétchènes avec les
Allemands pendant la seconde guerre mondiale l'ouverture des archives du KGB ,
pendant la pérestroïka, permit la révélation de nombreux documents sur les
activités antisoviétiques en Tchétchénie pendant entre 1941 et 1944. Deux
activités différentes furent observées en Tchétchénie. D'une part, il
s'agissait de l'intensification du banditisme. Par exemple, un officier du NKVD
informait qu'en août 1943, en Tchétchénie-Ingouchie, 54 bandes armées étaient
actives, réunissant 359 membres, alors que sur le territoire de la République,
2045 déserteurs étaient recherchés . De l'autre, plusieurs rapports et témoignages,
qui peuvent être tout à fait partiels, provenant toujours des archives du
NKVD, citent une organisation clandestine, animée par des Tchétchènes, sous
le nom de l'OPKB, Parti Spécial des Frères Caucasiens. Selon la même source,
le 28 janvier 1942, une réunion constituante de l'OPKB fut organisée à
Ordjonikidzé (aujourd'hui Vladikavkaz), en Ossétie du Nord. Les participants
élirent les membres du comité exécutif de l'OPKB et du bureau d'organisation
de l'OPKB. Dans un document issu de l'OPKB, on apprend que "tous les
groupements et organisations antisoviétiques, y compris l'Organisation rebelle
antisoviétique tchétchéno-ingouche de onze peuples caucasiens (Azerbaïdjan,
Adjarie, Abkhazie, Adyguée, Géorgie, Daghestan, Kabardino-Balkarie, Ossétie
du Nord, Ossétie du Sud, Tcherkessie, Tchétchénie-Ingouchie, Nakhitchévan)
de Républiques frères selon la volonté de représentants ... de ces peuples,
sont réunis dans le cadre de nouvellement organisé Parti Spécial des Frères
Caucasiens." Le même document exposait les objectifs de l'organisation
:"réunir tous les groupements et organisations antisoviétiques",
"désorganiser les arrières" de l'armée soviétique, "accélérer
la disparition du bolchévisme au Caucase et favoriser la defaite de la Russie
dans la guerre avec l'Allemagne", "créer au Caucase une République fédérative
libre - Etat de peuples frères du Caucase sous le mandat de l'Empire
allemand". L'OPKB avançait le slogan de l'activité "Caucase - aux
Caucasiens", proposant de "tuer pour toujours l'ésprit du bolchévisme"
et de "déporter les Russes et les Juifs" du Caucase. Parmi ses
actions, l'OPKB prévoyait "des opérations systématiques contre les
restes du bolchévisme pour assurer la victoire de l'Allemagne." En même
temps, dans un tract la Wehrmacht annonçait : "Nous avançons et vous
portons la liberté et une vie meilleure, digne de vous, Caucasiens épris de la
liberté!.. Vive le Caucase libre!" Déjà, un projet des armoiries a été
proposé: un aigle, tenant dans ses serres un serpent vemineux (symbole du
bolchevisme) et un cochon (symbolisant le "barbare russe, vaincu") .
Un autre témoignage indiquait que dans la deuxième moitié de 1943, les
rebelles envisageaient organiser un congrès de l'OPKB à Ordjonikidzé
(Vladikavkaz), auquel devraient participer les Géorgiens, Ossètes, Azéris,
Ingouches, Tchétchènes, ainsi que les représentants de l'Allemagne, de la
Turquie et de l'Iran .
Le NKVD disposait également d'informations selon lesquelles une révolte générale
des Tchétchènes était prévue pour le 10 janvier 1942, alors que la même
source faisait savoir que l'OPKB avait dans ses rangs 24970 résistants prêts
au combat. Selon l'information opérative du NKVD, quatre groupes de diversion,
dirigés par le colonel Goube Osman, émigré d'origine avar, recruté par
l'Abwehr, furent parachutés en Tchétchénie afin d'organiser une révoltetchétchène
au moment de l'arrivée des troupes allemandes . Selon le témoignage de Goube,
capturé au début de 1943, il a réussi à trouver le soutien parmi les Tchétchènes
. Cependant, il n'existe pas de preuves d'une collaboration directe entre les
nationalistes et simples brigands tchétchènes et le commandement de la
Wehrmacht. En ce qui concerne l'existence de cette organisation, d'autres
sources indiquent l'existance à la fin des années 1930 - début des années
1940, d'une résistance anticommuniste très active, sous la direction de Maïrbek
Chéripov et de Hassan Israïlov, qui envoyèrent des émissaires en Allemagne,
tout de suite après le début de la guerre entre l'Allemagne et l'URSS, en
1941, proposant un soutien aux troupes allemandes en échange de la création
d'un Etat tchétchène indépendant. Cette proposition fut rejetée par Berlin
qui ne pouvait pas accepter la présence d'un quelconque Etat indépendant sur
la Route des Indes.
Le 9 novembre 1941, le bureau du comité régional de la RSSA Tchétchéno-Ingouche
discutait les mesures à prendre pour venir à bout d'une révolte des
populations tchétchènes dans certaines communes des Districts de Chatoï, de
Galantchoj et d'Itoum-Kalé (montagnes du Sud et du Sud-Est de la Tchétchénie).
Il est intéressant de noter que cette zone des montagnes tchétchènes n'a précisement
pas été repeuplée après le retour des Tchétchènes de leur exil en 1957,
alors que pratiquement tous les villages du District de Galantchoj, y compris
Galantchoj, n'existent plus aujourd'hui. Cette information est confirmée par
les sources des archives du NKVD-KGB. Ainsi, dans un rapport, le commandant du
178ème bataillon des troupes de l'intérieur du NKVD, faisait savoir que
"des agents" allemands nazis avaient organisé une révoltesur le
territoire de plusieurs districts de la Tchétchénie-Ingouchie, pendant
laquelle la plupart de kolkhozes et de "soviets ruraux" avaient été
saccagés. Il indiquait qu'entre le 30 octobre et le 5 novembre 1941, son
bataillon, épaulé par les unités de l'Armée Rouge, avait maté la révolte,
tuant "59 bandits" . Le 17 août 1942, un bullétin d'information
indiquait que la bande de Maïrbek Chéripov lança une attaque contre le
village de Chatoï, centre du district du même nom . Les sources du NKVD
inidquent qu'en été 1942, les rebelles agissaient dans les Districts de Charoï
et d'Itoum-Kalé, situés dans les montagnes au Sud de la Tchétchénie. Les mêmes
sources confirment que les rebelles avaient réussi à s'emparer des villages de
Khimoï, de Chatoï et d'Itoum-Kalé. Le 20 août 1942, le 3ème bataillon du
141ème régiment du NKVD a délogé les insurgés de Chatoï. A ce moment précis,
les troupes de la Wehrmacht s'approchaient de la Tchétchénie sans pouvoir pénetrer
son territoire, elles étaient arrêtées à Mozdok. La rebelles tchétchènes
ne déposèrent leurs armes que l'été et à l'automne 1943, après la défaite
des Allemands à Stalingrad et le retrait définitf du Nord-Caucase .
En 1996, les sources russes officielles affirmaient qu'en 1942, sous l'égide de
l'Allemagne et la Turquie, un commité du Parti National-Socialiste Tchétchéno-Montagnard
fut organisé, sans préciser où il siégeait . On affirmait qu'il existait des
unités, formées de montagnards nordcaucasiens, dans la Wehrmacht.
En aucun cas, les documents que les archives du KGB-NKVD conservent sur la
situation en Tchétchénie entre 1941 et 1944 ne permettent pas de justifier
l'absurdité de la décision prise par Staline, concernant la déportation des
peuples punis en 1943 - 1944. Même si l'OPKB réellement existait, ce parti ne
pouvait pas avoir autant de membres. Cette résistance tchétchène qui, à la
différence de brigands purs et simples, avançaient des objectifs idéologiques,
en pendant et fusillant des medecins, maîtres d'écoles et fonctionnaires
russes, constituait un groupement de plusieurs dizaines de personnes armées au
grand maximum.
Les rivalités claniques.
L'appartenance à un clan joue encore une rôle important dans une société tchétchène,
dont le quotidien est géré encore par les adates, droit coutumier, répandus
au Nord-Caucase dès le Moyen ge. Il semble que pendant plus de deux cents ans,
le développement social tchétchène était d'abord freiné par la Guerre du
Caucase, puis par leur isolation dans les "arrondissements
montagnards", en suite par une soviétisation forcée et actuellement par
les actions armées, le chaos économique et la guérilla. A quelques
exceptions, leur mode de vie n'a pas évolué pendant de siècles, et même 70
ans de pouvoir soviétique n'ont pas fait oublier les vieilles querelles
claniques, qui se sont matérialisées sous forme du contrôle du pouvoir à
l'intérieur de la République autonome, mettant en valeur la vieille opposition
entre les clans "montagnards" et ceux "de la plaine".
Le clan tchétchène "teïpe" ou "taïpe" était
composé de plusieurs "grandes familles", qui, sans exception, déclaraient
leur origine commune du même ancêtre mythique. Plus de 135 teïpes
existaient au XIXème siècle en Tchétchénie, avant le début de la Guerre du
Caucase, après laquelle un groupe de teïpes ont été déportés dans
l'Empire ottoman. Voici la liste des teïpes "autochtonnes" tchétchènes:
Aïtkhaloï, Atchaloï, Bartchakhoï, Belkhoï, Belguiatoï, Benoï, Betsakhoï,
Biltoï, Bigakhoï, Bouguiaroï, Varandoï, Vachandaroï, Va'ppiï, Galoï,
Guiandoloï, Guiartchoï, Guiattoï, Guandarguenoï, Guiloï, Guioï, Guiordaloï,,
Dattakhoï, Diaï, Dichniï, Do'rakhoï, J'evoï, Zandak'oï, Ziogoï, Zoumsoï
(Bouguiaroï), Zourzak'khoï, Zurkhoï, Ichkhoï, Ikhiiroï, Italtchkhoï,
Kamalkhoï, Keï, Kéloï, Kouloï, Kourchaloï, Kouchboukhoï (Yaliroï),
Kkhartoï, Kiegankhoï, Lachkaroï, Makajoï, Marchaloï, Merjoï, Merloï,
Mazarkhoï,, Miaïstoï, Moujakhoï, Moulk'oï, Nachkhoï, Nijaloï,, Nikiaroï,
Nikhaloï, Nokkhoï, Pechkhoï, Pkhiamtoï, Pkhiartchoï, Rigakhoï, Sadoï,
Sakhiandoï, Siarbaloï, Sa'ttoï, Sessankhoï, Sirkkhoï, O'chniï, Toumsoï,
Tertakhoï, Toulkkhoï, Tourkoï, Kharatchoï, Khersanoï, Khildekhiarkhoï, Khoï,
Khoulandoï, Khourkhoï, Khiakkoï (Tsiogankhoï), khiakmadoï, Khiatcharoï,
Khimoï, Khikhoï, Khiourkoï, Tsatsankhoï, Tsientaroï, Tsietchoï, Tchartoï,
Tcharkhoï, Tchermoï, Tchiarkhoï, Tchiinkhoï, Tchoungaroï, Charoï, Chik'aroï,
Chirdoï, Chouonoï, Chpirdoï, Chou'ndiï, Eguiachbatoï, Elstanjkhoï,
Enakkhaloï, Enganoï, Ersanoï, Erkhoï, Yalkharoï, Yalkhoï, Yaliroï,
Yamakhoï . Il faut y ajouter une vingtaine de teïpes
"non-autochtones", créés par des repréantants d'autres peuples: par
exemple, Gounoï, apparenté aux Cosaques du Térek, Dzoumsoï, créé par des Géorgiens.
Certains teïpes (Biltoï, Varandoï, Akhchpatoï et Gounoï) au moment
de l'islamisation de la Tchétchénie, l'ont quitté, en s'opposant à la
charia, pour s'installer dans les villages russes ou cosaques sur le Térek, d'où
des liens d'amitié entre certains teïpes et les Cosaques du Térek, par
exemple .
Les mouvements des populations ont modifé la carte clanique. Cependant, 17 teïpes
possèdent aujourd'hui les villages éponymiques : Belgatoï, Bénoï,
Vachnidaroï, Dattakhoï, Zandak'oï, Ichkhoï, Kourchaloï, Makajoï, Nikhaloï,
Kharatchoï, Tsentoroï, Charoï, Elstanjkhoï, Enganoï, Ersanoï, Yalkhoï,
Yaliroï. Certains grands teïpes possèdent même plusieurs villages
toponymiques, souvent éloignés l'un de l'autre. Par exemple, les membres du Bénoï
habitent à Bénoï et Bénoï-Védéno dans les montagnes du Sud-Est, mais
aussi à Benoï-Yourt dans le District Nadtéretchny. Un autre grand teïpe,
Tsentoroï, possède deux villages éponymiques, comme le teïpe Belgatoï
. Cependant, avant la déportation, 25 teïpes possédaient leurs
villages éponymiques .
Au milieu du XIXème siècle, 75% de teïpes tchétchènes étaient réunis
dans 9 unions militaro-économiques, toukkhoumes : A'kkhiï, Malkhiï,
Nokhtchmakhkoï, Terloï, Tchianti, Tchebarloï, Charoï, Chouotoï et Erchtkhoï.
Cahque toukkhoume occupait un territoire défini, les teïpes de chaque
toukkhoume parlait le même dialecte.
Le toukkhoume A'kkhiï (actuellement Tchétchènes-Akkintsy au Daghestan)
comprenaient les teïpes Bartchakhoï, J'evoï, Ziogoï, Pkhiartchoï,
Pkhiartchakhoï et Va'ppiï, en occupant le territoire à l'Est de la Tchétchénie,
limithrophe du Daghestan. Le toukkhoume Malkhiï réunissait les teïpes:
Bia'stiï, Bienastkhoï, Italtchkhoï, Kamalkhoï, Kkhoratkhoï, Kiegankhoï,
Mechiï, Sakankhoï, Teratkhoï, Tchiarkhoï, Erkhoï, et Yamkhoï, occupant le
Sud-Ouest de la Tchétchénie, à la frontière avec l'Ingouchie et la Géorgie.
Les membres du toukkhoume Nokhtchmakhkoï étaient Belguiatoï, Benoï, Biltoï,
Guandarguenoï, Guiordaloï, Gounoï, Zandak'oï, Ikhiiroï, Ichkhoï, Kourchaloï,
Sessankhoï, Tchermoï, Tsientaroï, Tchartoï, Eguiachbatoï, Enakkhaloï,
Enganoï, Chouonoï, Yalkhoï, Yaliroï. leur zone était située à l'Est, au
Sud-Est et partiellement dans le centre de la Tchétchénie. Ce toukkhoume etait
le plus puissant, dont le territoire était connu sous le nom de "l'Itchkérie".
Dans le tokkhoume Tchiebarloï (Tchaberloï), il y avait les teïpes
suivants: Diaï, Makajoï, Sadoï, Sandakhoï, Sikkhoï et Sirkhoï. Il était
situé dans le Sud-Est de la Tchétchénie, dans la partie Nord de la vallée du
Charo-Argoun. Le toukkhoume Charoï (Charo) (teïpes Kinkhoï, Rigakhoï,
Khikhoï, Khoï, Kh'akmadoï, et Chik'aroï) occupait l'amont du Charo-Argoun.
Le toukkhoume Chouotoï (Chato) (teïpes Varandoï, Vachandaroï, Guiattoï,
Kéloï, Marchoï, Nijaloï, Nikhaloï, Pkh'amtoï, Sa'toï et Kh'akkoï)
occupait le territoire de la Tchétchénie centrale, en aval du fleuve
Tchanty-Argoun. Le toukkhoume Erchtkhoï, occupant la vallée du Bas Martan
(Fortanga), incluait les teïpes Galoï, Guiandaloï, Guiartchoï, Merjoï,
Moujakhoï et Tsietchoï. Le toukkhoume Tchiantiï (Tchanty) (teïpes
Borzoï, Bouguiaroï, Khildekh'aroï, Do'rakhoï, Khouokkhadoï, Kh'atcharoï et
Toumsoï) occupait le territoire en amont du fleuve Tchanty-Argoun. Le
toukkhoume Tierloï (Tarélo) (teïpes Nik'aroï, O'chniï, Cho'ndiï,
Eltpkh'arkhoï) occupait également l'amont du Tchanty-Argoun. Les teïpes
Zourzak'khoï, Miastoï, Pechkhoï et Sadoï ne faisaient pas partie d'aucun
toukkhoume .
Répétons que la carte clanique a évolué entre le milieu du XIXème siècle
et aujourd'hui. Un toukkhoume (Ertchkhoï) était majoritairement déporté à
la fin de la Guerre du Caucase, ceux qui sont restés étaient assimilés par
les Tchétchènes et les Ingouches. Un autre toukkhoume (A'kkhiï) a donné
naissance à un groupe tchétchène particulier, qui s'est retrouvé à l'extérieur
de l'espace politique tchétchène, en contact avec les Koumyks. Rappelons également
que cinq autres toukkhoumes (Tierloï, Tchiantiï, Chouotoï, Tchiebarloï,
Charoï ), situés dans les vallées de la haute montagne des fleuves
Tchanty-Argoun et Charo-Argoun, ont pratiquement perdu leurs territoires
historiques, puisqu'au retour de l'exil en 1957, au bout de deux ans, en 1959,
le bassin des fleuves Tchanty-Argoun et Charo-Argoun a été pratiquement
"vidé" de leurs populations (certains villages sont complètement
disparus, d'autres, Charoï, Chatoï, Borzoï, ont perdu une très grande partie
de leur population). Les membres de ces cinq toukkhoumes ont été installés
dans les grands villages du Piémont et de la plaine, mélangés avec d'autres
Tchétchènes et Russes. Il en allait de même pour le toukkhoume Malkhiï, qui
occupait également la haute montagne. De tout cela résulte que la seule région
montagneuse, Itchkérie, habitée par le toukkhoume Nokhtchmakhkoï, le plus
ancien, peut-être même réunissant les teïpes-fondateurs de la Tchétchénie,
a conservé ses terres historiques autour de la capitale de l'Imamat Chamil, Védéno.
Ce toukkhoume a donné son nom aux Tchétchènes, qui s'appellent entre eux
Nokhtcho. Rappelons aussi que le Congrès National du Peuple Tchétchène a
proclamé en 1990-1991 la République Nokhtchi-Tcho. Quoique Djokhar Doudaëv
n'ait pas retenu cette appelation, en 1992, sous sa pression, la Tchétchénie a
reçu un nouveau nom officiel : République Tchétchène - Itchkérie (foyer
historique des Tchétchènes, correspondant au territoire du Nokhtchmakhkoï.
Ainsi, Doudaëv proclamait la prédominance des teïpes montagnards,
profondément antirusses, dans la nouvelle République tchétchène indépendante,
à la différence de la République autonome tchétchène, dominée par les teïpes
de la plaine, historiquement prorusses. Ce n'est pas un hasard si l'Itchkérie,
ayant fait bloc antirusse avec les Avars au XIXème siècle dans le cadre de
l'Imamat de Chamil, est devenue dès 1995, un foyer de résistance tchétchène
permanente, et base arrière de Chamil Bassaëv et Khattab.
Pour comprendre le rôle que les teïpes ont joué dans les années 1990,
il faut comprendre les règles, selon lesquelles ses membres agissent, les
adates, droit coutumier montagnard en vigueur jusqu'en 1917 presque dans toutes
les sociétés montagnardes. Les adates incluaient les 23 articles règlementant
la vie du teïpe dans tous les domaines de vie: à l'intérieur de la
famille, entre ses membres et dans ses relations avec les membres d'un autre teïpe.
La vendetta est bien excplicitée dans les adates, selon lesquels le conseil des
anciens du teïpe se réunissait chaque fois après la mort d'un de ses
membres pour prendre la décision de faire venger la victime. Généralement,
seuls les parents proches et les membres de la famille du mort avaient le droit
de participer à la vendetta, alors que tous les membres du teïpes discréditaient
l'assassin. Souvent, les teïpes neutres participaient en tant qu'intermédiaires
au règlement à l'amiable d'un conflit de ce genre. Le dédommagement devait être
payer en vaches et dépendait de l'importance du teïpe, auquel le mort
apprtenait. Par exemple, l'assassinat d'un membre d'un teïpe important
pouvait être dédommagé avec 63 vaches, alors que une blessure à l'arme à
feu coûtait au malfaiteur 20 vaches, alors que la mort d'un membre d'un teïpe
"pauvre" ne coûtait à l'assassin que 21 vaches, 6 vaches devant être
payées pour une blessure à l'arme à feu.
Les adates interdisaient formellement tout mariage entre les membres du teïpe,
même si un teïpe important peut compter jusqu'à plusieurs milliers de
personnes. Cette règle est observée, selon de nombreux témoignages, jusqu'à
maintenant en Tchétchénie. La femme n'avait pas le droit de participer à la
vie du teïpe, elle était privée de droit de vote lors des assemblées
générales. Cependant, les adates protégeaient d'une certaine façon les
femmes. Par exemple, les rapports extraconjugaux étaient sévèrement punis par
la communauté: si le coupable les a eu avec une jeune fille ou veuve, il devait
pyer en dédommagement 7 vaches, alors que s'il les avaient avec une femme mariée,
le coupable devait payer 10 vaches et était bannie de la communauté. Si le
mari tuait sa femme et elle n'avait pas d'enfants, il devait payer 85 vaches à
la famille de la femme, en revanche si elle avait des enfants, l'époux ne
payait que 12 vaches. Les normes de conduite dans la vie quotidienne étaient
bien définies et détaillées. Par exemple, un Tchétchène de son plus jeune
âge savait comment fallait-il parler avec l'épouse à l'intérieur de la
famille et en présence d'autres personnes, comment parler avec les enfants,
comment se comporter à la maison et chez quelqu'un, que faut-il faire en
rencontrant un adulte ou un jeune, comment aider une personne âgée de
descendre ou monter le chreview, comment se comporter et de quoi parler avec un
invité, à qui faut-il céder la place à droite pendant le repas, comment
s'assoir à la table et comment manger chez soi et chez quelqu'un. Toutes ces règles
étaient observées par tous les membres du teïpe et surveillées par
les anciens ou les adultes. Les traditions d'hospitalité étaient très enracinées
dans la vie quotidienne tchétchène. Par exemple, la meurtrier d'un invité
devait payer 7 vaches au maître de la maison, où l'invité se trouvait, et 63
vaches à la famille de l'invité tué.
Le teïpe avait ses chefs civil (kh'alkhantcha ou tkh'amada ) et
militaire (biatcha). Le chef civil présidait le conseil des anciens du teïpe
et gérait la vie quotidienne, alors que le chef militaire entrait dans ses
fonctions que pendant les campagnes militaires.
En suite, chaque teïpe avait son nom, reçu de son fondateur, occupait
un territoire, possédait une montagne éponymique, une tour, érigée par le
fondateur, sa propre divinité avec un culte religieux particulier et un cimétière,
réservé pour les membres du même teïpe .
Deux observations s'imposent. La première concerne le caractère sacré de la
terre pour un teïpe tchétchène comme pour chaque communauté
montagnarde, souffrant en raison du relief accidenté de la pénurie des terres
arables, d'où la volonté de sacraliser la zone d'habitation et de la délimiter,
en marquant par les symbôles du teïpe: cimitière, tour et montagne éponimiques
ses terres historiques. La deuxième observation se réfère au poids de
traditions dans la vie tchétchène. Les adates, quoique supplantés
officiellement par le droit soviétique depuis les années 1920, ont continué
à jouer un rôle très important dans les relations internes de la société
tchétchène. Même à l'époque soviétique une grande partie de normes de
conduite quotidienne était systématiquement observée par les Tchétchènes :
exclusion de la femme de la vie sociale, respect des anciens, rôle dominant du
chef du teïpe et attachement aux terres historiques. Par exemple, même
dans les années 1980, une femme tchétchène n'avait pas droit voyager seule,
devant être accompagner par son mari ou par des hommes de sa famille; la
vendetta continuait être en vigueur, le meurtirier étant été poursuivi sur
le territoire de toute l'Union Soviétique; le marriage avec les non-Tchétchènes
était rigoureusement puni. Au début des années 1990, lors de nombreux congrès
et assemblées, les structures de teïpes ont été recréées, les
caisses de teïpe ont été organiser pour financer le lobying de ses intérêts
dans les structures du pouvoir. Les caches d'armes, intactes depuis la deuxième
guerre mondiale, étaient ouvertes pour armer les milices privées, formées par
chaque teïpe. Avec quelques modifications par rapport au XIXème siècle
les teïpes ont recommencé à jouer un rôle actif dans la politique républicaine.
Il est assez difficile de recréer aujourd'hui l'emplacement géographique de teïpes
tchétchènes aujourd'hui, considérablement modifiée suite à de nombreux déplacements
forcés. Ce qui nous intéresse, c'est l'appartenance à tel ou tel teïpe
des hommes politiques, qui occupaient dans telle ou telle période une position
clef dans la politique tchétchène. Le général Doudaëv, président tchétchène
entre 1991 et 1996, le ministre des produits pétroliers de la Tchétchénie,
Soultan Albakov, et le ministre de sécurité d'Etat de la Tchétchénie,
Soultan Guéliskhanov, appartiennent au teïpe Yalkhoroï. L'ancien président
du Soviet Suprême russe, Rouslan Khasboulatov, est du teïpe Kharatchoï,
siuté au village de Tolstoï-Yourt. Le maire du District Nadtéretchny, Oumar
Avtourkhanov, et ancien président du Soviet Suprême de Tchétchénie-Ingouchie,
Dokou Zavgaëv, appartiennent au teïpe Nijaloï, basé actuellement dans
le District Nadtéretchny. L'ancien chef du gouvernement de Doudaëv Yaragui
Mamodaëv et l'ancien maire de Grozny, devenu un de plus importants adversaires
de Doudaëv, puis de Maskhadov, Beslan Gantémirov , font partie du teïpe
Tchonkhoï, occupant le village d'Ourous-Martan .
Il faut y rajouter qu'à l'intérieur de la société tchétchène, il existe
une opposition, vieille de 200 ans entre les teïpes montagnards (100 teïpes
environ) et ceux de la plaine (70 teïpes environ). Le régime de Doudaëv-Maskhadov
s'appuyait surtout sur les teïpes montagnards, constituant également la
partie la plus pauvre de la société tchétchène, alors que l'opposition
anti-Doudaëv se basait sur les teïpes de la plaine. Il semble également
que les grands teïpes ne soutenaient pas Djokhar Doudaëv, à
l'exception du teïpe Bénoï.
Les confréries soufies.
Pour comprendre la complexité du conflit tchétchène, il faut également tenir
compte des confréries soufies, qui regroupent un plus ou moins grand nombre de
clans. Les confréries religieuses dans le Nord-Caucase furent étudiées en
profondeur par Alexandre Bennigsen , et sa fille Marie Bennigsen Broxup
poursuivit ces recherches sur les confréries musulmanes en particulier et dans
le contexte actuel. Le soufisme n'est pas un phénomène de sectarisme
religieux, comme les scientifiques russes et soviétiques le considéraient,
mais une forme plus intensive d'statement de l'islam, par les adeptes d'une
tendance religieuse. Les confréries soufies se subdivisent en wirds,
fondées généralement par des religieux éminents. Ces wirds portent le
plus souvent les noms de leurs fondateurs.
Deux confréries musulmanes soufies s'étendent actuellement sur le territoire
de la Tchétchénie: la Naqshbandiya et la Qadiriya. Les adeptes de la
Naqshbandiya professent une forme plus discrète de prières, tandis que les
Qadiris s'expriment au cours de sortes de danses (zikr), également
accompagnées par des prières. Les adeptes sont subordonnés à leurs chefs
spirituels. En bref, les confréries représentent une organisation religieuse,
réunissant des adeptes d'une forme particulière, fortement hiérarchisée, de
l'islam.
Historiquement, la présence de la Naqshbandiya est antérieure à celle de la
Qadiriya. Le premier chef spirituel naqshband fut le sheikh Mansour, à la fin
du XVIIIème siècle, tandis que les Qadiris n'apparaissent dans le Nord-Caucase
qu'au XIXème siècle, après la guerre caucasienne.
L'enracinement de la Naqshbandiya au Nord-Caucase en général et en Tchétchénie
en particulier est lié à la personnalité de l'imam Chamil, qui a transformé
le soufisme en idéologie de l'imamat. Si le cheïkh Mansour réussit à diriger
les incursions de Tchétchènes vers les infidèles, russes et cosaques, Chamil
au travers du soufisme rendit à l'islam son agressivité, consubstantielle aux
origines de l'expansion de l'islam. Non seulement Chamil proclama une guerre
sainte contre les infidèles, mais il réussit également à imposer par la
force les normes islamiques aux populations musulmanes montagnardes. Il ne faut
pas oublier que l'imam Chamil n'hésitait pas à brûler entièrement les
villages tchétchènes qui refusaient de se soummètre à la charia et de
rejoindre l'imamat.
La radicalisation de l'islam nordcaucasien s'explique par la pénétration de la
doctrine souffie naqshbande, emportée d'abord au Daghestan par des pélérins
depuis Bagdad, et ensuite en Tchétchénie. En réalité, l'introduction de la
Naqshbandiya au Daghestan fut le fait de cinq personnes : Magomet de Yarag,
Khas-Magomet originaire de la Boukhara, Djemal-Addin, Kazi-Moulla, premier imam,
et Chamil, troisième imam. Grâce à la complicité de plusieurs notables et
dirigeants locaux, la doctrine naqshbande se répandit très rapidement,
essentiellement parmi les Avars, Lezguines et Tchétchènes. De nombreux
observateurs russes du XIXème siècle expliquaient le recours au soufisme des
leaders montagnards lors de la Guerre du Caucase par le besoin de fanatiser les
masses à la guerre contre la Russie et comme un moyen de réunir de petites
ethnies montagnardes sous le drapeau de l'islam, aucune autre base de réunification
n'ayant été trouvée. Il faut préciser que l'embrassement par Magomet de
Yarag de la doctrine naqshbande date du début des années 1820, alors que
l'apparition de nombreux adeptes et l'essor de la Naqshbandiya correspondent à
l'époque de l'Imamat de Chamil, entre 1834 et 1859.
Sur le plan géographique, la Qadiriya est surtout présente en Tchétchénie, où
se trouve son fief, ainsi qu'en Ingouchie et au Daghestan. L'apparition de la
Qadiriya est due à l'activité d'un berger koumyk dans les années 1860 et
1870, connu sous le nom de Kounta Khadji. Il semble que la wird Kounta Khadji
est la plus puissante dans la région. La Qadiriya fut fondée par un docteur
hanbalite Abd-ul Qadir Gilani (1077-1166), dont la tombe à Bagdad est censée
d'être vénérée par tous les adeptes qadirs. En réalité, la quasi-totalité
des adeptes qadirs, tchétchènes et ingouches, ne connaissent ni le terme
"soufisme", ni celui de "qadiriya", et se réfèrent presque
exclusivement au nom du fondateur de leur wird Kounta Khadji. L'expansion de la
doctrine de Kounta Khadji en Tchétchénie s'explique surtout par l'échec de la
Naqshbandiya et par le retournement de veste du chef de cette dernière: l'imam
Chamil devint pro-russe à la fin de sa vie, appelant les Tchétchènes de
cesser la résistance et de se soummètre au tsar. Il semble qu'au niveau local,
la Qadiriya a supplanté certaines branches de la Naqshbandiya, ce qui
s'expliquait plutôt par la déception de l'après guerre que par le prosélytisme,
exclu dans le soufisme nordcaucasien. Tous les membres soufis, comme de la
Qadiriya aussi de la Naqshbandiya, sont de naissance adeptes de telle ou telle
confrérie locale, dirigée par un "cheïkh", dignitaire musulmain du
village et en même temps un mollah de la mosquée locale. Cinq wirds
qadiries sont présentes en Tchétchénie: celle de Kounta Khadji, dont le
tombeau se trouve aux environs de Grozny, mais également très répandue en
Itchkérie; celle de Bammat Guiry, dont le fief se trouve au village tchétchène
d'Avtoury, situé à une trentaine de kilomètres au Sud-Est de Grozny, dont les
adeptes sont les membres du teïpe Gounoï; celle de Batal Khadji, considérée
comme extrémement radicale, étant à l'origine de la résistance antisoviétique,
dont le fief se trouve en Ingouchie; celle de Tchim Mirza, dont le fief se
trouve à Mairtoup, près de Chali en Tchétchénie ; et finalement la wird
la plus jeune et la plus radicale, apparue en exil au Kazakhstan, celle de
Vis-Khadji Zaguiev. Pendant leur exil kazakhstanais, le frère ainé du général
Doudaëv, Bekmouraz Doudaëv, rejoignit cette dernière wird, devenue la wird
kadirie la plus puissante en Tchétchénie après 1957. Il faut ajouter à cela
que ce furent les Qadiris arrivèrent à convertir les Ingouches à l'islam, et
c'est la raison pour laquelle leur position est particulièrement forte en
Ingouchie.
En revanche, la majeure partie de Naqshbandis se trouve au Daghestan, bien
qu'une forte et influente confrérie naqshbandie soit installée depuis
longtemps en Tchétchénie. Mais ce qui nous importe est surtout le faute qu'en
Tchétchénie, les Naqshbands sont implantés à Tolstoï-Yourt, à
Ourous-Martan et dans le District Nadtéretchny, qui correspondent en même
temps aux fiefs de l'opposition anti-Doudaëv entre 1992 et 1995.
Sur le plan social, on peut constater que les adeptes naqshbandis sont souvent
des intellectuels, dits "arabistes" parce qu'ils connaissaient
l'arabe, et qu'ils appartiennent majoritairement à l'élite clanique de la société
tchétchène, tandis que les Qadiris sont surtout issus de la campagne. La prière
silencieuse des Naqshbandis implique une soummission plus longue et un effort
spirituel plus fort que les danses et chants des Qadiris. Typique de
l'aristocratie tchétchène, la famille tchétchène d'Arsanov, très impliquée
dans le partage du pouvoir en Tchétchénie en automne 1991, appartient aux
Naqshbandis.
Il existe certes une opposition entre ces deux confréries en Tchétchénie,
opposition qui recoupe les rivalités claniques. Au cours de l'histoire, les
adeptes des deux confréries ont souvent suivi des orientations différentes.
Par exemple, la Naqshbandiya fut la base spirituelle de l'imamat Chamil, tandis
que la Qadiriya s'opposait alors à la lutte armée contre les Russes. A l'époque
soviétique, les confréries prirent aussi des positions opposées. Les
Naqshbandis participèrent massivement à une révolte contre les bolcheviques
dans les années 1920 - 1921, tandis que les Qadiris collaborent activement avec
les communistes. Les premiers dirigeants tchétchènes, ralliés à l'appareil
soviétique, étaient qadiris . Mais à partir de 1928, les Qadiris ont été réprimés
à l'instar de leurs confrères naqshbandis. Dans le cadre de la lutte
antireligieuse, les confréries devinrent des organisations clandestines dont
l'activité devait être tenue secrète par leurs membres.
Actuellement, il est difficile de distinguer une réelle opposition entre les
deux confréries religieuses. Pourtant, tous les clans soutenant Doudaëv sont
qadiris, alors que ses opposants les plus influents sont naqshbandis. Ainsi, en
1991, Eltsine a choisi, par exemple, comme représentant personnel en Tchétchénie
Akhmed Arsanov, soutenu par les membres de la confrérie religieuse du sheikh
Deni Arsanov. Ils ont créé une coalition avec les membres du Conseil
Provisoire (ce qui restait du Soviet suprême de la Tchétchénie-Ingouchie,
dissous par Doudaëv) et de l'Association de l'intelligentsia . En réponse, le
Conseil des Anciens de la Tchétchénie, formé majoritairement par des membres
de la wird kadirie de Vis-Khadji Zaguiev, a déclaré que les Naqshbands
était un "guêpier du KGB". Mais ces prises de position présentent
des contradictions historiques. Normalement, Chamil était un leader spirituel
naqshbandi et, selon Bennigsen, le sheikh Deni Arsanov "mena pendant des
années des incursions contre les colonies des cosaques du Térek" et fut
finalement tué par ces derniers . Cependant, après avoir été partisans de la
voie pacifique au XIXème siècle, collaborant avec les bolcheviks dans les années
1920, les Qadiris constituaient l'entourage de l'indépendantiste Doudaëv et
forment la majeure partie des résistants tchétchènes actuels. Par exemple, le
conseiller de Doudaëv concernant les questions religieuses (jusqu'à sa mort en
1996), était un certain Magomed-Khadji Dolkaëv, dignitaire kadire, bien qu'il
était descendant direct du sheikh Mansour, adepte de la Naqshbandiya.
Ce revirement idéologique peut s'expliquer par le profil social des adeptes
soufis des deux confréries. Les Naqshbandis, plus influents et plus
intellectuels, ont formé l'élite tchétchène et la diaspora intellectuelle et
commerciale de Moscou. Plus puissants, ils ont réussi à établir un dialogue
privilégié avec Moscou. Les Qadiris, plus "simples", ont, quant à
eux, servi de base à la révolution tchétchène. Mais, longtemps écartés du
pouvoir, ils ont résisté avec acharnement à la poussée russe et aux factions
tchétchènes prorusses, après avoir pris Grozny. Cependant, la rivalité des
deux confréries s'inscrit dans une lutte interclanique. Les confréries servent
plus souvent de couvertures idéologiques pour certains clans, et peuvent
permettre d'accélérer la mobilisation des adeptes.
L'indépentantisme.
Premisses de l'indépendantisme.
On ne peut pas dater l'apparition de tendances indépendantistes tchétchènes
à partir de la perestroïka, parce que ces tendances n'ont jamais complètement
disparues. Certains caucasologues affirment que la révolte tchétchène n'a pas
été vraiment matée par Moscou. Les chroniques des événements politiques ne
citent que les épisodes violents: la résistance du sheikh Mansour, la guerre
caucasienne avec Chamil, la révolte de 1877-1878, les conflits ethniques de la
guerre civile, les guérillas entre 1940 et 1942, les émeutes de Grozny de 1971
et l'épopée indépendantiste après 1991. La résistance aux Russes s'est
poursuivie tout au long de la domination russe du Caucase. Les Tchétchènes ont
toujours vécu dans leur univers, professant une idéologie particulière, fondée
sur les clans et les confréries religieuses. La Tchétchénie est demeurée
fort différente des autres républiques du Nord du Caucase. Les rapports entre
les nouveaux arrivants russes et les Tchétchènes n'ont jamais été bons. Il
faut rappeler que le poste de premier secrétaire du comité régional tchétchène
fut occupé par un Russe après le retour des Tchétchènes. Il fallut attendre
l'époque de la perestroïka pour que le premier Tchétchène fusse nommé à ce
poste. Cependant, on réussissait généralement à éviter les affrontements
ouverts. Après 1959, les Russes ont commencé à quitter toutes les régions
autonomes du Nord-Caucase pour s'installer plus au Nord dans les "régions
russes". Ainsi, si les Russes constituaient, en 1970, 37,2% de la
population totale de la Kabardino-Balkarie, leur part s'est réduite jusqu'à
35,1%, en 1979, etjusqu'à 32,0%, en 1989. Il s'agissait là d'une tendance générale,
bien qu'en Tchétchénie l'émigration russe ait été une des plus massives.
Trois facteurs ont fortement influencé l'apparition et la radicalisation du
mouvement ethnopolitique tchétchène, et ensuite le déclenchement des hostilités,
à l'origine de l'arrivée du général Djokhar Doudaëv au pouvoir.
Tout d'abord, il existait des problèmes écologiques, liés à l'exploration démesurée
des richesses naturelles de la République, surtout du pétrole, qui ont débouché
sur la détérioration du paysage tchétchène, alors que la nature faisait
toujours partie importante de l'idéntité tchétchène. Les problèmes de
pollution étaient particulièrement graves dans les banlieues industrielles de
Grozny (située dans une cuvette et favorisant l'accumulation de la pollution aérienne),
dominées par la transformation du pétrole, et à Goudermès, où, à la fin
des années 1980, un projet de la production d'une composante biochymique
mobilisa l'intelligentsia de toute la République.
Ensuite, les leaders du mouvement nationaliste tchétchène ont été également
inspirés par l'exemple de la Géorgie, qui a réussi à se débarasser, de la
domination de Moscou en 1989. Rappelons qu'une grève de la faim, accompagnée
d'une série de manifesations à Tbilissi, se déroula en avril 1989. Le 9 avril
1989, la foule, réunie sur la place centrale de la capitale géorgienne fut
dispersée par les soldats de l'Armée Soviétique. 21 personnes furent tuées,
ce qui provoqua une vague du nationalisme. Les 17-18 novembre 1989, une session
du Soviet Suprême géorgien désaprouva l'infraction, par la Russie soviétique,
du traité avec la Géorgie du 7 mai 1920, qui annexa cette dernière en février
1921. En octobre 1990, le bloc politique "La table ronde" de Zviad
Gamsakhourdia remporta les élections législatives, et, en décembre de la même
année, les Géorgiens déclenchèrent le blocus de l'Ossétie du Sud.
L'apparition d'une République, limitrophe de la Tchétchénie et indépendante
de Moscou, promettait un éventuel soutien dans la lutte contre l'adversaire
commun, ce qui allait se produire en 1991, lorsque Djokhar Doudaëv et Zviad
Gamsakhourdia établirent d'étroites relations.
Le troisième facteur qui favorisa le mouvement politique tchétchène fut la
guerre du Golfe et la solidarité avec l'Iraq, dont les musulmans du
Nord-Caucase, surtout ceux du Daghestan et de la Tchétchénie-Ingouchie, témoignèrent
lors d'une série de manifestations, fin 1990, à Makhatchkala et à Grozny. En
Tchétchénie-Ingouchie, par exemple, un Comité du mouvement pour la défense
de l'Iraq fut créé en décembre 1990. Il organisa de grandes manifestations de
protestations, des marches, des collectes d'argent et de médicaments, mais
aussi l'enroulement de volontaires souhaitant partir pour Iraq. Certaines
sources locales prétendent qu'un "corps de 25 000 volontaires" fut
formé pour partir combattre aux côtés des Iraqiens. Le président du comité,
Abdoul Aliev, parallèlement un des leaders du Parti Démocrate Vaïnakh,
mouvement politique tchétchène nationaliste et conservateur, organisa une
manifestation à Grozny, début février 1991, avec les slogans: "Bas les
mains devant l'Iraq!" et "Iraq, le peuple de la Tchétchénie-Ingouchie
est avec toi!" Au même moment, des tracts étaient diffusés dans le
Territoire de Stavropol, dans lesquels on demandait aux Cosaques du Térek de
quitter la Tchétchénie-Ingouchie, le Daghestan et tout le Nord-Caucase sous
trois mois, en faisant référence au président Saddam Hussein : "Notre
jeune tigre, Hussein iraqien, on pouvait lire dans le tract, s'est dressé et a
dégourdi ses muscles. Il lancera un appel et nous, croyants musulmans, le
suivront. Nous constituons une majorité absolue sur terre, et il n'existe
aucune force qui pourra nous arrêter" .
La révolution tchétchène de 1991.
A partir de la fin des années 1980, les Verts entrent dans la vie politique
tchétchène par une série d'actions visant à empêcher la construction d'une
nouvelle usune bio-chymique à la ville de Goudermès. Parallèlement, de
nombreuses réunions de teïpes se tiennent partout en Tchétchénie.
Lors de ces réunions, chaque teïpe élisait un chef clanique, créant
les caisses noires pour financer les activités claniques et formant les
milices. C'est à cette époque que les caches d'armes, apparues lors de la
deuxième guerre mondiale, ont été ouvertes, les armes en grand nombre
commencent à circuler en Tchétchénie. Plusieurs mouvements politiques tchétchènes
se sont réunis dans le cadre d'un Congrès National du Peuple Tchétchène,
(CNPTch), dont la première session a été organisée en novembre 1990. Un
major-général de l'aviation soviétique et commandant d'une esquadrille de
bombardiers en Estonie, Djokhar Doudaëv, est élu président du comité exécutif
du congrès. Doudaëv démissionne au début de 1991, et rentre en Tchétchénie,
où il transforme le congrès dans une puissante organisation politique, financée
par Yaragui Mamodaëv, directeur de la société républicaine du bâtiment.
Plusieurs tendances politiques sont présentes dans le comité exécutif du
congrès: les Verts, les islamistes, les démocrates, les traditionnalistes et
les radicaux. Lors de la seconde session du CNPTch, au début juin 1991, les
radicaux prennent le dessus, alors que les démocrates et les traditionnalistes
quittent le congrès, en accusant Doudaëv de provoquer une guerre civile. Le
CNPTch proclame la création d'une République tchétchène Nokhtchi-Tcho, ne
faisant partie ni de l'URSS, ni de la Fédération de Russie.
Parallèlement, dans la vie politique tchétchène deux hommes politiques
s'opposent: Dokou Zavgaëv, chef local du PCUS et président du parlement républicain,
et Rouslan Khasboulatov, Tchétchène moscovite, proche de Boris Eltsine et
vice-président du parlement russe. Après l'élection en juin 1991 de Boris
Eltsine à la présidence de la Fédération de Russie, Khasboulatov devient président
du parlement russe. Naturellement, il essaie de toutes les forces de remplacer
Zavgaëv par son homme, cependant Dokou Zavgaëv résiste. Il a placé dans
toute la République les hommes de son teïpe dans les postes clef, en
usurpant le pouvoir en Tchétchnénie-Ingouchie.
Si les Tchétchènes commencent de plus en plus à revendiquer l'indépendance,
les Ingouches, qui disputent avec les Ossètes le District Prigorodny, ne
souhaitent pas quitter la Fédération de Russie. La scission de la Tchétchénie-Ingouchie
devient inévitable.
Les 19-21 août 1991, une tentative de coup d'Etat a été entreprise à Moscou,
visant à destituer le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Une foule,
dirigée par les militants du CNPTch, envahit la place centrale de Grozny. Le
dirigeant de la République, Dokou Zavgaëv, a temporisé avant de condamner les
putschistes, jusqu'à ce que leur échec soit évident. Le 22 août, les leaders
du CNPTch la démission du parlement tchétchéno-ingouche et de son président
Dokou Zavgaëv en raison de leur soutien présumé aux putschiste. Les militants
du congrès se sont emparés de la télévision républicaine, à laquelle le général
Doudaëv s'est adressé aux habitants de la République, en expliquant les
demandes de l'opposition. Le 25 août, une session extraordinaire du parlement
tchétchéno-ingouche s'est tenu à Grozny. Après avoir écouté le général
Doudaëv, les députés ont rejeté les revendiquations du CNPTch, en demandant
d'arrêter les émeutes . Le 26 août, une délégation du parlement russe se
rend à Grozny, dont les membres previennent Zavgaëv que la crise politique en
Tchétchénie ne devrait pas être résolu par force . Dans les jours suivants,
le praesidium du parlement tchétchéno-ingouche démissionne, alors que Zavgaëv
et ses adjoints restent à leurs postes. Une tentative de pourparlers entre le
parlement républicain et l'opposition s'est soldée par un échec. Les députés
rejettent à nouveau les demandes du CNPTch, en qualifiant les agissements des
radicaux tchétchènes d'anti-constitutionnels. Le 31 août, le président par
intérim du parlement russe, Rouslan Khasboulatov se rend à Grozny, alors que
les agitations ont embrasé la ville: manifestations, grèves, barricades en
feu, bus renversés . Les 1-2 septembre, la troisième session du CNPTch déclare
que le parlement de la République est déstitué, son conseil exécutif assume
tout le pouvoir sur tout le territoire de la Tchétchénie-Ingouchie. Le 3
septembre, le parlement tchétchéno-ingouche introduit l'état d'urgence sur le
terrioire de la République, mais la police et les militaires, se trouvant en
Tchétchénie-Ingouchie, déclarent leur neutralité dans le conflit. Les
militants du CNPTch contrôlent Grozny et la plupart de districts de la République.
Des barricades apparaissent sur les rues de Grozny . Les 4-5 septembre, le
parlement de la République et le CNPTch s'opposent, en tentant d'attirer de
leur côté des populations rurales . Le 6 septembre, Dokou Zavgaëv tient une réunion
avec les députés, les maires et les chefs d'entreprise de la République dans
le bâtiment du centre politique. Zavgaëv déclare qu'il restera à son poste.
La garde nationale du CNPTch s'empare du bâtiment, en interrompant la réunion,
alors que la police, qui le gardait, ne s'interpose pas. Plusieurs personnes ont
été blessées ou molestées lors de l'assaut, alors que le chef du PCUS de
Grozny, Vitali Koutsenko, s'est fait defénestrer. Les gardes nationaux ont forcé
Zavgaëv à signer sa démission. Le comité exécutif du CNPTch annonce dans
les journaux que le parlement tchétchéno-ingouche et son président ont démissionné.
Un comité provisoire, sous la direction de Yaragui Mamodaëv, est créé pour
remplacer le pouvoir exécutif. Le CNPTch contrôle les bâtiments
administratifs, la télévision et la radio de la République, alors que la
mobilisation sur la place centrale de Grozny dure depuis trois semaines . Le 6
septembre, certaines entreprises de la République ont commencé la campagne présidentielle,
en proposant la candidature de Salambek Khadjiev, député du parlement soviétique
et ancien minsitre du pétrole de l'URSS. Le 7 septembre, plusieurs partis de
l'opposition , ayant soutenu Djokhar Doudaëv, condamnent la dissolution forcée
du parlement de la République, en accusant le président du comité exécutif
du CNPTch d'avoir usurpé le pouvoir. Le 10 septembre, le général Doudaëv déclare
que l'objectif du CNPTch est la création d'un Etat démocratique et indépendant
. Le 11 septembre, réfugié dans un vollage de montagne, Dokou Zavgaëv
s'adresse à la radio aux habitants de la République, en affirmant qu'il contrôle
la situation en Tchétchénie-Ingouchie. Le président du parlement russe,
Rouslan Khasboulatov, adresse un télégramme au comité exécutif du CNPTch, en
exprimant sa satisfaction à l'occasion de la démission de Zavgaëv . Le 12
septembre, les pourparlers commencent entre une délégation du gouvernement
russe et le comité exécutif du CNPTch. Ces négociations ne donnent aucun résultat
concret. L'enroulement se poursuit à la garde nationale, qui comptent déjà
plusieurs milliers de membres. Le comité exécutif forme le service des
douanes, dont les employés s'installent à l'aéroport et sur les frontières
de la République . Le président du parlement russe, Rouslan Khasboulatov,
arrive à Grozny. Il demande la démission de tous les députés de la Tchétchénie-Ingouchie,
qui selon lui sont "embourbés dans le vol, la corruption et la
concussion." A la télévision locale, Khasboulatov déclare qu'il n'est
plus possible supporter "une telle situation", en affirmant que le
peuple leur demande de prendre "les mesures efficaces" . Cependant,
l'opposition anti-Doudaëv s'organise autour du Mouvement des Réformes Démocratiques,
MRD, rassemblant l'Association de l'Intelligentsia, le mouvement "Concorde
civile" et le Club Social-Démocrate. Salambek Khadjiev est élu président
du MRD. Le MRD annonce que la Tchétchénie est menacée par l'instauration
d'une dictature dans le style de Zviad Gamsakhourdia. Selon le MRD, cette
dictature peut être imposée par les groupes de pression, issus de l'économie
de l'ombre . Le 15 septembre, en absence de Dokou Zvagaëv et de son premier
adjoint A.Petrenko, la dernière session du parlement de la Tchétchénie-Ingouchie
se tient à Grozny. Le bâtiment, où se déroule la session, est encerclé par
la garde nationale. Sous la pression de Rouslan Khasboulatov, les députés
votent la démission du président du parlement, Dokou Zavgaëv, et
l'autodissolution du parlement. Les élections législatives sont fixées pour
le 17 novembre 1991. Un organe provisoire du pouvoir est formé : le Conseil
Suprême Provisoire, CSP, composé de 32 députés, principalement appartenant
à l'opposition anti-Zavgaëv. En même temps, les députés ingouches se réunissent
à Nazran et proclament la création d'une République ingouche, faisant partie
de la Fédération de Russie. Le 17 septembre, le mouvement républicain des
Verts annonce son désaccord avec la polititque du CNPTch, le leader des Verts,
R. Goïtémirov quitte le comité exécutif du CNPTch . Le 18 septembre, le
nombre de membres du CSP est réduit jusqu'à 13 personnes. Le vice-président
du comité exécutif du CNPTch, Khousseïn Akhmadov devient sont président,
alors que l'homme de confiance de Rouslan Khasboulatov, Youri Tcherny, est élu
son adjoint. Le CSP annonce qu'en plus des élections législatives, il prépare
également les élections présidentielles . Le 25 septembre, l'opposition
anti-Doudaëv, réunie dans un block "Table ronde", demande au CNPTch
de ne pas usurper le pouvoir, libérer la télévision et la radio et dissoudre
des formations armées. Cinq membres du CSP, dirigé par Youri Tcherny, désapprouve
l'usurpation du pouvoir par le comité exécutif du CNPTch. Le 26 septembre,
Rouslan Khasboulatov envoie un télégramme, en prevenant que si le pouvoir est
usurpé par des "organisations informelles" (CNPTch), les resultats
des élections ne seront pas reconnus. Le 27 septembre, trois membres ingouches
quittent le CSP, en raison de la proclamation de la République ingouche. Neuf
membres restent dans le CSP: 4 sous la direction de Khousseïn Akhmadov (CNPTch)
et 5 sous la direction de Youri Tcherny (homme de Khasboulatov). Le 1er octobre,
4 membres du CSP, sous la direction d'Akhmadov, publie plusieurs actes législatifs
au nom du CSP, y compris celui sur la séparation de la Tchétchénie-Ingouchie
en deux républiques. Youri Tcherny déclare que les actes, rendus publics par
Akhmadov, n'ont pas de force juridique, puisqu'ils n'ont pas été votés par la
majorité de membres du CSP . Le 2 octobre, Khousseïn Akhmadov dément la déclaration
de Tcherny et affirme que tous les actes, y compris celui sur les élections présidentielles,
ont été adoptés légalement. En même temps, le bloc de l'opposition
anti-Doudaëv "Table ronde" tient une réunion à Grozny, avec la
participation des leaders syndicalistes et de l'adjoint du président du CSP
Youri Tcherny. A nouveau, l'opposition condamne la prise illégale du pouvoir
par le CNPTch et demande de dissoudre la garde nationale, de cesser le blocus de
la radio et de la télévision républicaines et d'annuler la tenue des élections
présidentielles tchétchènes, prévues pour le 19 octobre. Le 5 octobre, sept
sur neuf membres du CSP se réunissent avec les représentants du parlement de
la République et les leaders syndicalistes à la Maison des Syndicats à
Grozny. Ils décident d'annuler les actes, adoptés par Akhmadov, et de relever
ce dernier des fonctions du président du CSP. 7 membres du CSP demandent au
ministre de l'intérieur de la République d'assurer la protection du CSP et de
désarmer la garde nationale du CNPTch. La garde nationale prend d'assaut la
Maison des Syndicats, 7 membres du CSP prennent la fuite. Le même jour la garde
nationale s'empare du siège républicain du KGB. Pendant l'assaut, un agent du
KGB est tué . Le 6 octobre, le comité exécutif du CNPTch fait dissoudre le
CSP pour "les agissements suvbersifs et les provocations". Le général
Doudaëv déclare que des membres du CSP sont entrés en complot avec le KGB,
ayant pour le but d'entreprendre un coup d'Etat dans la République. Le CSP
continue fonctionner en clandestinité. Une délégation du gouvernement russe,
sous la direction du vice-président russe, Alexandre Routskoï, se rend à
Grozny. Elle rencontre toutes les parties en conflit: les membres du comité exécutif
du CNPTch, les membres du CSP et les représentants de l'opposition anti-Doudaëv.
La visite de Routskoï s'acheve sans aucun résultat . Le 7 octobre, le CSP
recommence ses activités à Grozny dans son ancienne composition de 37 membres.
Il demande la population de boycotter les élections présidentielles annoncées
par le comité exécutif du CNPTch et annonce ses élections présidentielles,
prévues pour le 17 novembre. Les 7-8 octobre, la garde nationale du CNPTch
s'empare pendant la nuit du siège du CSP à Grozny . Le 9 octobre, le vie-président
russe Alexandre Routskoï fait un rapport très négatif devant le parlement
russe sur les agissements du CNPTch: saccage des bâtiments administtratifs,
prise d'otage de responsables, attitude agressive de la garde nationale. Les députés
reconnaissent le CSP comme le seul organe du pouvoir légitime en Tchétchénie-Ingouchie
et invite le CSP de prendre "toutes les mesures nécessaires pour
stabiliser la situation. Le parlement russe donne un delais de 24 heures aux
formations armées pour rendre leurs armes . Le comité exécutif considère le
décret du parlement russe cette "ingérence grossière et provocatrice
dans les affaires de la République tchétchène" comme "la déclaration
de guerre". Routskoï propose à Doudaëv et au CNPTch de participer aux élections
sous l'égide du CSP, s'ils se soumettent à l'ultimatum. Le général Doudaëv
rejette l'offre, en déclarant: "Nos droits, nous les tenons de notre
peuple" . Le CNPTch proclame une mobilisation générale de tous les hommes
de 15 à 55 ans, en déclarant tous les décrets du CSP illégaux. Le bureau du
procureur général de la Tchétchénie-Ingouchie est pris d'assaut par des
gardes nationaux, alors que le président du Parti Démocrate Vaïnakh, Zélimkhan
Yandarbiev, a proclamé le djihad, guerre sainte contre les infidèles, en
appelant aux armes ses partisans. Le 10 octobre, deux manifestations se déroulent
à Grozny: celle du CNPTch, anti-Moscou, et celle de l'opposition anti-Doudaëv.
Dans les zones rurales, des milices locales s'organisent. Le 13 octobre, la télévision
russe annonce que le comité exécutif du CNPTch a condamné à mort in absentia
Rouslan Khasboulatov et Alexandre Routskoï, information démentie par le côté
tchétchène. Une nouvelle délégation de Moscou se rend à Grozny. Les leaders
du CNPTch acceptent annuler la mobilisation générale, si le parlement russe
annule à son tour l'ultimatum. Le comité exécutif du CNPTch confirme la tenue
des élections présidentielles et législatives républicaines le 27 octobre.
Il annonce que pour le moment la question de la séparation de la Fédération
de Russie ou de l'Union Soviétique sera resolue après les élections au cours
d'un référendum . En même temps, les représentants du comité exécutif du
CNPTch, du CSP et de la manifestation des forces démocrates à Grozny formen un
"Comité d'Etat de la Concorde Nationale". Le CSP et les forces démocrates
(opposition anti-Doudaëv), insistent sur la remise à plus tard des élections
présidentielles du 27 octobre et sur la conservation de la Tchétchénie-Ingouchie.
Le 19 octobre, le président russe Boris Eltsine adresse un ultimatum au CNPTch
. Le général Doudaëv annonce que la pression de force de la part d'Eltsine ne
peut pas être accepté par un peuple "qui lutte pour sa liberté." Le
26 octobre, Djokhar Doudaëv dit dans un entretien à l'agence AP qu'une fois élu
président de la Tchétchénie-Ingouchie, il étudiera la question sur "la
possibilité de mener une guerre contre la Russie" . Le 27 octobre, sous l'égide
du CNPTch, les élections présidentielles se déroulent en Tchétchénie-Ingouchie.
Elles sont boycottées par les districts ingouches et cosaques de la République.
Le CSP previent que ces élections n'ont aucune valeur juridique . L'opposition
déclare que seulement 30% d'électeurs ont participé au scrutin du 27 octobre.
Elu président de la Tchétchénie, Djokhar Doudaëv annonce que les élections
tchétchènes, présidentielles et législatives, du 27 octobre, étaient un
couronnement logique de la voie de la Tchétchénie vers l'indépendance . Le 29
octobre le CSP et l'opposition anti-Doudaëv commence à former des milices
populaires en contrepoids de la garde nationale de Doudaëv. Le CSP commence une
campagne électorale pour les législatives, fixées au 17 novembre. En même
temps, Rouslan Khasboulatov est élu président du parlement russe, dont le
poste il occupait par intérim depuis l'élection de Boris Eltsine président de
la Fédération de Russie en juin 1991. Le 3 novembre, l'Abkhazie, le Daghestan,
la Kabardino-Balkarie et le président géorgien Zviad Gamsakhourdia déclarent
leur soutien au président Doudaëv . Le 8 novembre, Boris Eltsine introduit l'état
d'urgence en Tchétchénie-Ingouchie, en donnant l'ordre de la confiscation des
armes blanches et armes à feu, se trouvant en possession de la population. Le
président Doudaëv décrète l'état de guerre et affirme être investi de
"pouvoirs d'exception". Il previent Moscou sur la possibilité
"d'actes terroristes, y compris d'attentats contre les centrales nucléaires".
Doudaëv déclare à l'AFP que Moscou est décrétée "zone sinistrée",
en rajoutant que "tout le Caucase va se dresser [contre l'agresseur]".
Des avions transportant des troupes aterrisent à Khankala, aérodrome militaire
de Grozny . Le lendemain, la garde nationale du CNPTch bloque l'aérodrome de
Khankala, alors que des dizaines de milliers de manifestants se réunissent dans
le centre de Grozny, protestant contre l'introduction de troupes. Sans utiliser
les armes, les soldats russes sont transportés, sous le convois de la garde
nationale, de Khankala à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord. Le 11 novembre, le
parlement russe annule le décret du président Eltsine sur l'introduction de l'état
d'urgence en Tchétchénie-Ingouchie.
Les résultats de la révolution tchétchène sont l'arrivée du général
Djokhar Doudaëv et du CNPTch, dominé par les radicaux, au pouvoir en Tchétchénie,
la scission de la Tchétchénie-Ingouchie, la création de plusieurs formations
armées (garde nationale du CNPTch, milices de l'opposition anti-Doudaëv), l'échec
d'une transition démocratique et affaiblissement de l'opposition au régime de
Doudaëv suite à l'intervention russe. La réussite des radicaux en général
et de Djokhar Doudaëv en Tchétchénie s'explique par la superposition de
plusieurs facteurs: tout d'abord par la faiblesse du président Eltsine, qui
combat sur deux fronts en même temps contre le président soviétique Mikhaïl
Gorbatchev et le tandem Routskoï-Khasboulatov, puis par la neutralité de l'armée
soviétique, qui n'est pas encore devenue l'armée russe, en suite par la
radicalisation d'autres minorités muslmanes, au Tatarstan, par exemple, et par
l'intervention de Gorbatchev qui s'est opposé personnellement à l'usage de
force à Grozny. Rappelons qu'il était encore au pouvoir pendant la révolution
tchétchène.
La crise tchétchéno-ingouche.
La séparation de l'Ingouchie de la Tchétchénie a provoqué un conflit
territorial grave qui a failli provoquer un affrontement armé entre les
Ingouches et les Tchétchènes. La raison principale de cette crise réside dans
l'absence d'une frontière définie entre les districts ingouches et la Tchétchénie.
La crise commence le 5 janvier 1992, quand le président tchétchène propose sa
solution du problème ingouche: création d'une République vaïnakhe , tout en
promettant aux Ingouches d'engager les pourparlers avec l'Ossétie du Nord sur
les terres ingouches du District Prigorodny, que les Ossètes n'ont pas restituées
à la Tchétchénie-Ingouchie en 1957 . Le ledemain, le parlement tchétchène définit
les frontières entre l'Ingouchie et la Tchétchénie, en incluant à cette
dernière le District Sounjenski, avec la population mixte ingouche et tchétchène
. Les mouvement ethnopolitiques ingouiches se prononcent contre le rattachement
du Sounjenski à la Tchétchénie, des manifestations ingouches s'organisent .
Le 10 janvier, une campagne de désobéissance civique commence en Ingouchie.
Doudaëv instaure l'administration présidentielle directe dans le Sounjenski.
Les Tchétchènes du Sounjenski, partisans du CNPTch, forment un comité
provisoire d'administration du district . Le 12 janvier, la tension monte dans
le District Sounjenski, lorsque les Ingouches, majoritaires dans ce district,
organisent une manifestation pour protester contre la résolution du parlement
tchétchène sur la frontière tchétchéno-ingouche. Les Ingouches bloquent les
routes dans le Sounjenski et créent une garde nationale. Les districts
Sounjenski, de Nazran et de Malgobek déclarent l'introduction de l'état
d'urgence . Le 13 janvier, les négociations commencent à Grozny entre les représentants
ingouches et les parlementaires tchétchènes. Cependant, à la sortie des négociations
la délégation ingouche est arrêtée par la garde nationale du CNPTch. Grâce
à l'intervention personnelle de Doudaëv, les membres de la délégation sont
relachés. Le 14 janvier, la section ingouche de l'autoroute Grozny -
Vladikavkaz est bloquée par les Ingouches. Les parlementaires tchétchènes
insistent sur les fait que les frontières sont définies et qu'ils ne
reviennent plus sur cette question. Un accrochage a lieu à Troïtskaïa entre
les Ingouches et les Tchétchènes. Le conseil des anciens tchétchènes appelle
à la vengeance. Début février, des élections se déroulent dans la partie
tchétchène du Sounjenski, un organe d'autoadministration est créé. Il décide
rattacher la zone tchétchène du Sounjenski à la République tchétchène. Le
13 février, le président Doudaëv met son veto sur la résolution
parlementaire sur les forntières entre la Tchétchénie et l'Ingouchie. La
situation en Ingouchie redevient normale .
Quelques mois après la tentative d'intervention militaire russe en Tchétchénie,
Doudaëv traite une minorité ethnique de la même façon que Moscou l'a traité,
en recourrant au diktat et à l'usage de force. Ces méthodes seront utilisées
maintes fos par le président tchétchène dans ses affrontements avec
l'opposition en 1992 - 1994. Une pseudo-République démocratique s'est
transforme progressivement dans une dictature personnelle du type latino-américain.
La lutte pour le pétrole et les affrontements avec l'opposition.
En 1992 - 1993, une lutte pour le pétrole opposa entre d'un côté, le président
Djokhar Doudaëv, le ministre tchétchène du pétrole Soultan Albakov, et le
ministre tchétchène de sécurité d'Etat, Soultan Guéliskhanov, tous
appartenant au teïpe Yalkhoroï, et de l'autre le chef du gouvernement
tchétchène Yaragui Mamodaëv et le maire de Grozny Beslan Gantémirov, tous
les deux du teïpe Tchonkhoï. Dans le même temps, les doudaëviens
s'opposaient aux membres du teïpe Nijaloï de l'ancien président du
parlement tchétchéno-ingouche Zavgaëv, basés dans le District Nadtéretchny
et dirigés par son maire Oumar Avtourkhanov. Le conflit pour le partage des bénéfices
pétroliers conduit à la réunification des membres des deux teïpes,
opposés à Doudaëv, Nijaloï et Yalkhoroï. Durant l'été 1994, ils étaient
rejoints par l'ancien président du parlement russe et son teïpe
Tchonkhoï. Pendant l'été - automne 1994, les afrontements sporadiques entre
Doudaëv et l'opposition tchétchène se multiplient et se transforment
graduellement dans une guerre civile. L'opposition fait l'appel à Moscou qui
intensifie son aide militaire. Impliquée dans le conflit, en décembre 1994,
les troupes fédérales sont introduites en Tchétchénie.
La guerre de 1994-1996.
L'armée russe est devenue rapidement victime de son poids. Cette machine de
guerre, équipée d'un grand nombre de blindés et organisée en vue d'une éventuelle
bataille en Allemagne, n'est pas été adaptée aux combats de rue. Les forces
russes ont rencontré une résistance très organisée à Grozny. Cinq assauts
de la capitale tchétchène se sont soldés par un échec. Des milliers de
jeunes recrues russes sont mortes pendant les premières semaines de
l'affrontement. Cependant, dès le début 1995, l'armée russe se ressaisit. Les
troupes d'élite sont dépêchées en Tchétchénie qui progressent rapidement
dans la ville, en s'emparant du palais présidentiel tchétchène le 19 janvier
1995 . Rappelons que l'intervention des groupes d'assaut de parachutistes du général
Babitchev et les commandos de forces spéciales du GRU ont commencé à
intervenir, en appliquant la tactique de Stalingrad, seulement à partir du 6
janvier 1995 . Pour limiter au minimum les pertes, les troupes fédérales
recourrent à l'usage démesuré de l'artillerie lourde, causant de nombreuses
morts parmi les civils.
La réussite de Doudaëv dans la bataille de Grozny, qui s'est terminée le 8 février
1995, après l'évacuation du QG doudaëvien de la ville , s'explique par
plusieurs facteurs. Premièrement, en attendant une intervention militaire
russe, le général Doudaëv, militaire de métier, a constitué une mini-armée
professionnelle de plusieurs milliers de combattants, basée sur la garde
nationale et les bataillons abkhazes . Ces unités ont eu une expériances lors
des affrontements avec l'opposition anti-Doudaëv en 1993-1994. Deuxièmement,
Doudaëv a réussi à constituer les stocks d'armes et munitions renouvelables,
grâce au pont aérien qu'il a organisé entre l'Azerbaïdjan et la Tchétchénie.
Les anciennes armes soviétiques arrivaient en Azerbaïdjan en provenance du
Pakistan, qui disposait d'un stock d'armes important après la guerre
d'Afghanistan, et de la Turquie, qui a acquis les armes soviétiques à la RDA
au début des années 1990. En 1994, la compagnie aérienne tchétchène Stigle
a fait enregistrer deux avions TU-134 à l'aéroport de Khartoum, au Soudan. Ces
avions ont multiplié leurs vols entre Bakou et Khartoum, la veille de
l'intervention russe en Tchétchénie . Ils serviront pour le transport d'armes
en 1994-1995. Troisièmement, le président tchétchène a eu recours aux
mercenaires, en provenance des pays baltes, d'Ukraine, de pays arabes et
d'Afghanistan. Fin septembre - début octobre 1994, les émissaires tchétchènes
se sont rendus au QG de Gulbudin Hekmatyar, leader du mouvement islamiste afgan
Hezb I-islami. Hekmatyar les assura qu'un détachement de mudjahedin serait
envoyé en Tchétchénie. Le journal chypriote Eleftimia a précisé
qu'une grande partie de combattants afghans devait être transférée de la zone
du conflit du Nagorny Karabakh, où ils se trouvaient depuis 1993 . Le 29 décembre
1994, le ministre russe de la défense expliquait le professionalisme des
combattants tchétchènes par la présence dans leurs rangs de nombreux
mercenaires, venus de l'Afghanistan et du Pakistan . Le 5 janvier 1995, les
sources officielles russes indiquaient que quelques 300 mudjahedin afghans
combattaient aux côtés de Tchétchènes . Le 13 janvier 1995, les journalistes
de Segodnia indiquaient que les milices tchétchènes étaient dispersées aux
approches de Grozny dans les premiers jours du combat, alors que à l'intérieur
de la ville, les militaires russes ont rencontré des professionnels entrainés
d'origines diverses (mercenaires afghans, lituaniens, ukrainiens et même
russes) .
Après les regroupements de forces consécutif à la bataille de Grozny, les
troupes fédérales reprennent l'offensive et s'emparent d'Argoun (le 23 mars
1995) , de Goudermès (le 30 mars 1995) , de Chali (le 31 mars 1995) , Samachki
(le 9 avril 1995) , Védéno (le 4 juin 1995) , de Chatoï et de Nojaï-Yourt
(le 13 juin 1995) .
Cependant, une prise d'otages spectaculaire à l'hôpital de Boudionnovsk,
effectuée par un commando tchétchène de Chamil Bassaëv, les 14-20 juin 1995,
fait arrêter la marche victorieuse des troupes russes. Les négociations
russo-tchétchènes commencent alors à Grozny, qui débouchent sur la signature
d'un accord de paix le 30 juillet 1995 entre les rebelles et les comandement
russe. L'accord prévoyait un cessez-le-feu et un échange de tous les
prisonniers de guerre, ainsi que l'évacuation de la grande partie de troupes en
échange du désarmement des combattants tchétchènes. Deux brigades de troupes
fédérales devaient rester en Tchétchénie .
Les actions à grande échelle n'ont pas repris, pourtant des accrochages
sporadiques se poursuivaient avec une intensité variable. Les pourparlers
continuaient sans pouvoir déboucher sur un accord sur les questions politiques.
Les indépendantistes tchétchènes insistaient sur la séparation de leur République,
inacceptable pour Moscou. Le 10 septembre 1995, l'armée russe a commencé à évacuer
ses unités de la Tchétchénie . La situation se dégrade le 19 septembre,
suite à la déclaration de délégation russe sur le désarmement forcé des
indépendantistes, s'ils ne le font pas de leur propre gré . Le 20 septembre,
la dégringolade continue après l'attentat à la bombe manqué, visant le représentant
de Boris Eltsine en Tchétchénie, Oleg Lobov . La crise s'approfondit lorsque,
le 6 octobre, un attentat à la bombe blesse grièvement le commandant des
troupes fédérales en Tchétchénie, le général Anatoli Romanov, en le
plongeant en coma profond . Le 9 octobre, Moscou interrompe les pourparlers à
Grozny .
Le 1er novembre, l'ancien président du parlement tchétchéno-ingouche, Dokou
Zavgaëv, revient en Tchétchénie, en qualité du chef du gouvernement tchétchène
pro-Moscou . Le 20 novembre, un attentat à la bombe faillit tuer Zavgaëv . En
décembre 1995, Dokou Zavgaëv est élu président de la République tchétchène,
lors des élections, boycottées cependant par les indépendantistes .
Le 14 décembre 1995, un chef de guerre, beau-fils de Doudaëv, Salman Radouëv
avec ses hommes s'empare de Goudermès . Seulement le 24 décembre, les rebelles
ont été délogés de la ville, en y laissant 267 combattants tchétchènes
morts . Le 9 janvier 1996, le commando de Radouëv s'infiltre à Kizliar, au
Nord du Daghestan. Avec 250 otages, les rebelles se retranchent à Pervomaïskoïe,
sur la frontière tchétchéno-daghestanaise. Le 18 janvier, le village est libéré.
Les sources russes rapportent que 153 rebelles sont tués pendant l'assaut,
alors que Radouëv avec quelques proches réussit à prendre la fuite . Le 17
janvier, la prise d'otages de Pervomaïskoïe s' internationalise, lorsque un
commando pro-tchétchène s'empare d'un ferry Avrasya avec 95 citoyens russes.
Les terroristes demandent de relâcher le commando de Radouëv, pris en
tenailles par les forces spéciales russes à Pervomaïskoïe .
La nouvelle étape dans les affrontements est franchie, les 6-9 mars 1996, alors
que les rebelles, dirigés par Chamil Bassaëv, s'emparent pour quatre jours
d'une partie de Grozny . Les combats s'intensifient partout en Tchétchénie,
les rebelles reprennent et reperdent des villages, alors que les bombardements
de l'aviation fédérale se poursuivent. Les troupes russes entreprennent une
nouvelle ofensive dans les montagnes dans le Sud-Est de la République et
reprennent Saïassan et Tsentoroï (le 2 avril 1996), Belgotoï (le 5 avril
1996) . Les rebelles reprennent l'initiative, en détruisant une colonne blindée
fédérale, 23 blindés sur 27, à 25 km de Grozny (le 16 avril 1996) . La mort
du général Doudaëv, suite à une coup de missile, près de Gekhi Tchou (le 21
avril 1996) ne change pas la tactique des rebelles, qui continue la guérilla.
Avec la disparition de Doudaëv, Moscou reprend les négociations avec les indépendantistes.
Le président tchétchène par intérim Zelimkhan Yandarbiev et le premier
ministre russe Viktor Tchernomyrdine signent un accord sur un cessez-le-feu au
Kremlin (le 27 mai 1996) , cependant des accrochages continuent en Tchétchénie.
Les Russes accusent Yandarbiev de ne pas contrôler ses combattants, qui
agissent sur le terrain indépendamment. Les tensions montent quand les rebelles
font prisonniers 26 soldats russes près de Nojaï-Yourt (le 1er juin 1996) ,
les pourparlers russo-tchétchènes à Makhatchkala sont annulés. Une explosion
ravage une rame de métro moscovite (le 11 juin 1996) , alors qu'une délégation
tchétchnène (indépendantiste) est visée par un attentat à la bombe en Tchétchénie
(le 12 juin 1996) . Un autre attentat à la bombe survient dans un autocar à
Naltchik, en Kabardino-Balkarie, causant six morts . Les pourparlers russo-tchétchènes
reprennent et échouent à nouveau. Les indépendantistes reprennent les combats
à Ourous-Martan, Nojaï-Yourt et Kourtchaloï (le 9 juillet 1996) . Deux autres
attentats à la bombe surviennent à Moscou (les 11 et 12 juillet 1996) ,
causant 33 blessés. Des accrochages se poursuivent avec les rebelles à Chatoï,
Stary Atchkhoï, Goudermès et Guerzel-Aoul . Les rebelles lancent un nouvel
assaut contre Grozny (le 6 août 1996) , les combats font rage à la ville (le 7
août 1996) . Les fédéraux perdent le contrôle de Grozny en se retranchant
dans ses deux aéroports Séverny et Khankala (le 8 août 1996) . Le nouveau
secrétaire du conseil de sécurité russe, le général Alexandre Lebed, se
rend en Tchétchénie et reprend les pourparlers avec le chef militaire des
rebelles Aslan Maskhadov. Un premier accord russo-tchétchène est signé à
Novyé Atagui (le 22 août 1996) . Les Russes évacuent les montagnes. A
Khassavyourt, au Daghestan, Lébed et Maskhadov, signe un deuxième accord. Les
indépendantistes acceptent de remettre à plus tard (l'année 2001) la définition
de statut de leur République, en échange Moscou évacue ses troupes de la Tchétchénie
(le 2 septembre 1996) . La campagne de Tchétchénie de 1994-1996 est close.
Après la mort de Doudaëv, la résistance tchétchène se fragmente rapidement
en plusieurs dizaines de groupes armés autonomes, contrôlant chacun son
territoire. La Tchétchénie se transforme dans une coalition floue de fiefs féodaux
du style du Moyen-Age. Moscou retrouve de plus en plus de difficultés pour négocier.
Après être élu président tchétchène (le 27 janvier 1997) , Aslan Maskhadov
ne parviendra jamais à imposer son contrôle sur toutes les formations armées.
Deux facteurs expliquent la deuxième intervention russe en Tchétchénie (à
partir de 1999): le rapt et le commerce des êtres humains généralisé sur le
territoire tchétchène et l'agression de wahhabites tchétchènes au Daghestan.
La campagne de Daghestan et la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2001).
Les premiers accrochages sérieux entre les forces russes et les combattants
tchétchènes surviennent au Nord du Daghestan (le 28 mai 1999) . Des
combattants tchétchènes de Khattab reprennent les combats et pénetrent le
Daghestan du Nord en plusieurs endroits (le 2 juin 1999) , l'incursion tchétchène
se répète une autre fois (le 17 juin 1999) . Les wahhabites daghestanais, épaulés
par les combattants tchétchènes, annoncent l'interdiction de la charia dans
leur villages: Etcheda, Gakko, Guigatl et Avgali, en les proclamant un
"territoire islamique" (le 1er août 1999) . Les combats commencent
entre les militaires russes et les combattants tchétchènes près d'Etcheda (le
3 août 1999) . Plusieurs centaines d'islamistes tchétchènes traversent la
frontière daghestanaise et s'emparent des villages d'Ansalta et Rakhata (le 7
août 1999) . Les Daghestanais créent les milices et résistent à l'incursion
tchétchène. Les combats font rage aux environs d'Ansalta, Rakhata et Tando
(les 19-21 août 1999) . Les fédéraux délogent les islamistes des villages
daghestanais Tando, Rakhata, Chadroda, Ansalta Ziberkali et Achino (le 24 août
1999) . Les rebelles tchétchènes se réplient en Tchétchénie. Le nouveau
premier-ministre russe Vladimir Poutine se rend au Daghestan (le 28 août 1999)
. Les forces fédérales lancent une attaque contre un fief wahhabite au
Daghestan (Karamakhi et Tchabanmakhi) (les 29 août-3 septembre1999) .
Une série d'attentats meurtiers survient à Moscou (le 31 août 1999), à Bouïnaksk,
au Daghestan (le 4 septembre 1999), encore à Moscou (le 9 septembre 1999), une
autre fois à Moscou (le 13 septembre 1999), à Volgodonsk (le 16 septembre
1999) . Poutine déclarent que les terroristes se cachent sur le territoire tchétchène
et sont soutenus par les les forces extrémistes de Tchétchénie (le 15
septembre 1999) . En parlant des terroristes, le premier ministre se dit prêt
à "arracher cette abomination avec les racines" .
Les fédéraux repoussent finalement les rebelles de Bassaêv et de Khattab vers
la Tchétchénie et se concentrent près de sa frontière (le 21 septembre 1999)
. L'aviation russe bombarde l'aéroport de Grozny et 15 villages tchétchènes
(le 23 septembre 1999). Poutine affirme que les forces russes poursuivront les
terroristes, en prononçant la phrase qui l'a rendu célèbre: "S'ils sont
aux toilettes, nous irons les buter dans les chiottes" (le 24 septembre
1999) .
Les troupes fédérales entrent en Tchétchénie (le 30 septembre 1999), en pénétrant
en profondeur entre 5 et 30 kms sur son territoire (les 2-3 octobre 1999). Les fédéraux
occupent toute la rive gauche du Térek (le 5 octobre 1999), s'emparent de
Garagorski (le 15 octobre), et s'approchent de Grozny (le 29 octobre 1999). Les
talibans afghans offrent une aide militaire et financière aux indépendantistes
tchétchènes, alors que des Albanais du Kossovo traversent la Géorgie pour
rejoindre les combattants tchétchènes (fin octobre 1999) .
Une opposition anti-Maskhadov se forme en Tchétchénie autour du mufti tchétchène
Akhmad Kadyrov, qui a rendu aux fédéraux Goudermès, et l'ancien maire de
Grozny, Beslan Gantémirov, libéré d'une prison russe (le 6 novembre 1999).
Gantémirov commence à former les milices tchétchènes qui combattront aux côtés
de fédéraux lors de la bataille pour Grozny (le 30 novembre 1999) .
L'avancée victorieuse russe en Tchétchénie continue. Les forces fédérales
prennent Assinovskaïa (le 12 novembre 1999), Bamout (le 12 novembre 1999),
Novy-Charoï (le 16 novembre 1999), Atchkhoï-Martan (le 19 novembre 1999),
Argoun (le 3 décembre 1999) et Ourous-Martan (le 8 décembre 1999). La bataille
pour Grozny commence (le 13 décembre 1999), s'intensifie (le 24 décembre
1999). L'assaut se généralise (le 26 décembre). Les fédéraux progressent
lentement à Grozny (le 28 décembre). En même temps, les rebelles
entreprennent une contre-offensive à Argoun et Chali (le 9 janvier 2000) qui
s'est soldée par un échec. La bataille de Grozny se termine par une sortie de
rebelles de la ville, conduits vers les champs de mines: des centaines de
combattants périssent ou sont mutilés (les 6-7 février 2000).
Les rebelles lancent une nouvelle contre-offensive à Komsomolskoïe (les 5-10
mars 2000) et passent aux actions de guérilla. Ainsi, dans des embuscades,
tendues par les Tchétchènes, trouvent la mort 43 soldats russes (le 29 mars
2000) et 15 soldats (le 23 avril 2000). Un camion, bourré d'explosifs et
conduits par un commando suicide (deux femmes tchétchènes, explose, en tuant
17 soldats fédéraux,selon les indépendantistes, à Alkhan-Yourt (le 7 juin
2000).
Poutine nomme le mufti tchétchène Akhmad Kadyrov administrateur de la Tchétchénie
(le 12 juin 2000). Les actions de guérilla continuent en été et automne 2000.
En décembre 2000, les forces russes lancent une grande offensive dans les
montagnes pour porter un coup mortel aux indépendantistes.
L'actualité.
La situation actuelle ressemble à celle de 1995. La guerilla est retranchée
dans les montagnes (chefs de guerre Chamil Bassaëv et Khattab), alors que dans
la plaine une administration tchétchène pro-russe est formée. En analysant
les deux personnages de cette administration Beslan Gantémirov et Akhmad
Kadyrov, on peut conclure qu'ils ne sont prorusses que stratégiquement. Ce sont
des chefs de guerre tchétchènes comme les autres, possédant ses propres
formations armées, recrutées chez son teïpe, et son fief
(Ourous-Martan pour Gantémirov, Goudermès pour Kadyrov).
Beslan Gantémirov, qui est à nouveau maire de Grozny est un militant indépendantiste
de longue date. Il se trouvait pendant la révolution tchétchène en 1991 à la
tête de la garde nationale aux côtés de Doudaëv, qui le nomme en suite le
maire de Grozny. Cependant, Gantémirov passe à l'opposition de Doudaëv en
1993 suite au conflit pour les revenus pétroliers. Il rassemble autour de lui
l'essentiel de forces armées de l'opposition anti-Doudaëv et participe aux
assauts de Grozny en automne 1994. après avoir collaboré dans l'administration
tchétchène prorusse, en 1995, il est arrêté, jugé et condamné à la prison
à Moscou, puis libéré en 1999 pour former les milices tchétchènes, qui ont
participé à l'assaut de Grozny. Gantémirov entretient de mauvais rapports
avec Kadyrov, avec lequel il a partagé les zones d'influence (Grozny étant
sous le contrôle de Gantémirov, Goudermès sous celui de Kadyrov).
Akhmad Kadyrov est un ennemi juré de longue date des wahhabites, lui même étant
adepte du soufisme. Rappelons que les premiers affrontements armés entre les
wahhabites et les soufis ont lieu à Goudermès en juillet 1998, alors qu'en été
1999, Kadyrov créé un régiment tariqatiste (soufi) pour combattre la menace
wahhabite en Tchétchénie. Il est difficile de soupçonner Kadyrov des
sentiments prorusses, puisqu'il a combattu les fédéraux les armes à la main
en 1994-1996. Pendant un certaine période, il soutenait le président tchétchène
Maskhadov contre Movladi Oudougov, promoteur d'un mouvement islamiste tchétchéno-daghestanais
"Nation Islam", et Chamil Bassaëv, bras armé de ce mouvement. Or au
moment de l'incursion de Bassaëv au Daghestan, Maskhadov ne le désapprouve
pas, et quand les troupes fédérales entrent en Tchétchénie, il s'allie avec
les wahhabites. Cependant, Kadyrov, démis de ses fonctions par Maskhadov, se
rend au Daghestan pour demander le pardon aux frères daghestanais. La scission
s'aggrandit par le rapprochement de Maskhadov avec les pétromonarchies du Golfe
et le Pakistan, sponsors de la résistance tchétchène. Maskhadov et Yandarbiev
en 1999 et 2000 muliplient leurs visites dans ces pays, mais également en
Turquie, où, semble-t-il, leurs familles sont réfugiées.
Au début de l'anée 2001, Moscou a bloqué tous les pourparlers avec Maskhadov
en refusant le reconnaître, alors que certains groupements tchétchènes
insistent sur l'organisation des élections présidentielles tchétchènes afin
d'élire un président légitime, avec qui Moscou pourrait négocier. Pourtant,
Boris Nemtsov, leader de l'Union des Forces de Droite, propose son plan de règlement
de la crise en Tchétchénie. Il propose de transformer la Tchétchénie d'une République
présidentielle dans une République parlementaire, où tous les teïpes
seraient représentés, alors que le président ne peut pas être élu démocratiquement
par tous les Tchétchènes, dominés par les intérêts claniques. Selon
Nemtsov, le gouvernement tchétchène tchétchène doit également représenter
les teïpes. Il croit qu'il faut provisoirement nommer à la tête de la
Tchétchénie un gouverneur-général, comme à l'époque tsariste.
Boris Nemtsov propose également la partition de la Tchétchénie, en deux
parties celle de la plaine et celle des montagnes. La première serait rattachée
au Territoire de Stavropol, la deuxième serait proclamée "un territoire
rebelle", qui serait entouré depuis partout par une frontière fortifiée.
Cette proposition de partager la Tchétchénie en deux a été faite encore en
1991 par le nobel russe Alexandre Soljenitsyne, et évoquée à plusieurs
reprises par les leaders cosaques en 1996, 1997 et 1998. En été 2000, l'ancien
maire de Moscou Gavriil Popov a parlé de la partition. Cette unique solution au
conflit tchétchène n'est pas encore approuvée par la direction russe, qui
essaie d'étouffer la guérilla en fermant la frontière avec la Géorgie et en
introduisant le visa pour les citoyens géorgiens se rendant en Russie.
Les Kistines, groupe ethnique tchétchène de Géorgie, ont été évoqués très
souvent comme une base arrière des indépendantistes. Les médias affirment que
Khattab envisage de créer une enclave wahhabite dans la gorge Pnakisskoïe en Géorgie,
où les Kiztines habitent. Les observateurs indiquent que les combattants de
Khattab contrôlent 17 villages dans cette zone, limitrophe à la Tchétchénie,
en proclamant leur capitale Douissi. Un mouvement islamiste "Al-Kharameïne"
mise sur Khattab dans la propagation du wahhabisme au Caucase selon le scénario
des talbans afghans. Les combattants tchétchènes contrôlent la gorge
Pankisskoïe depuis 1998, et projetaient en été 2000 de déclarer l'autonomie
du District d'Akhméty de Géorgie (où les Kistines vivent), mais l'ont remis
à plus tard.
En définitive la seule solution du conflit tchétchène procède de deux étapes.
La première comprend la collaboration avec les teïpes de la plaine, ce
qui est réalisé en partie avec le recrutement de Kadyrov et de Gantémirov. La
deuxième consiste en la partition de la Tchétchénie, en isolation de sa
partie montagneuse avec des rebelles qui y sont retranchés.